Publié le 26/10/2025 08:51. Une enquête récente de la Direction norvégienne de la santé met en lumière les lacunes persistantes dans la prise en charge post-accouchement, pointant du doigt une négligence du « quatrième trimestre » de la maternité. Cette période cruciale, où les mères s’adaptent à leur nouvelle vie, souffre d’un suivi insuffisant et fragmenté, contrastant avec les recommandations internationales.
- La prise en charge post-accouchement en Norvège est critiquée pour son manque de continuité et de soutien.
- Le concept de « quatrième trimestre », les trois premiers mois après la naissance, est essentiel mais négligé par le système de santé norvégien.
- Des pays comme l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni offrent des modèles de suivi postnatal plus complets.
Une enquête nationale menée par la Direction norvégienne de la santé sur les expériences des femmes durant leur grossesse, leur accouchement et la période post-natale a confirmé ce que beaucoup redoutaient : les soins maternels constituent le maillon faible du système de santé féminin. Les retours font état de séjours à la maternité trop courts, d’un manque d’information et de soutien, et d’un suivi à domicile particulièrement limité une fois les parents rentrés chez eux. À l’inverse, une continuité dans le suivi, où les mêmes professionnels accompagnent la femme tout au long de ces étapes, génère une satisfaction nettement plus élevée et un sentiment de sécurité accru.
Le terme « quatrième trimestre », popularisé par le pédiatre américain Harvey Karp il y a plus de vingt ans, désigne les trois premiers mois suivant la naissance comme une extension naturelle de la grossesse. Cette période est marquée par des bouleversements majeurs pour la mère : fluctuations hormonales, douleurs physiques, privation de sommeil, saignements post-partum, problèmes du plancher pelvien, tout en devant gérer l’allaitement et s’adapter à une nouvelle identité. Or, c’est précisément à ce moment critique que le système de santé semble relâcher son attention, les mères sortant de l’hôpital souvent après seulement un ou deux jours, le suivi municipal étant alors réduit à sa plus simple expression.
Cette approche norvégienne contraste fortement avec les recommandations internationales. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la prestigieuse revue *The Lancet* et l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) préconisent un suivi médical étroit de la mère durant les douze premières semaines après l’accouchement. L’expression « quatrième trimestre » sert ainsi de rappel essentiel : l’accouchement n’est pas une fin en soi, mais le début d’une transition, durant laquelle la maternité représente une phase active et particulièrement vulnérable.
Si les soins prodigués en Norvège pendant la grossesse et l’accouchement sont reconnus comme étant de haute qualité, le système semble perdre son élan une fois le bébé né. Bien qu’une visite à domicile par une sage-femme soit théoriquement prévue, de nombreuses femmes n’en bénéficient pas. La comparaison internationale est frappante : en Allemagne, une sage-femme rend visite quotidiennement à la mère pendant les dix premiers jours, et le suivi peut s’étendre sur plusieurs semaines, incluant même un accès à la physiothérapie. En France, les mères reçoivent deux à trois visites à domicile et dix heures d’exercices périnéaux gratuits. Aux Pays-Bas, le programme « kraamzorg » offre trois à six heures de soins quotidiens à domicile pendant huit jours. Au Royaume-Uni, au moins trois visites postnatales par une sage-femme ou une infirmière de santé publique sont la norme. La situation norvégienne, avec souvent une seule visite, voire aucune, apparaît déficitaire.
Ces disparités ont des conséquences directes et inquiétantes. Un manque de soutien pendant les semaines cruciales suivant l’accouchement augmente le risque de problèmes psychologiques, de difficultés d’allaitement et de complications physiques telles que l’incontinence urinaire ou le prolapsus génital. L’article souligne un dysfonctionnement systémique : autrefois, les séjours à la maternité étaient plus longs et un personnel pluridisciplinaire (sages-femmes, puéricultrices, physiothérapeutes) assurait une transition plus douce. Aujourd’hui, les hôpitaux fonctionnent davantage comme des entreprises, axées sur l’efficacité et l’équilibre financier, considérant les femmes enceintes comme des patientes à faible risque. Le transfert de responsabilité vers les municipalités se fait sans les ressources adéquates pour assurer un suivi suffisant, transformant les visites à domicile en postes de dépense plutôt qu’en investissements préventifs.
Pour remédier à cette situation, l’auteur propose un modèle inspiré des pays où les soins de santé sont assurés par des systèmes de remboursement. En Norvège, Helfo, déjà en charge du remboursement des prestations de médecins généralistes, psychologues et kinésithérapeutes, pourrait étendre son action pour couvrir le suivi systématique post-natal. Les sages-femmes et les infirmières de santé publique seraient ainsi rémunérées pour leurs visites à domicile, garantissant à toutes les femmes du pays un accompagnement égal et de qualité, indépendamment de leur lieu de résidence. Ce changement apporterait plus d’équité, de prévisibilité et de professionnalisme aux soins maternels.
En conclusion, l’article insiste sur le fait que les soins maternels ne relèvent pas du luxe, mais de la prévention fondamentale, de la sécurité et du bien-être. La solitude et l’incertitude ressenties par de nombreuses femmes après l’accouchement, bien que compréhensibles, sont jugées évitables et inutiles. « Nous savons ce qu’il faut faire. Il nous faut simplement un système qui le permette », affirme l’auteure. Face à la volonté sociétale d’encourager la natalité, il est impératif d’assurer aux femmes une période de maternité digne et sécurisée, en prenant enfin le « quatrième trimestre » au sérieux.
Malin Eberhard-Gran est professeure de médecine à l’Université d’Oslo et chercheuse principale au Centre national de recherche sur la santé des femmes de l’Hôpital universitaire d’Oslo.