Publié le 2025-10-27 07:05:00. Une nouvelle étude américaine vient jeter un pavé dans la mare de la communication écrite professionnelle : l’usage des points d’exclamation, longtemps perçu comme un signe de manque de sérieux, pourrait en réalité avoir des vertus insoupçonnées, notamment pour adoucir le ton des femmes au travail.
- Les femmes utilisent près de trois fois plus de points d’exclamation que les hommes dans leurs e-mails.
- Cette utilisation serait motivée par la crainte de paraître froides ou hostiles.
- La recherche suggère que l’usage de points d’exclamation ne nuit pas à la perception de compétence et peut améliorer la perception de chaleur.
Pendant longtemps, l’auteure de ces lignes a divisé le monde en deux catégories : ceux qui parsèment leurs e-mails professionnels de points d’exclamation et les autres. Elle faisait partie du second groupe, considérant que l’usage intensif de ce signe de ponctuation témoignait d’un manque de professionnalisme, voire d’un esprit « fou » ou « malade », à l’image de certaines réflexions dans les romans de Terry Pratchett. Cette réticence s’est estompée au fil du temps, peut-être avec l’avènement des réseaux sociaux et l’intensification de l’informel durant la pandémie. Une évolution qui pourrait cependant cacher une motivation plus subtile : l’adoption progressive de cette pratique par les hommes au travail.
Une récente étude menée aux États-Unis vient confirmer cette intuition. Les chercheuses ont mis en évidence une différence de genre notable dans l’utilisation des points d’exclamation. Les femmes y recourent près de trois fois plus que les hommes. Leur motivation principale ? Éviter de passer pour des personnes distantes ou peu accueillantes. Cependant, cette stratégie les conduit souvent à s’interroger sur l’image qu’elles projettent, craignant d’être perçues comme moins compétentes ou inférieures. L’étude souligne que les femmes sont « plus sensibles aux implications potentielles de formation d’impressions en aval liées à l’utilisation de points d’exclamation ».
La recherche apporte cependant une nouvelle plus réjouissante : quel que soit le genre, l’usage de points d’exclamation dans les e-mails professionnels ne devrait pas nuire à la perception de compétence ou de puissance, éléments cruciaux dans certains milieux comme la finance ou le droit. Au contraire, cela tend à rendre la personne plus chaleureuse et sympathique. Les femmes n’ont donc pas à craindre d’être jugées plus sévèrement pour cette raison, et les hommes qui souhaitent adopter un ton plus expressif peuvent le faire sans appréhension.
Des réserves sont toutefois à considérer. Les étudiants et les jeunes professionnels en début de carrière devraient rester prudents, particulièrement dans leurs nouveaux environnements de travail. De plus, ces conclusions reposent sur des études menées aux États-Unis, un contexte où l’enthousiasme pour les points d’exclamation pourrait être plus marqué.
Cheryl Wakslak, professeure agrégée de gestion à l’Université de Californie du Sud et co-auteure de l’étude, se réjouit de ces résultats, qu’elle qualifie de « libérateurs ». Elle-même grande utilisatrice de points d’exclamation, elle voit dans ces recherches une validation de son style d’écriture naturel.
L’impulsion pour mener cette recherche lui est venue en observant une nette fracture de genre dans l’un de ses cours. Lors d’une discussion sur la difficulté de trouver le ton juste dans une communication formelle, les jeunes femmes de la classe ont exprimé leurs angoisses, certaines allant jusqu’à faire relire leurs e-mails par leur mère avant de les envoyer. Les jeunes hommes présents, en revanche, semblaient étrangers à ces préoccupations.
L’auteure conclut en espérant que cette étude contribuera à dissiper les inquiétudes des femmes quant à leurs choix de ponctuation, désormais prouvés comme étant, dans l’ensemble, inutiles.