À Chicago, la lutte contre l’immigration prend une tournure plus musclée, au point que les citoyens s’organisent en véritables vigies pour alerter et se protéger. Gaz lacrymogènes, courses-poursuites en voiture : la tension monte dans les quartiers de la métropole.
Depuis le mois de septembre, la ville de Chicago est devenue un théâtre d’opérations tendues où agents de l’immigration et habitants s’affrontent. Les forces de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et de l’US Customs and Border Protection (CBP) intensifient leurs interventions, provoquant des réactions vives au sein de la population. Ces actions, souvent décrites comme des méthodes d’intimidation, poussent les résidents à créer des réseaux d’alerte pour se prémunir des arrestations.
Dans le quartier de Lakeview, par exemple, le mois dernier, des agents de l’immigration ont utilisé des grenades lacrymogènes, enveloppant la rue d’une fumée blanche après une intervention musclée. Des résidents, alertés par des sifflets, sont sortis de chez eux pour manifester. « Nous ne voulons pas de vous ici. Sortez de notre quartier ! », a crié Rae Lindenberg, une habitante de 32 ans, témoin de la scène où un ouvrier du bâtiment a été menotté et embarqué de force.
Courtney Conway, 42 ans, s’est jointe à la contestation après avoir été informée par des groupes sur les réseaux sociaux. Elle dénonce la violence perçue : « Nous ne sommes pas une ville violente. Ce n’est pas une zone de guerre, et je pense que ces types nous terrorisent et tentent de nous monter les uns contre les autres. Nous voulons qu’ils partent. Nous voulons qu’ils arrêtent d’enlever nos voisins. »
Face à cette répression accrue, Chicago, mosaïque de quartiers solidaires, s’organise. Des dizaines de groupes sur les réseaux sociaux, comptant parfois jusqu’à 50 000 membres, relaient des informations en temps réel : localisation des agents, véhicules utilisés (souvent des voitures de location dont les plaques changent quotidiennement), et quartiers ciblés. Cette surveillance communautaire, qualifiée par certains militants de « défense de zone », aurait permis de ralentir les opérations des agents et même de les empêcher de procéder à des arrestations.
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) défend les actions de ses agents, affirmant leur professionnalisme face aux « émeutes, au doxxing et aux attaques physiques ». Selon le DHS, près de 3 000 personnes ont été arrêtées à Chicago depuis début septembre. Cependant, les affrontements se multiplient et prennent une dimension de plus en plus violente. Reuters a recensé au moins cinq quartiers où des gaz lacrymogènes ont été utilisés. Des incidents rapportés incluent des collisions de véhicules entre agents et civils, des agressions physiques contre des manifestants, l’usage de Taser, des menaces avec armes à feu et même des tirs ayant causé deux blessures, dont un mortel.
Dans ce contexte, des groupes de vigilance citoyens se déploient, notamment devant les écoles, comme à Bucktown, où des parents montaient la garde après des alertes concernant la présence d’agents de l’ICE et de la Patrouille frontalière. À Little Village, un quartier latino, les commerçants et résidents ont verrouillé leurs portes et, par moments, encerclé les véhicules des agents pour empêcher les arrestations.
Certains résidents ont même développé des techniques de surveillance avancées, traquant les hélicoptères Black Hawk utilisés par les agents pour survoler les quartiers, car ces appareils n’apparaissent pas sur les applications de suivi de vol et sont souvent annonciateurs d’une intervention imminente.
En réponse à ces tensions, une juge de district américaine a ordonné le mois dernier que les agents portent des caméras corporelles et émettent deux avertissements avant l’usage de gaz lacrymogènes, suite à une plainte déposée par des manifestants, des membres du clergé et des journalistes.