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Payer les salaires dans des portefeuilles virtuels : débat sur le financement du crédit aux PME

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Publié le 7 février 2024 11h05:00. Une disposition controversée de la réforme du travail en Argentine, autorisant le versement des salaires sur des portefeuilles virtuels, suscite des inquiétudes au sein du secteur bancaire, qui craint une réduction de ses ressources et une augmentation du coût du crédit, tandis que les fintech y voient une avancée pour la liberté de choix des consommateurs.

  • L’article 35 de la réforme permettrait le paiement des salaires directement dans des portefeuilles virtuels.
  • Les banques craignent une diminution des dépôts et une hausse des taux d’intérêt, notamment pour les PME.
  • Les fintech défendent cette mesure comme un élargissement des options pour les travailleurs et les retraités.

Le débat parlementaire autour de la réforme du travail en Argentine a été marqué par une tension croissante entre les banques, les entreprises de technologie financière (fintech) et les chambres de commerce, centrée sur un point précis : l’article 35. Cette disposition autoriserait les employeurs à verser les salaires directement sur des portefeuilles virtuels, une perspective qui inquiète fortement le secteur bancaire.

Pour les banques, le risque principal réside dans un possible détournement massif des dépôts vers les prestataires de services de paiement (PSP). Claudio Cesario, président de l’Association Bancaire Argentine (ABA), a souligné l’importance des dépôts stables pour le financement de l’économie :

« Pour prêter, il faut une « matière première » : les dépôts. »

Claudio Cesario, président de l’ABA

Il a averti que si ces fonds quittent le système bancaire traditionnel,

« le crédit, logiquement, devient plus cher, notamment pour les familles et les PME »

Claudio Cesario, président de l’ABA

L’argument des banques est renforcé par l’observation que les fonds transférés vers les portefeuilles virtuels sont souvent dirigés vers des fonds communs de placement (FCI) à très court terme, notamment des fonds du marché monétaire. La réglementation prudentielle actuelle limite la capacité de ces instruments à financer des projets productifs à moyen et long terme, car ils ne peuvent être transformés en prêts supérieurs à 30 jours.

De plus, lorsque ces fonds retournent dans le système bancaire, ils le font sous forme de dépôts institutionnels considérés comme « instables », ce qui impose aux banques de maintenir des ratios de liquidité plus élevés. Les normes de liquidité de la Banque Centrale de la République Argentine (BCRA), notamment le Liquidity Coverage Ratio (LCR), exigent un ratio de liquidité de 100% sur les dépôts provenant des PSP via les FCI.

Parallèlement, une analyse de la BCRA révèle une concentration du crédit aux PME. Selon un rapport de l’Association des Banques Argentines Privées et Publiques (ABAPPRA), basé sur les données de la Banque centrale, Banco Nación détient 24,0% du capital total alloué aux PME, suivi de Banco Galicia (14,4%), Banco Santander (8,9%) et Banco Macro (8,6%). En termes de nombre d’entreprises desservies, la répartition est différente : Galice (12,7%), Santander (10,1%) et BBVA (9,0%) se distinguent, ainsi que des plateformes comme Mercado Libre (8,9% des entreprises) et Línea Naranja (6,3%), bien que leur participation au volume total reste marginale (respectivement 0,6% et 0,5%).

Du côté des fintech, la Chambre argentine des Fintech défend l’autorisation comme un progrès pour les consommateurs :

« La vraie liberté, c’est choisir. Restreindre ce choix ne protège personne : cela préserve seulement un privilège pour quelques-uns qui existe depuis plus de 30 ans. Défendre la liberté n’affaiblit pas le système financier : cela le renforce, le modernise et le rend plus juste. »

Chambre argentine des Fintech

Enfin, le débat prend une dimension territoriale. Dans les provinces, où le crédit dépend fortement des dépôts locaux, une augmentation du coût du financement ou une diminution de sa disponibilité pourrait avoir un impact significatif sur les PME, les économies régionales et l’emploi, en l’absence d’alternatives de financement immédiates.

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