Publié le 10 février 2024 07:00:00. Des personnes âgées en état de négligence sévère, souffrant d’escarres, de poux ou d’infections, sont admises chaque semaine dans les hôpitaux du Brabant-Septentrional, révélant une crise croissante des soins aux seniors aux Pays-Bas.
- Les hôpitaux de Tilburg, Den Bosch, Geldrop et Beugen signalent une augmentation alarmante des cas de négligence chez les personnes âgées.
- L’Association néerlandaise de gériatrie clinique (NVKG) confirme une tendance nationale, liée au maintien des personnes âgées à domicile.
- Un quart des patients âgés hospitalisés ne nécessitent pas, d’un point de vue médical, un séjour à l’hôpital, soulignant un manque de solutions alternatives.
Les services d’urgence des hôpitaux du Brabant-Septentrional sont confrontés à une situation préoccupante : des personnes âgées arrivent dans un état de dégradation avancé, témoignant d’une négligence parfois extrême. À l’hôpital Anna de Geldrop, le Dr Floor Kamerman décrit des cas choquants : « Les gens s’assoient dans leurs propres excréments ou arrivent en hypothermie. Ce sont des choses très graves. » L’hôpital Elisabeth-TweeSteden (ETZ) de Tilburg confirme également recevoir chaque semaine des cas similaires, qualifiés de « déchirants ».
Cette tendance n’est pas isolée. L’Association néerlandaise de gériatrie clinique (NVKG) observe un phénomène similaire à l’échelle nationale. Selon l’association, cette situation est en partie due à la politique gouvernementale encourageant les personnes âgées à rester le plus longtemps possible à leur domicile. Si cette initiative est louable, elle expose les seniors à un risque accru de négligence, notamment lorsque leur capacité à demander de l’aide diminue.
« Ils parviennent tous à rentrer chez eux, mais à cause d’un problème physique supplémentaire, ils s’effondrent complètement et ne peuvent plus rentrer chez eux », explique le Dr Kamerman. Elle prend l’exemple d’une personne atteinte de démence qui développe une pneumonie ou une infection urinaire, se retrouvant rapidement incapable de gérer seule sa situation.
Si tous les hôpitaux du Brabant ne sont pas touchés de manière égale, d’autres établissements constatent également une augmentation des admissions liées à des problèmes de santé complexes chez les personnes âgées. L’hôpital Bernhoven à Udense signale une hausse des admissions sans indication claire, évoquant un « flux stagnant » qui s’accentue en hiver. Une enquête menée par la NVKG auprès des hôpitaux disposant d’un service de gériatrie révèle qu’un patient sur quatre n’a pas sa place à l’hôpital d’un point de vue médical, un chiffre qui grimpe à un sur trois en janvier.
Selon Leo Bisschops, président de Senioren Brabant-Zeeland, le manque de soutien social est un facteur aggravant. « Si vous n’avez pas de voisin qui s’occupe de vous ou de personnes qui passent par là, vous rencontrez ce genre de problèmes. »
Trudy van Helmond, ancienne présidente de KBO Eindhoven et fondatrice d’une fondation pour les personnes âgées, souligne que le problème dépasse largement le cadre du maintien à domicile. Elle témoigne de cas de négligence observés dans les maisons de retraite et lors des soins à domicile. Elle pointe du doigt non seulement le manque de personnel, mais également des lacunes dans l’organisation des soins et le manque d’outils simples pour faciliter le travail des soignants. « C’est coincé partout. C’est un cercle vicieux », déplore-t-elle. « Nous en sommes conjointement responsables. »