Face à l’explosion de la quantité de données à stocker à l’ère numérique, Microsoft a dévoilé une technologie révolutionnaire : un système de stockage sur verre capable de conserver des informations pendant au moins 10 000 ans. Cette avancée promet de transformer la manière dont nous archivons les données critiques pour les générations futures.
Le nouveau système utilise des lasers de haute énergie pour graver des données sur des plaques de verre borosilicaté, un matériau particulièrement résistant, couramment utilisé dans la fabrication d’ustensiles de cuisine. Les chercheurs ont démontré la capacité de stockage impressionnante de cette méthode dans une étude publiée dans la revue Nature. Une simple plaque carrée de 12 cm de côté et 2 mm d’épaisseur – à peine plus grande qu’un sous-verre – peut contenir jusqu’à 4,8 téraoctets de données, l’équivalent de près de deux millions de livres imprimés.
Le principe repose sur des micro-explosions contrôlées. L’équipe de recherche projette des impulsions laser extrêmement courtes, mesurées en trillionièmes de seconde, à des points précis à l’intérieur du verre. Chaque impact crée une « nano-explosion de plasma induite », déformant la structure du matériau et modifiant la façon dont la lumière le traverse. Ces déformations servent de codes pour représenter les données.
La lecture des informations s’effectue à l’aide d’un microscope optique associé à un algorithme d’apprentissage automatique. Cet algorithme décrypte les variations de lumière à travers les différentes couches de données, en filtrant les interférences provenant des couches adjacentes. Le système est capable de lire jusqu’à 300 couches superposées.
Mark Bathe, bioingénieur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), salue cette technologie comme une « archive quasi permanente pour la sauvegarde des données critiques ». Des tests de vieillissement ont confirmé que les données restent intactes pendant 10 000 ans, même à une température de 290 degrés Celsius, et que leur durée de vie pourrait être considérablement plus longue à température ambiante.
Richard Black, informaticien et responsable du projet Silica chez Microsoft Research à Cambridge, au Royaume-Uni, explique que le verre offre un avantage majeur par rapport aux technologies magnétiques traditionnelles. « Ce qui est formidable avec le verre, c’est qu’une fois enregistré, l’enregistrement est immuable. C’est définitif », a-t-il souligné. Contrairement aux disques durs et aux bandes magnétiques, qui nécessitent des copies et des réécritures périodiques en raison de la perte progressive du magnétisme, le stockage sur verre ne requiert ni contrôle de température ni entretien régulier.
Bien que le processus d’écriture et de lecture soit plus complexe que sur un disque dur classique et nécessite un matériel spécifique, cette technologie a dépassé le stade de la recherche fondamentale. Long Qian, biologiste synthétique computationnel à l’Université de Pékin, estime qu’il s’agit désormais d’un « système de stockage déployable ». Peter Kazansky, chercheur en optoélectronique à l’Université de Southampton, partage cet avis et prévoit que cette innovation pourrait « véritablement révolutionner le secteur des centres de données ».
Ce système n’est pas destiné à remplacer les disques durs pour un usage quotidien, car il ne permet pas la suppression des données et sa vitesse d’accès est limitée. Il représente en revanche une solution idéale pour l’archivage à long terme de données qui doivent être conservées pendant des siècles, telles que les données scientifiques, les archives du patrimoine culturel ou les plans de préparation aux catastrophes.
Microsoft travaille actuellement avec des étudiants pour créer une plaque de verre contenant des informations essentielles sur la vie sur Terre, s’inspirant du disque d’or embarqué sur les sondes Voyager de la NASA. Grâce à des coûts de stockage quasi nuls une fois les données gravées, cette solution promet de préserver le savoir humain pour les générations à venir.