Publié le 2025-10-23 07:36:00. Malala Yousafzai, la jeune femme qui a survécu à une tentative d’assassinat à 15 ans avant de recevoir le prix Nobel de la paix, revient dans un nouveau livre sur les défis de son parcours, entre le poids de sa notoriété et sa quête d’une vie plus personnelle.
- La lauréate du prix Nobel de la paix publie son second livre, « Finding My Way », dressant un portrait plus intime de sa vie après le lycée.
- Elle y décrit les difficultés liées à sa célébrité précoce, la solitude sur le « piédestal » et sa recherche d’une identité au-delà de celle de militante.
- Malala dénonce fermement le régime taliban en Afghanistan et l’inaction internationale face à l’oppression des femmes et des filles.
Malala Yousafzai, devenue une icône mondiale après avoir reçu le prix Nobel de la paix à 17 ans suite à une tentative d’assassinat perpétrée par les talibans à l’âge de 15 ans, livre une nouvelle facette de sa personnalité dans son deuxième livre autobiographique, « Finding My Way ». Plus de dix ans après « Je m’appelle Malala », qui racontait son combat pour l’éducation des filles depuis la vallée pakistanaise de Swat jusqu’à la scène internationale, elle aborde désormais la solitude inhérente à son statut de figure publique, ses propres fragilités et sa quête de sérénité.
Dans une interview accordée à l’agence de presse allemande (dpa), Malala explique avoir voulu partager son parcours scolaire, universitaire et les années qui ont suivi, décrivant cette période comme un « énorme changement ». L’attaque qu’elle a subie l’a plongée dans le coma, tandis que d’autres faisaient déjà d’elle une figure médiatique. Elle confie avoir d’abord ressenti la pression d’incarner la militante « courageuse et intrépide » qu’elle était censée être. Cependant, elle a réalisé qu’il était impossible de se définir en tant qu’activiste sans d’abord se connaître soi-même.
Avant d’atteindre le sommet de la reconnaissance mondiale, Malala se décrit comme une adolescente solitaire à Birmingham, portant un appareil auditif et luttant contre une paralysie partielle d’un muscle facial due à sa blessure à la tête. Les conséquences de cette blessure ont nécessité de nombreuses interventions chirurgicales. Les voyages pour assister à des conférences côtoyaient une absence de moments plus légers, comme des soirées entre amis. « J’avais l’impression d’avoir perdu mon enfance », confie-t-elle. L’université, en particulier à Oxford à partir de 2017, a marqué un tournant, lui offrant un espace un peu plus éloigné du regard public et des directives maternelles strictes.
Ce nouveau chapitre de sa vie a également été marqué par une réappropriation de son identité vestimentaire. Alors que sa mère lui confectionnait traditionnellement des robes amples, Malala a commencé à acheter clandestinement des jeans et un blouson d’aviateur lors de son arrivée à Oxford. La publication d’une photo d’elle en jean a provoqué une vive polémique, notamment au Pakistan, entraînant des appels téléphoniques inquiets de ses parents. Elle raconte avoir alors affirmé : « Je ne suis pas en pèlerinage ici… Je ne défends rien ici. Je ne suis qu’une étudiante. »
Malgré cette affirmation, la sécurité est restée une préoccupation constante, avec la présence de gardes à ses côtés à Oxford. Les réseaux sociaux continuent également d’être une source de critiques et de menaces, comme l’a illustré la campagne #ShameOnMalala suite à une interview sur le mariage accordée à Vogue en 2021. Néanmoins, l’université lui a apporté une liberté précieuse, lui permettant de participer à des soirées et de jouer au poker, mais surtout de nouer des amitiés solides. « Ils sont là pour vous, dans les bons comme dans les mauvais moments », souligne-t-elle, attribuant à l’amitié un rôle déterminant dans son évolution.
Au-delà de son parcours personnel, Malala demeure une militante acharnée pour l’éducation des filles. Durant ses études à Oxford, elle a continué à voyager pour sa fondation, le Malala Fund, parfois au détriment de son cursus. Elle révèle également que des raisons financières ont motivé ce rythme soutenu. Après l’installation de sa famille à Birmingham, elle est devenue la principale source de revenus, son père n’ayant pas pu exercer son métier d’enseignant au Royaume-Uni et sa mère ne maîtrisant pas encore l’anglais. Ses interventions et ses écrits rapportaient les fonds nécessaires à la vie quotidienne de la famille et aux études de ses frères.
Malala Yousafzai exprime avec véhémence son indignation face à la situation en Afghanistan depuis le retour des talibans. Elle dénonce la « réaction laxiste » de la communauté internationale et les restrictions draconiennes imposées aux filles, notamment l’interdiction de l’accès à Internet pour les empêcher de suivre des cours en ligne. Elle parle d’une « oppression systématique » qui devrait être qualifiée d' »apartheid de genre », et considère que certains pays normalisant leurs relations avec les talibans commettent une « trahison ». Elle appelle les politiciens mondiaux à écouter davantage les femmes et les filles afghanes.
Face à ces revers, Malala refuse de ralentir. « Le monde ne nous laisse pas le temps de nous arrêter », constate-t-elle. Au contraire, ces obstacles la poussent à redoubler d’efforts. « Nous devons travailler deux fois plus dur », conclut la jeune femme, dont l’engagement pour l’éducation des filles reste plus que jamais une priorité.