Publié le 2025-10-12 19:52:00. L’augmentation des péages routiers à Oslo, entrée en vigueur le 1er janvier, suscite une vive protestation de la part des propriétaires de camions. Ces derniers dénoncent une hausse jugée « disproportionnée » et « trop rapide », qui risque de se répercuter sur les prix pour les consommateurs.
- Les tarifs des péages pour les camions, en particulier les plus anciens et les diesels, ont connu une augmentation significative, atteignant plus de 70 % pour certains passages aux heures de pointe.
- Les professionnels du transport routier estiment que ce changement brutal manque de prévisibilité et que les conditions actuelles rendent difficile la transition vers des véhicules électriques.
- La municipalité d’Oslo défend ces mesures dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, rappelant le principe du « pollueur-payeur » et l’avertissement préalable de ces hausses.
À partir du Nouvel An, les automobilistes de la région d’Oslo ont vu leurs péages augmenter. Si la hausse concerne la majorité des usagers, elle frappe de plein fouet les transporteurs de marchandises, notamment ceux qui utilisent des camions plus anciens ou fonctionnant au diesel. Pour ces derniers, le coût d’un passage aux heures de pointe passe de 150 à 223 couronnes norvégiennes (NOK), et hors période de pointe, de 113 à 161 NOK. Soit une augmentation de plus de 70 %.
« Nous participons à la transition écologique, mais nous réagissons avec force à une augmentation de plus de 70 % des frais, décidée dans un délai aussi court, et qui touche une industrie entière », a déclaré J. Kristian Bjerke, directeur régional de l’Association norvégienne des propriétaires de camions, à Nettavisen. Il souligne que ces surcoûts, inévitablement répercutés sur les prix des marchandises, pèseront finalement sur le consommateur.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’accord « Oslo Package 3 », destiné à financer les grands projets de transport dans la région. Cependant, pour les propriétaires de camions, le calendrier est jugé inadapté. « Au final, c’est le consommateur, moi et vous, qui devons payer ces frais. Mais il ne suffit pas de le reporter sur la facture, je ne sais pas comment nous allons gérer cela », confie Bjerke. Les camions électriques, eux, continuent d’être exonérés de péages.
Des exigences environnementales jugées irréalistes
L’Association norvégienne des propriétaires de camions pointe du doigt le manque de réalisme des politiques environnementales appliquées au secteur. « Il ne s’agit pas d’une aversion [pour la voiture électrique], ni d’un doute sur la fin de la voiture diesel et la vie de la voiture diesel, mais d’une industrie qui manque totalement de prévisibilité, qui est mise à mal et élue », a-t-il fustigé. Il souligne que l’amortissement d’un camion s’étend sur 5 à 6 ans, rendant caduque l’idée de remplacer immédiatement les véhicules existants par des modèles électriques, dont le coût d’achat est également plus du double de celui d’un camion diesel Euro 6.
De plus, les délais de livraison des nouveaux camions électriques en Europe sont actuellement très longs. « Cela doit être financé d’une manière ou d’une autre. Si l’on est un acteur majeur, c’est une chose, mais si l’on possède quelques camions, on ne peut pas simplement accepter cet investissement. Cela doit se faire sur une longue période », précise Bjerke. Environ 70 % des membres de l’association possèdent moins de dix camions.
Des infrastructures lacunaires et une communication critiquée
J. Kristian Bjerke critique également le manque de compréhension des décideurs politiques quant aux conséquences de leurs décisions. « Disons que nous remplaçons du jour au lendemain des camions valant plusieurs milliers d’euros par des camions électriques. Où dans le monde et les riches devraient-ils facturer ? Car ils n’étendent pas l’infrastructure de recharge. Une autre question est : où est le courant ? » s’interroge-t-il. Il dénonce également le manque de places de stationnement sécurisées et de zones de repos fonctionnelles, notamment à l’intérieur des frontières d’Oslo, qui compte pourtant le plus grand terminal de fret de Norvège.
L’Association norvégienne des propriétaires de camions appelle les politiques à reconsidérer leur approche. « Je pense que les politiciens d’Oslo et d’Akershus doivent prendre au sérieux ces augmentations insensées des coûts », insiste Bjerke, dénonçant une « arrogance inutile » de la part de la municipalité d’Oslo, du conseil du comté d’Akershus et de l’administration norvégienne des routes publiques. Il s’en prend particulièrement à l’agence de l’environnement et des transports, Marit Vea (V), qu’il accuse de manquer de compréhension et de véhiculer une certaine condescendance envers le secteur.
La municipalité d’Oslo se défend
De son côté, l’Agence de l’Environnement et des Transports d’Oslo défend l’augmentation des péages. « Nous sommes au milieu d’une crise climatique et nous traversons une période difficile. Les transports lourds comptent parmi les plus grandes sources d’émissions de la ville et doivent réduire leurs émissions », déclare Marit Vea, conseillère municipale d’Oslo, à Nettavisen. Elle rappelle que le principe du « pollueur-payeur » est un fondement de la politique environnementale norvégienne depuis des décennies et que les tarifs sont établis dans le cadre de processus démocratiques et notifiés longtemps à l’avance.
Elle ajoute que l’exonération pour les camions électriques est garantie depuis plusieurs années, offrant ainsi une certaine prévisibilité. « Je pense que le syndicat fait référence aux contrats qui ont été signés. L’argent du péage est un coût variable auquel les entreprises doivent faire face au même titre que tout le monde. Les tarifs sont adoptés par le biais de processus démocratiques à intervalles fixes. Il est tout à fait possible pour les entreprises de prendre ce coût variable dans leurs contrats », conclut-elle.