Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’Irlande est de plus en plus dépendante des bénéfices de quelques multinationales, une situation qui inquiète au sein du gouvernement et rappelle les fragilités qui ont mené à la crise économique de 2008. Cette concentration des recettes fiscales pose la question de la pérennité du modèle économique irlandais.
- Près de la moitié des recettes de l’impôt sur les sociétés en Irlande proviennent de seulement trois entreprises.
- Les dépenses publiques irlandaises ont plus que doublé depuis 2015, alimentées en partie par les bénéfices exceptionnels de ces entreprises.
- La dépendance à ces quelques acteurs économiques rappelle la crise de 2008, liée à l’effondrement des recettes issues des droits de timbre.
Un ministre irlandais, visiblement agacé par la couverture médiatique, a exprimé sa frustration face aux critiques concernant la forte concentration des recettes fiscales.
« Qu’est-ce qu’ils veulent que nous fassions ? Leur dire que nous ne voulons pas de leur argent ? »
Ministre du gouvernement irlandais
Il souligne que l’attraction de ces entreprises à forte rentabilité est en soi une réussite pour le pays.
Cependant, le véritable problème réside moins dans les recettes que dans les dépenses. La dépendance de l’Irlande à ces trois entreprises est le résultat des choix budgétaires du gouvernement, qui ont considérablement augmenté depuis 2015. Les dépenses publiques ont augmenté de plus de 20 % depuis cette date, et une part importante de ce financement provient des bénéfices exceptionnels de ces multinationales.
Cette situation rappelle l’épisode des droits de timbre avant la crise de 2008. En 2007, le gouvernement irlandais avait collecté 3,2 milliards d’euros de droits de timbre, mais ce chiffre était tombé à moins d’un milliard d’euros en 2010. La chute globale des « autres taxes », principalement constituées de droits de timbre et de taxes foncières, a atteint 75 % entre 2008 et 2010, entraînant une crise budgétaire majeure et une période d’austérité prolongée.
Après cette crise, l’un des principaux enseignements tirés était la nécessité de diversifier les sources de revenus de l’État. L’expression « élargir l’assiette fiscale » était alors sur toutes les lèvres, justifiant notamment la mise en place de taxes foncières et de charges sociales universelles. L’objectif était de répartir le fardeau fiscal sur un plus grand nombre de contribuables et de réduire la vulnérabilité de l’économie irlandaise.
Pourtant, l’Irlande se retrouve aujourd’hui dans une situation similaire. Bien qu’un effondrement des recettes de l’impôt sur les sociétés ne soit pas certain, il est indéniable qu’une telle baisse aurait des conséquences désastreuses. L’État irlandais a donc, une fois de plus, reproduit le même schéma structurel qui l’avait conduit à la crise précédente.
Le défi pour les politiciens est de taille : ils ne peuvent pas ouvertement blâmer l’électorat, ni proposer des solutions impopulaires telles que la réduction des dépenses publiques ou l’augmentation des impôts sur le revenu. Une telle approche serait politiquement suicidaire. Ils risquent donc de devoir répéter les mêmes excuses qu’en 2008 : « C’est l’économie internationale qui est en cause… nous sommes une petite économie ouverte et très vulnérable. »
À terme, l’Irlande devra peut-être reconnaître une réalité inconfortable : son électorat n’a jamais récompensé la prudence budgétaire. L’expérience du parti travailliste, qui a subi un revers électoral majeur après avoir mené une politique financière responsable entre 2011 et 2016, en est une illustration frappante. Le Fine Gael a tiré les leçons de cet échec et a rapidement augmenté les dépenses publiques après cette période.
En conclusion, la situation actuelle est préoccupante. La prospérité fiscale de l’Irlande, et donc le niveau de vie de ses citoyens, dépend désormais de la capacité de quelques entreprises multinationales, telles qu’Apple, Microsoft et Eli Lilly, à générer des bénéfices records de manière continue. Or, l’histoire suggère que cette situation est peu probable à long terme.