Home Santé Molteno : la santé n’est pas un remède mais une prévention. Le discours du professeur Silvio Garattini

Molteno : la santé n’est pas un remède mais une prévention. Le discours du professeur Silvio Garattini

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Publié le 18 octobre 2025 Le professeur Silvio Garattini, éminent chercheur, a appelé à une « véritable révolution culturelle » axée sur la prévention lors d’une conférence à Molteno, critiquant le système de santé actuel pour privilégier le traitement au détriment d’une approche plus proactive et durable.

  • Le système de santé est massivement orienté vers le traitement, négligeant la prévention, pourtant plus efficace et économique à long terme.
  • Le marché pharmaceutique exerce une influence considérable sur l’information et la législation, privilégiant le profit à la santé réelle des patients.
  • Une véritable approche préventive, passant par l’éducation, l’hygiène de vie et la recherche sur la valeur thérapeutique ajoutée des médicaments, est nécessaire pour un avenir plus sain.

Lors de la rencontre publique « La recherche est prévention. Quel avenir pour notre santé ? », tenue le jeudi 16 octobre à l’école maternelle privée « La Chiocciola » de Molteno, le professeur Silvio Garattini, président et fondateur de l’Institut de recherche pharmacologique « Mario Negri », a dressé un portrait lucide des enjeux sanitaires actuels. L’événement, promu par la Fondation Mgr Ermanno Gerosa ETS et représentée par Matteo Bonacina, a mis en lumière la nécessité d’une refonte profonde de notre approche de la santé.

Plusieurs personnalités ont pris la parole pour souligner l’importance de la démarche. Matteo Bonacina a insisté sur la nécessité de considérer la personne dans sa globalité, tandis que Mario Vismara, président de la Fondation Gerosa, a exprimé sa gratitude pour la présence du scientifique de renommée internationale. Le maire de Molteno, Giuseppe Chiarella, s’est félicité de l’organisation d’un tel événement dans sa commune, saluant la contribution de Garattini à la science et au bien-être sociétal. Don Giandomenico Colombo, le curé de la paroisse, a rappelé la valeur de l’écoute, et Marco Magni, directeur de l’IC Molteno, a souligné la pertinence du sujet à l’heure post-pandémique. Daniela Invernizzi, présidente d’Agatha en route, a réaffirmé l’engagement de son association pour la promotion de la santé, et Marcello Tirani, de l’ATS Brianza, a corroboré le lien fondamental entre recherche et prévention.

Le professeur Garattini a ensuite développé son analyse, expliquant que si l’espérance de vie à la naissance en Italie est élevée (83,6 ans en moyenne), la qualité de vie durant ces années est souvent entachée par des maladies chroniques. Il a déploré que la médecine du XXe siècle se soit principalement axée sur les traitements, donnant naissance à un marché du médicament colossal (environ 200 milliards d’euros en Italie, avec une croissance annuelle de 5 à 7%). Ce marché, a-t-il souligné, détient un monopole sur l’information médicale, souvent biaisée car émanant des vendeurs eux-mêmes.

Cette influence se répercute sur les politiques publiques et la législation, qui définissent trois critères d’approbation des médicaments : qualité, efficacité et sécurité. Garattini a précisé que la qualité se réfère à la composition, et la sécurité à l’absence totale de risque, ce qui est une illusion. L’efficacité, quant à elle, est souvent mesurée par l’amélioration de paramètres biologiques (comme le cholestérol) plutôt que par un bénéfice thérapeutique réel, c’est-à-dire une amélioration de la qualité ou de la durée de vie. Il a déploré l’absence de comparaison systématique entre les nouveaux médicaments et ceux déjà existants, une lacune qui freine l’innovation véritable et favorise la commercialisation de produits aux bénéfices marginaux.

Le chercheur a illustré son propos avec des exemples concrets : il faudrait traiter 200 patients pour prévenir une crise cardiaque grâce aux médicaments anti-cholestérol, 125 patients pendant 5 ans pour éviter une hospitalisation liée au diabète, ou encore 900 traitements contre l’ostéoporose pour prévenir une fracture. Dans tous ces cas, la majorité des patients reçoivent un traitement potentiellement inutile et porteur d’effets secondaires. Il a également dénoncé le fait que les essais cliniques sous-représentent souvent les femmes, les personnes âgées et les enfants, alors que les médicaments sont ensuite prescrits à ces mêmes populations.

Selon Garattini, le marché occulte le fait que de nombreuses maladies sont évitables. Le diabète de type 2, par exemple, dépend largement du mode de vie (sédentarité, alimentation, poids) et pourrait être prévenu par des comportements adéquats. Le professeur a affirmé que le véritable remède réside dans la prévention et les choix conscients. Le tabagisme (facteur de risque pour 27 maladies) et la consommation d’alcool, dont le vin est désormais reconnu comme cancérigène, sont d’autres exemples de facteurs de risque évitables.

La révolution culturelle prônée par le professeur Garattini passe par l’intégration de la prévention dès le plus jeune âge. Cela implique de promouvoir l’activité physique (150 à 350 minutes par semaine suffisent), une alimentation saine et équilibrée (manger peu étant un facteur de longévité), un sommeil de qualité pour le nettoyage cérébral, des relations sociales épanouies, des loisirs stimulants et, surtout, une éducation renforcée. Il a déploré le faible taux d’étudiants poursuivant des études supérieures en Italie (29% contre 40% en moyenne européenne), soulignant le lien entre faible niveau d’éducation, bas revenus, pauvreté et prévalence accrue des maladies.

L’invitation finale du professeur est claire : introduire la santé et la prévention dans les programmes scolaires, même par une heure hebdomadaire, pour modifier durablement les mentalités. « Plus de santé signifie augmenter la durée d’une vie en bonne santé, avoir moins de maladies, consommer moins de médicaments et moins solliciter le système national de santé », a-t-il conclu.

La soirée s’est terminée par de nombreuses questions du public, laissant une impression de prise de conscience : la santé est une affaire de qualité de vie, de culture et de responsabilité collective, et investir dans la prévention est la clé d’un avenir plus juste et plus sain pour tous.

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