Dans l’intimité du couple : quand la peur de blesser freine le désir
Paris, le 26 octobre 2023 – Dans l’univers complexe des relations intimes, les questions de désir, de plaisir et parfois de traumatisme émergent régulièrement. La rubrique « Comment faire » de Slate, animée par Stoya et Rich, se penche aujourd’hui sur une interrogation singulière : comment aborder la peur de son partenaire de causer du tort lors des rapports sexuels, au point de les éviter presque entièrement ?
Notre lectrice, que nous appellerons « Pas une arme », partage une situation délicate. Elle vient de débuter une relation avec un homme qu’elle apprécie profondément pour son intelligence, son humour et sa bienveillance. Cependant, un obstacle de taille se dresse sur le chemin de leur intimité : la pénétration, ou plutôt son absence quasi-totale.
Depuis le début de leur relation, le sexe est chaud, passionné, et riche en échanges mutuels de caresses, de jeux avec des jouets et d’oral. Mais dès que l’idée de la pénétration est évoquée, son partenaire panique. Il raconte, avec une sincérité déconcertante, un épisode traumatisant lors de sa première expérience sexuelle à l’université, où sa partenaire avait été blessée. « C’était l’histoire de deux gamins qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient, pas une histoire de maltraitance », précise-t-elle, soulignant qu’il s’agissait d’un accident malencontreux. Malgré cette assurance, son compagnon semble convaincu que toute tentative de pénétration entraînera inévitablement une nouvelle blessure.
« Il est chaud et généreux au lit, et je l’aurais compris s’il s’agissait d’une lubie perverse, mais on a l’impression qu’il a peur de son propre corps », confie-t-elle, désespérée de trouver un moyen de communiquer sans le brusquer. Elle envisage même une thérapie pour lui, spécifiquement axée sur sa « bite ».
Face à cette situation, Stoya et Rich apportent leur éclairage, avec une approche nuancée. Ils sont d’accord avec l’idée d’une possible thérapie, mais suggèrent d’explorer plusieurs pistes avant de conclure.
Le poids du traumatisme et la peur de répéter l’histoire
La première hypothèse, et la plus évidente, est que le traumatisme vécu par son partenaire il y a des années a laissé des traces profondes. L’idée de blesser à nouveau une partenaire pourrait le paralyser, le rendant incapable de franchir le cap de la pénétration. Une thérapie pourrait l’aider à démystifier cette peur irrationnelle et à comprendre qu’il n’est pas une « arme » destinée à détruire.
Une identité sexuelle alternative ?
Cependant, Stoya et Rich soulèvent une autre possibilité, moins évidente mais tout aussi pertinente : son partenaire pourrait être, à un certain degré, un « aromantique » ou un « non-pénétratif ». Ce terme, plus courant dans les communautés queer, décrit des individus qui privilégient les pratiques sexuelles manuelles ou orales, sans pour autant ressentir un attrait particulier pour la pénétration, qu’elle soit vaginale ou anale. « Je ne sais pas à quel point c’est répandu chez les hétérosexuels, mais cela pourrait être une question d’identification pour lui », expliquent-ils. Dans ce cas, le plaisir qu’il tire des caresses, des jouets et de l’oral mutuel pourrait simplement refléter ses préférences naturelles, et non une peur démesurée.
L’importance du dialogue ouvert et de la patience
Quelle que soit la raison sous-jacente, la clé réside dans la communication et l’exploration conjointe. « Le PIV est important pour moi, penses-tu que nous pouvons y travailler ? », suggèrent Stoya et Rich comme approche. Il s’agit de sonder ses attentes et de comprendre si ce délai d’attente est réel ou une manière de repousser l’échéance indéfiniment.
Ils conseillent d’aborder le sujet avec douceur, en lui posant des questions sur ses expériences passées et le temps dont il pense avoir besoin pour se sentir à l’aise. Si le désir de pénétration est mutuel et que son partenaire est prêt à explorer cette voie, il est alors possible de trouver des solutions ensemble. Proposer de prendre le contrôle, d’être celle qui guide et initie, pourrait le détendre en lui retirant la pression de la performance ou de la responsabilité de la blessure.
En fin de compte, comme le soulignent Stoya et Rich, il faut décider si l’on est prête à attendre, si ce partenaire, malgré ses spécificités, vaut la peine de cette patience. L’intimité est un voyage, parfois semé d’embûches, où la compréhension et l’acceptation mutuelles sont les piliers d’une relation épanouie.