Dix ans après sa signature, l’Accord de Paris sur le climat peine à atteindre ses objectifs ambitieux, dressant un tableau contrasté de progrès et de défis persistants à l’approche de la COP30.
À l’aube du dixième anniversaire de l’Accord de Paris, traité international pionnier sur le changement climatique, le bilan est loin d’être entièrement satisfaisant. Né lors de la COP21 en décembre 2015, cet accord historique peine encore à concrétiser sa promesse la plus emblématique : limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius. Les dernières estimations pointent vers un réchauffement maximal de 3,1 °C d’ici la fin du siècle si les politiques actuelles sont maintenues. Face à cette urgence, le message du Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est clair : les pays doivent se présenter à la COP30, prévue au Brésil, avec des engagements renforcés. « La science exige de l’action. La loi l’ordonne. L’économie l’impose. Et les gens le réclament », a-t-il martelé en septembre dernier lors d’une allocution percutante à New York.
Pourtant, les émissions mondiales continuent d’augmenter, tandis que le déploiement des énergies renouvelables connaît un essor inégal, marqué par un retour préoccupant vers les énergies fossiles. Aux États-Unis et dans l’Union européenne, la dépendance aux sources non renouvelables s’est accrue. La demande d’électricité a dépassé la capacité de production des énergies vertes en 2024, et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe que les politiques gouvernementales aux États-Unis réduiront de moitié la croissance prévue des renouvelables sur la décennie. L’Europe n’est pas en reste, avec des performances médiocres des secteurs éolien et hydroélectrique durant plusieurs mois, favorisant ainsi un recours accru aux combustibles fossiles. L’AIE a d’ailleurs rappelé qu’en 2024, le charbon restait la première source de production d’énergie au monde.
Seulement une poignée de nations est en bonne voie pour atteindre ses objectifs climatiques. La Chine et l’Inde ont notamment manqué la date limite du 10 février 2025 pour soumettre leurs plans climatiques actualisés. Par ailleurs, les États-Unis, le deuxième plus grand émetteur mondial, ont de nouveau quitté l’accord, marquant un recul significatif après le bref retour de l’administration Biden. Ce constat global est loin d’être encourageant pour l’Accord de Paris, soulevant de nombreuses interrogations avant la COP30. Néanmoins, au-delà de ces performances mitigées, des lueurs d’espoir persistent et témoignent du potentiel encore intact de l’accord.
Il est indéniable que sans l’Accord de Paris, la trajectoire des émissions serait encore plus sombre. L’accord a fixé un cadre et des attentes plus élevées pour les pays, même si les mesures actuelles ne suffisent pas encore à atteindre les objectifs fixés. Des avancées ont été accomplies d’année en année, et des accords subséquents, notamment le « Livre de règles de Paris » finalisé lors de la COP26, ont renforcé la discipline et la responsabilité des États dans la mise en œuvre de leurs engagements. Ce cadre prévoit un cycle quinquennal pour la soumission de contributions nationales déterminées plus ambitieuses, ainsi que des rapports réguliers et transparents sur les progrès réalisés. Il établit également un mécanisme de soutien financier aux pays en développement et des règles pour éviter la double comptabilisation des réductions d’émissions. Le financement des pays en développement et le soutien à l’adaptation climatique dans les régions les plus touchées sont des exemples de succès notables au cours de la dernière décennie. Lors de la COP29, un accord a été conclu pour lever 300 milliards de dollars annuellement pour les pays en développement, et un fonds a été créé l’année précédente pour aider les nations à se remettre des impacts climatiques.
Malgré un bilan contrasté pour les énergies renouvelables, notamment aux États-Unis et en Europe, des signaux positifs émergent. Le groupe de réflexion Ember a révélé que les énergies renouvelables, dans leur ensemble, ont dépassé le charbon comme première source d’électricité mondiale au premier semestre 2025. Si la croissance est limitée aux États-Unis et dans l’UE, la Chine joue un rôle moteur dans cette progression. Bien qu’étant un émetteur majeur de gaz à effet de serre et ayant continué à construire des centrales au charbon, la Chine a déployé plus d’énergie solaire et éolienne que le reste du monde combiné. Cette capacité a satisfait la demande d’électricité et entraîné une réduction de 2 % de la production issue des combustibles fossiles. L’Inde connaît une dynamique similaire, réduisant ses exportations de pétrole et de gaz au profit d’une capacité renouvelable accrue.
La Chine a également annoncé en septembre ses premiers objectifs de réduction absolue des émissions. Bien qu’ayant manqué la date limite de février, les plus grands émetteurs mondiaux semblent s’engager dans une stratégie à long terme de lutte contre le changement climatique. Leur engagement vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici 2035, s’ajoutant à leurs avancées significatives et à leurs nouveaux objectifs en matière d’énergies renouvelables. C’est un développement positif de la part du pays qui contribue le plus aux émissions mondiales, et les autres parties prenantes espèrent que cela encouragera une plus grande ambition à l’échelle internationale, particulièrement en l’absence actuelle de leadership américain dans ce domaine. Les appels du président brésilien Lula aux dirigeants américain et chinois pour leur participation à la COP30 suggèrent que les actions de ces deux pays seront scrutées de près. Cette attention est d’autant plus vive qu’environ 100 autres pays se sont déjà engagés à relever de nouveaux objectifs climatiques plus ambitieux. La volonté des petites nations de réaliser ces objectifs sera renforcée si les plus grandes puissances mondiales se présentent à la COP avec une ambition renouvelée.
En conclusion, bien qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, et que le bilan soit décevant pour de nombreux signataires, le cadre établi a créé une dynamique internationale sans précédent en matière de lutte contre le changement climatique. Au cours de cette dernière décennie, les engagements climatiques des parties ont été progressivement renforcés. L’Accord de Paris, malgré ses résultats actuels encore insuffisants, demeure la force motrice la plus puissante jamais vue dans la gouvernance climatique mondiale.