Le Secrétaire d’État américain Marco Rubio a cherché à apaiser les tensions géopolitiques, affirmant que le renforcement des liens stratégiques avec le Pakistan ne se ferait pas au détriment de la relation historique avec l’Inde. Ces déclarations, faites à bord d’un vol vers Doha en route pour l’Asie, visent à rassurer New Delhi sur la politique étrangère américaine, qualifiée de « mature et pragmatique » par Rubio.
« Je ne pense pas que nos actions avec le Pakistan se fassent au détriment de notre relation ou de notre amitié avec l’Inde, qui est profonde, historique et importante », a déclaré le Secrétaire d’État aux journalistes. Cette mise au point intervient dans un contexte de perceptions d’un rapprochement américain avec Islamabad sous l’administration Trump, une évolution qui a suscité des inquiétudes à New Delhi, d’autant que les relations indo-américaines ont été tendues par des tarifs douaniers élevés imposés par Washington sur les exportations indiennes.
Marco Rubio a souligné que les États-Unis entretenaient des relations avec des pays avec lesquels l’Inde n’avait pas nécessairement de liens, ajoutant que « le contraire s’applique également ». Il a ainsi expliqué que Washington cherchait à « reconstruire une alliance » et à établir un partenariat stratégique plus large avec le Pakistan, une démarche engagée avant même l’escalade des tensions avec l’Inde. L’administration américaine est « pleinement consciente des défis » concernant l’Inde, a-t-il reconnu, mais son objectif est de « créer des opportunités de partenariats avec les pays où cela est possible ». Le précédent partenariat avec le Pakistan dans la lutte antiterroriste et des sujets similaires pourrait être élargi.
Ces propos surviennent alors que l’administration Trump a récemment imposé des tarifs de 50 % sur les exportations indiennes vers les États-Unis, dont la moitié sont considérées comme des « sanctions » liées au commerce de pétrole entre l’Inde et la Russie, malgré la guerre en Ukraine. Le Pakistan, quant à lui, fait face à un taux de taxation de 19 %. Parallèlement, Washington a signé de nouveaux accords avec Islamabad dans les domaines de l’exploitation minière de minéraux critiques et de l’exploration pétrolière. Le Président Trump a d’ailleurs qualifié le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le chef de l’armée Asim Munir de « grands dirigeants », une appréciation qu’il réserve aussi fréquemment au Premier ministre indien Narendra Modi.
Marco Rubio a participé au sommet de l’ASEAN en Malaisie aux côtés du Président Trump, un événement auquel le Premier ministre Modi n’a pas assisté, manquant ainsi une potentielle rencontre bilatérale avec le président américain. Durant ce sommet, Donald Trump a poursuivi son rôle autoproclamé de « pacificateur » en supervisant la signature d’une trêve entre la Thaïlande et le Cambodge, tout en louant à nouveau les qualités de Shehbaz Sharif et Asim Munir.
Le Secrétaire d’État américain doit rencontrer le 24 septembre le ministre des Affaires extérieures indien, S. Jaishankar, en marge du sommet pour discuter des négociations commerciales en cours et de l’approvisionnement en pétrole russe. Bien que l’Inde maintienne son droit à choisir ses fournisseurs d’énergie, Rubio a indiqué que New Delhi avait exprimé son intention de diversifier ses sources d’approvisionnement et d’accroître ses achats de pétrole auprès des États-Unis. « Plus nous leur vendons, moins ils achèteront à d’autres », a-t-il observé.
Cette déclaration contraste avec les affirmations de Donald Trump, qui a prétendu que Narendra Modi lui avait personnellement assuré que l’Inde cesserait ses achats de brut russe, une affirmation que New Delhi a démentie de manière diplomatique. Washington soutient que les importations de pétrole russe par l’Inde contribuent indirectement au financement de la guerre en Ukraine menée par le président Vladimir Poutine. L’Inde demeure l’un des plus grands importateurs de brut russe, représentant environ un tiers de ses approvisionnements totaux. La semaine dernière, la décision américaine de sanctionner deux grands fournisseurs de pétrole russes aurait incité les raffineurs indiens à rechercher des alternatives, selon Bloomberg.