Publié le 25 février 2026 à 21h00. Pour la première fois, la Semaine de la mode de Londres a célébré le Ramadan, avec une présentation innovante de la créatrice Kazna Asker qui a intégré la rupture du jeûne, l’iftar, au cœur de son défilé.
La créatrice anglo-yéménite Kazna Asker a marqué l’histoire de la Semaine de la mode de Londres en intégrant officiellement le Ramadan dans son défilé de lundi soir. Au coucher du soleil, elle a délibérément interrompu la présentation pour partager l’iftar avec les mannequins, les stagiaires et une partie du personnel, qui jeûnaient également. Cette initiative, saluée par le British Fashion Council, témoigne d’une volonté d’inclusion et de reconnaissance de la diversité culturelle au sein de l’industrie de la mode.
La présentation, intitulée « Hour of the Sunset » (L’heure du coucher du soleil), s’inspirait du rythme du Ramadan, le neuvième mois du calendrier islamique. Kazna Asker explique que le coucher du soleil représente un moment de « changement d’énergie » pour les musulmans, qui rompent alors leur jeûne quotidien. Elle a délibérément choisi de programmer cette pause dans l’un des calendriers les plus chargés de la mode, soulignant l’importance de cette célébration.
L’espace NewGen du British Fashion Council, dédié aux jeunes talents britanniques, a été transformé en majlis, un salon arabe traditionnel. Les invités étaient assis sur des coussins de sol, évoquant les repas partagés en commun dans les foyers yéménites, comme celui de la grand-mère d’Asker. Selon la créatrice, cette disposition était la « meilleure façon de rompre le jeûne ensemble ».
La rupture du jeûne a débuté avec une lecture du poème « The Sun » (Le Soleil) de Mary Oliver par l’écrivaine soudanaise-australienne Yassmin Abdel-Magied, suivie d’une prière. Des dattes palestiniennes de Zaytoun et des plats irakiens de Juma Kitchen ont été servis, accompagnés de lentilles et de biryani, afin de nourrir à la fois l’équipe et les invités, dont la plupart jeûnaient.
« C’est agréable d’être dans des espaces comme celui-ci et de ne pas se sentir ‘altérée’. Cela me donne de l’espoir de savoir qu’un travail comme le sien [Asker’s] se passe et que nous, musulmans et personnes de couleur, ne soyons pas perdus en arrière-plan. »
Naailah Khalifa, invitée
Le défilé a ensuite mis en scène des créations mêlant pièces sur mesure, silhouettes futuristes et éléments de la culture yéménite. Des coiffes et des voiles dorés encadraient les mannequins, tandis que des motifs inspirés du henné ornaient leur peau. Kazna Asker a également revisité les codes traditionnels du genre, en présentant un mannequin féminin portant un jambiya – la ceinture-poignard yéménite historiquement réservée aux hommes – intégré à une combinaison structurée.
« Nous avons décidé de mettre le jambiya sur une femme, pour mettre en valeur le pouvoir des femmes musulmanes. »
Kazna Asker, créatrice
Cette démarche s’inscrit dans la continuité de l’engagement de la créatrice en faveur de la diversité et de l’inclusion. Lors de sa présentation de fin d’études à Central Saint Martins en 2022, elle avait déjà été la première à faire défiler des mannequins portant le hijab, une initiative née de son désir de représenter la mode modeste de manière positive et contemporaine.
Pour Kazna Asker, cette présentation marque la fin d’un chapitre important de son parcours avec le British Fashion Council et son programme NewGen.
« J’ai fait tout ce que je voulais faire et je n’ai aucun regret. »
Kazna Asker, créatrice
Laura Weir, PDG du British Fashion Council, a souligné que la Semaine de la mode de Londres est une plateforme culturelle qui encourage les créateurs à s’exprimer librement.
La créatrice a puisé son inspiration dans ses voyages en Égypte, Oman, Qatar, Zimbabwe et Inde, observant la manière dont les communautés yéménites réinterprètent leur tradition au-delà des frontières. Elle a utilisé des tissus fournis par sa grand-mère, son père et son oncle, ainsi que des foulards provenant d’un marché yéménite en Égypte.
Kazna Asker se considère comme une créatrice engagée, consciente que son travail peut être perçu comme politique. Elle affirme que son principe directeur est de « construire latéralement, pas vers le haut », en privilégiant la collaboration et l’inclusion.
Au centre de la pièce, un oranger faisait référence au conte persan « L’Homme qui plantait des arbres », une allégorie de son passage au programme NewGen : elle a pu donner tout ce qu’elle avait, dans l’espoir d’inspirer la prochaine génération de designers.