Publié le 14 février 2026 17h32. Une pièce de théâtre singapourienne, « Invisible », explore les défis de handicaps souvent méconnus, portée par un casting diversifié où une actrice atteinte du syndrome de Down incarne un rôle particulièrement poignant : une gynécologue confrontée à une patiente enceinte d’un enfant porteur de la même condition.
- Jaspreet Kaur Sekhon, actrice atteinte du syndrome de Down, joue le rôle d’une gynécologue suggérant une interruption de grossesse.
- La pièce « Invisible », écrite par Haresh Sharma, met en scène quatre femmes confrontées à des handicaps invisibles.
- Pour Mme Sekhon, il s’agit d’une première : un rôle où son handicap n’est pas au centre de l’intrigue.
C’est au Esplanade Theatre Studio que se joue cette œuvre audacieuse. Lors d’une représentation récente, le public a été frappé par une scène particulièrement troublante : Safiah, interprétée par Dalifah Shahril, reçoit la nouvelle d’un diagnostic prénatal de syndrome de Down. La tension est palpable lorsqu’une gynécologue, incarnée par Jaspreet Kaur Sekhon, évoque la possibilité d’une interruption de grossesse.
L’ironie de la situation, soulignée par le choix de Mme Sekhon pour ce rôle, est saisissante. Le syndrome de Down est une anomalie génétique causée par la présence d’une copie supplémentaire du chromosome 21, pouvant affecter le développement physique et intellectuel. Pourtant, sur scène, c’est une femme qui vit avec cette condition qui est chargée de prononcer des mots si lourds de conséquences.
« Invisible », commandée pour le Singapore Fringe Festival 2026, est l’œuvre du dramaturge reconnu Haresh Sharma. La pièce explore les vies de quatre femmes aux prises avec des handicaps invisibles : la dyslexie, le diabète, la dépression, et le syndrome de Down. Jaspreet Kaur Sekhon y interprète également Anita, une femme riche et parfois hautaine dont la disparition d’une statue de Ganesha, dieu hindou, déclenche l’intrigue.
« C’est un personnage très hautain, et très riche aussi », a confié Mme Sekhon avec un sourire. « Ce n’est pas moi dans la vraie vie, mais c’est le personnage, et je sentais que je pouvais vraiment travailler avec ça. »
Assise confortablement dans le salon de sa maison, sur la côte ouest de Singapour, vêtue d’une tunique bleu marine et d’un foulard discret, Mme Sekhon a évoqué ses premières réactions face à ce rôle inhabituel. Elle a plaisanté sur le fait que son casting pourrait être lié au métier de médecin exercé par son père.
Interrogée sur ses éventuelles réticences à l’idée de jouer une scène aussi délicate, elle a reconnu avoir ressenti un certain malaise au début. Mais la signification de cette opportunité a rapidement pris le dessus : c’était la première fois de sa carrière qu’elle était choisie pour un rôle qui ne soit pas directement lié à son syndrome de Down.
« Pour moi, c’était une expérience inédite de partager la scène avec des acteurs non handicapés, comme Deonn Yang et Periyachi Roshini, non pas en tant qu’actrice trisomique, mais simplement en tant qu’actrice », a-t-elle expliqué. « Personne ne me traite différemment. Cela me fait du bien, comme si j’étais incluse. »