Les marchés obligataires anticipent une pression continue sur les taux d’intérêt à long terme, alors que les fonds de pension néerlandais se préparent à une transition massive de leurs actifs, un mouvement qui pourrait redéfinir la courbe des taux européens. Cette transition, combinée à des divergences persistantes au sein de l’Union européenne sur les stratégies de croissance, crée un contexte économique complexe.
Près de 1 000 milliards d’euros d’actifs de retraite néerlandais sont concernés par cette transition prévue pour 2027. Cependant, l’impact de ce phénomène se fait déjà sentir sur les marchés financiers. Des informations provenant du site d’information néerlandais PensioenPro révèlent que de nombreux petits fonds de pension ont commencé à ajuster leurs couvertures de taux d’intérêt dès décembre 2025, anticipant ainsi le calendrier officiel de transition fixé à janvier 2026.
PMT, le deuxième plus important fonds en transition avec environ 80 milliards d’euros d’actifs, prévoit de mener sa transition sur les six premiers mois de 2026, ce qui devrait générer des flux significatifs. PFZW, le plus grand fonds de pension impliqué (250 milliards d’euros d’actifs), adopte une approche plus discrète concernant sa stratégie de transition.
Les flux initiaux observés en début d’année ont déçu les anticipations de certains acteurs du marché qui avaient pris des positions haussières sur les obligations à 10 et 30 ans, contribuant à un aplatissement notable de la courbe des taux à la mi-janvier. Des entretiens avec des fonds de pension indiquent que beaucoup ont privilégié un rééquilibrage rapide de leurs couvertures, certains ayant même finalisé leurs opérations dès le 6 janvier. Toutefois, le volume global de ces transactions s’est avéré inférieur aux prévisions initiales, certains fonds ayant dû augmenter leurs couvertures par le biais d’échanges bilatéraux, sans recourir aux marchés publics. La forte hausse des taux d’intérêt à la fin de l’année 2025 a été citée comme l’une des raisons expliquant cet accroissement des besoins de couverture.
Depuis la mi-janvier, la courbe des obligations à 10-30 ans en euros s’est même redressée davantage que celle des États-Unis, et cette tendance devrait se confirmer. Les réformes des retraites aux Pays-Bas devraient continuer à exercer une pression à la hausse sur la partie longue de la courbe à l’approche du 1er janvier 2027. ABP, avec ses 530 milliards d’euros d’actifs, sera un acteur clé à surveiller de près.
Par ailleurs, les dirigeants européens reconnaissent l’urgence d’améliorer la compétitivité et le potentiel de croissance de l’Europe, comme l’a démontré la réunion de ce vendredi. Cependant, des divergences subsistent quant aux moyens d’y parvenir, notamment en ce qui concerne la question des euro-obligations, où les positions de la France et de l’Allemagne divergent.
Sur le front économique, les publications américaines de vendredi concernant l’inflation de janvier sont attendues avec un consensus de hausse de 0,3 % sur un mois, tant pour les mesures de base que globales. Une baisse de l’inflation à 2,5 % suggère que le ton haussier actuel des marchés de taux ne devrait pas être remis en question. Les interventions de Lorie Logan et Stephen Miran, de la Réserve fédérale, apporteront des perspectives variées sur la politique monétaire.
La zone euro publiera sa deuxième estimation du PIB du quatrième trimestre 2025. L’attention se portera également sur la Conférence de Munich sur la sécurité, qui débutera ce week-end avec la participation de Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne. L’année dernière, cet événement avait marqué le début d’une réorientation stratégique au sein de l’UE, conduisant à une augmentation des budgets de défense et à la création du SAFE de l’UE.
Les enchères d’obligations de la veille ont rencontré une forte demande, malgré un contexte de repli des marchés boursiers.