La position de Keir Starmer à Downing Street est fragilisée après la démission forcée de son chef de cabinet, Morgan McSweeney, suite à une controverse impliquant la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur des États-Unis. Cette crise politique, la plus grave depuis l’arrivée de Starmer au pouvoir il y a 19 mois, met en lumière les liens troubles de Mandelson avec le financier Jeffrey Epstein.
McSweeney a cédé dimanche à la pression croissante, reconnaissant publiquement que la nomination de Mandelson était une « erreur » dont il assume « l’entière responsabilité ». Quelques jours seulement après avoir affirmé avoir « bien sûr confiance » en son conseiller, Starmer a vu son bras droit admettre avoir mal évalué les risques liés à cette affaire.
L’affaire remonte à la récente publication de documents par le ministère de la Justice américain, ravivant les interrogations sur les relations de Mandelson avec Epstein. Ces documents suggèrent que l’ancien ministre travailliste aurait pu fournir à Epstein des informations confidentielles du gouvernement britannique entre 2009 et 2010, alors qu’il occupait un poste influent au sein de l’administration de Gordon Brown.
Mandelson a annoncé cette semaine qu’il quittait son poste à vie à la Chambre des Lords, tandis que la police métropolitaine a ouvert une enquête qui a conduit à des perquisitions dans ses propriétés. Starmer a présenté ses excuses aux victimes du réseau d’exploitation sexuelle d’Epstein, reconnaissant avoir cru aux « mensonges » de Mandelson concernant l’étendue de ses liens avec le financier décédé en 2019.
Le gouvernement britannique a annoncé qu’il publierait une partie du processus de recrutement pour le poste d’ambassadeur, dans la mesure où cela ne compromettrait pas l’enquête policière en cours ou la sécurité nationale.
La démission de McSweeney, considéré comme un stratège électoral hors pair, est un coup dur pour Starmer. En tant que chef de cabinet, il était un acteur clé du gouvernement, responsable de la planification des campagnes et de l’orientation politique du parti travailliste. Son influence s’étendait à tous les domaines, de la communication publique à la rhétorique sur des sujets sensibles comme l’immigration, ce qui avait d’ailleurs suscité des tensions au sein du parti.
McSweeney avait été promu au poste de chef de cabinet en octobre 2024, une nomination qui avait déjà provoqué des remous, certains l’accusant d’avoir poussé à la démission de sa prédécesseure, Sue Gray, l’ancienne fonctionnaire chargée d’enquêter sur les fêtes illégales organisées à Downing Street sous le gouvernement de Boris Johnson.
À ce stade, la question est de savoir si le sacrifice de McSweeney suffira à calmer la tempête. Son départ affaiblit considérablement Starmer, alors que le parti travailliste est confronté à une série d’élections cruciales. Les élections partielles du 26 février dans la circonscription de Gorton et Denton, dans le nord de l’Angleterre, pourraient donner le ton, et une défaite serait particulièrement préjudiciable. Starmer et la direction du parti avaient bloqué la candidature d’Andy Burnham, le maire populaire de Manchester, comme alternative en cas de difficultés.
Les élections locales du 7 mai en Angleterre, ainsi que les élections aux parlements écossais et gallois, constitueront un véritable test pour le parti travailliste. Les sondages actuels prédisent une défaite, ce qui pourrait placer Starmer dans une position intenable, privé de l’un de ses principaux atouts stratégiques.