Publié le 2025-11-05 05:21:00. Alors que l’Euroligue navigue dans des eaux agitées, de la menace d’une NBA européenne aux incertitudes géopolitiques, son directeur général Paulius Motiejunas affiche une confiance inébranlable dans la solidité et la croissance de la compétition.
- L’Euroligue a vu ses revenus augmenter de 45 % ces deux dernières saisons, avec une hausse de 30 % des audiences télévisées sur cinq ans.
- La menace d’une NBA européenne est perçue comme négative pour le basket continental, risquant de diviser les fans et les marchés.
- La reprise des matchs en Israël est prévue pour le 1er décembre, malgré des préoccupations sécuritaires, tandis que le retour des équipes russes est conditionné à la fin du conflit.
Depuis juin 2023 à la tête de l’Euroligue, Paulius Motiejunas, ancien président du Zalgiris Kaunas et triple lauréat du titre de Dirigeant de l’année, se trouve à la barre d’une organisation en pleine mutation. Il détaille les défis et les succès de la compétition dans un entretien accordé à EL PAÍS, à l’heure où les turbulences secouent le basket européen.
Interrogé sur la santé de l’Euroligue, le dirigeant lituanien se montre résolument optimiste. « Nous sommes meilleurs que jamais », assure-t-il, s’appuyant sur une augmentation significative des revenus et un engouement populaire renouvelé. Plus de trois millions de spectateurs ont assisté aux matchs la saison dernière, un record. Sur le plan sportif, l’expansion à 20 équipes a accru la compétitivité : « Tout le monde peut battre tout le monde, il n’y a pas d’invaincu », souligne Motiejunas, désireux de préserver cet équilibre.
La perspective d’une NBA européenne suscite une certaine lassitude chez le directeur général. « Nous parlons toujours à la NBA. Retrouvons-nous et parlons. Mais nous sommes très frustrés », confie-t-il. Selon lui, la ligue américaine poursuit son propre agenda, sans véritable volonté de collaborer étroitement avec l’Euroligue. « Pour notre part, ce n’est pas la bonne voie », martèle-t-il, rappelant les 26 ans d’existence et de succès de la compétition qu’il dirige. Une « NBA européenne », telle qu’elle se profile, serait une « mauvaise nouvelle », estime Motiejunas, craignant une dilution de l’intérêt des fans et une fragmentation du paysage du basket continental, à l’image de la division observée dans le golf.
« Telle qu’elle est présentée, c’est une mauvaise nouvelle. Pas besoin d’un autre concours. Nous en avons déjà quatre et ce serait le cinquième. Avec la bonne approche, ils pourraient aider. Mais si cela continue ainsi, la NBA ne fera que nuire au basket européen. »
Paulius Motiejunas, Directeur Général de l’Euroligue
La situation des clubs espagnols, Real Madrid et FC Barcelone, est également évoquée, avec des rumeurs persistantes sur d’éventuelles défections moyennant des sommes considérables. Motiejunas préfère laisser les clubs faire leurs choix, tout en soulignant l’incompréhension face à des propositions financières potentiellement démesurées.
Concernant les relations avec la FIBA, le directeur général de l’Euroligue affiche une prudence mesurée. Bien qu’il souhaite garder espoir en une possible entente, les doutes subsistent quant à une collaboration fructueuse. « Pour le moment, il semble que la FIBA essaye de nous aider à trouver un accord entre les deux parties. Je veux garder espoir, mais je doute aussi que cela se produise », avoue-t-il.
L’exclusion des équipes russes demeure une question sensible. « Nous voulons que la paix soit instaurée et que la guerre prenne fin. Et ce n’est qu’après cela que nous pourrons aborder et analyser la situation », explique Motiejunas. Dans le contexte actuel, marqué par de nombreuses restrictions, un retour des clubs russes semble « quasiment impossible à envisager ».
La reprise des matchs en Israël, programmée pour le 1er décembre, soulève des questions de sécurité. Motiejunas affirme que Tel-Aviv est considérée comme une zone sûre, citant le bon déroulement des compétitions nationales. Cependant, il reconnaît la fragilité de la situation géopolitique et l’existence de différentes opinions, y compris celles exprimées par des entraîneurs comme Pedro Martínez de Valence, qui n’expriment pas le même sentiment de sécurité. L’Euroligue adopte une approche graduelle, se rendant sur place pour évaluer la situation et garantir la sécurité de tous les acteurs.
Enfin, l’expansion de l’Euroligue vers de nouveaux marchés, illustrée par le Final Four à Abu Dhabi et la participation d’une équipe de Dubaï, est vue comme une stratégie clé. « L’Euroligue va protéger la mentalité européenne du basket-ball et amener ce jeu sur de nouveaux marchés », assure Motiejunas, visualisant un avenir où la compétition, forte de sa valorisation actuelle d’un milliard d’euros, pourrait tripler cette valeur dans les cinq prochaines années.