Publié le 2025-10-08 11:26:00. Après deux années d’hostilités intenses sur plusieurs fronts, de Gaza au Liban et en Syrie, Israël semble accuser le coup, tant sur le plan politique que militaire. Des analystes pointent une incapacité croissante à distinguer la légitime défense de la quête d’hégémonie régionale, une tendance de fond qui dépasse le seul gouvernement Netanyahu et reflète une mentalité collective privilégiant la guerre continue à la recherche de compromis.
- Israël, engagé dans des opérations militaires prolongées, manifesterait un épuisement politique et militaire.
- Une analyse pointe une brouille des lignes entre défense légitime et volonté d’hégémonie régionale.
- La stratégie israélienne privilégierait une guerre permanente plutôt que des solutions de paix.
L’attaque ciblée contre des dirigeants du Hamas à Doha le 9 septembre dernier est citée comme un moment révélateur de cette évolution. Un responsable israélien anonyme, s’adressant au site d’information Axios, aurait décrit Benjamin Netanyahu comme s’étant « pris de passion pour le rôle de la brute régionale, à tel point que personne ne s’attend à sa prochaine action ». Cette attitude, selon l’analyste politique Mairav Zonszein, témoigne d’une disposition israélienne accrue à frapper n’importe où dans la région, y compris des pays considérés comme des alliés de Washington, à l’instar du Qatar, médiateur dans plusieurs négociations.
Depuis l’offensive du Hamas le 7 octobre 2023, Israël a officiellement cherché à restaurer sa capacité de dissuasion et à démanteler les capacités de ses adversaires. Cependant, dans les faits, le pays semble avoir adopté un modèle de « guerre continue ». La destruction de Gaza, présentée par certains ministres comme une volonté délibérée de « briser l’esprit de l’ennemi », est perçue non comme un dommage collatéral, mais comme l’application d’une stratégie gouvernementale assumée. Le plan proposé par Donald Trump pour mettre fin au conflit, qualifié par Zonszein non pas de plan de paix mais d' »avertissement au Hamas », pourrait effectivement stopper les effusions de sang et permettre la libération d’otages, tout en s’appuyant sur des pressions politiques américaines continues.
Benjamin Netanyahu aurait accueilli ce plan comme une « victoire personnelle », malgré un contexte d’isolement international grandissant pour Israël et des acquis sécuritaires jugés fragiles. L’opération à Doha, selon l’analyste, aurait été un tournant décisif, poussant les États-Unis et leurs partenaires à exercer une pression directe sur le Premier ministre israélien pour qu’il accepte un cessez-le-feu. La persistance des opérations à Gaza, malgré des dissensions internes au sein de l’armée israélienne, aurait renforcé l’opinion internationale considérant la campagne comme relevant du génocide.
La scène de Benjamin Netanyahu s’adressant à une Assemblée générale des Nations unies quasi vide, alors que des pays occidentaux majeurs reconnaissaient l’État de Palestine, a accentué l’image d’un « acteur irrationnel se détruisant lui-même » pour reprendre les termes de Zonszein.
Malgré des succès militaires sur le terrain – affaiblissement du Hamas à Gaza, frappes contre le Hezbollah au Liban, contribution à la chute du régime de Bachar al-Assad – ces gains n’ont pas débouché sur la stabilité ou la paix. Au contraire, ils ont semblé enfoncer davantage Israël dans une spirale de conflits successifs. L’analyste conclut que la responsabilité de cette stratégie de guerre continue incombe non seulement à Benjamin Netanyahu, mais à l’ensemble de la société israélienne, y compris ses institutions militaires, médiatiques et politiques, qui ont, consciemment ou par peur, participé à ce projet. Elle souligne que l’idée prégnante en Israël selon laquelle la sécurité passe par le contrôle absolu et l’écrasement de toute opposition persiste, et que les tentatives de Donald Trump, malgré leurs motivations pragmatiques, visent précisément à infléchir cette mentalité.