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Pesticides : le grand déni

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La France détient un triste record : elle est désormais en tête du classement européen des pays les plus touchés par le cancer. Une étude récente publiée dans The Lancet Oncology révèle une incidence croissante de la maladie, y compris chez les jeunes adultes, malgré les efforts pour masquer cette réalité en retardant la mise en place d’un registre national.

Si l’alcool, le tabac et la pollution atmosphérique sont traditionnellement pointés du doigt, ces explications semblent aujourd’hui insuffisantes. La consommation d’alcool et de tabac est en baisse, et la désindustrialisation a réduit les émissions de particules fines. Alors, quelles sont les causes de cette augmentation inquiétante ?

Les experts se penchent sur l’impact de l’« exposome », l’ensemble des polluants auxquels nous sommes exposés quotidiennement via l’air, l’eau et l’alimentation. La France est un des principaux consommateurs mondiaux de pesticides, de PFAS, de PCB et de dioxines, des substances dont l’utilisation continue d’augmenter malgré les plans Ecophyto et les milliards d’euros investis pour réduire leur usage.

Ces pesticides contaminent non seulement les sols, mais aussi les aliments, l’eau et l’air que nous consommons. Beaucoup de ces produits, désignés par le terme « phytopharmaceutiques », sont CMR (Cancérigènes, Mutagènes, Reprotoxiques) ou perturbateurs endocriniens, et certains appartiennent à la famille des PFAS, des composés quasi indestructibles.

Des études récentes confirment l’omniprésence de ces polluants. Une recherche menée dans le Puy-de-Dôme [1] a démontré que les pesticides sont transportés sur de longues distances par les nuages, affectant ainsi des zones éloignées des régions agricoles. La contamination de l’eau potable est également préoccupante : de nombreux captages sont affectés par les pesticides et leurs métabolites, souvent aussi toxiques que les molécules d’origine.

Cette pollution ne se limite pas aux zones rurales, où l’exposition est naturellement plus élevée. Les populations urbaines sont également concernées, par le biais de leur alimentation et de leur consommation d’eau. Combinée aux expositions professionnelles à des produits chimiques ou radioactifs, cette situation crée un cocktail dangereux qui pourrait expliquer la position de la France dans le classement européen.

Pour inverser cette tendance, il est urgent d’agir. Plutôt que d’affaiblir les organismes de contrôle comme l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) [2], ou d’ignorer les rapports scientifiques, des mesures concrètes doivent être prises :

  • Taxer lourdement les pesticides.
  • Interdire la production des pesticides classés CMR probables, perturbateurs endocriniens ou de la famille des PFAS.
  • Prohiber l’importation de produits traités avec des substances non autorisées en France.
  • Mettre fin à l’exportation de milliers de tonnes de pesticides interdits en Europe vers des pays aux réglementations moins strictes.
  • Protéger les captages d’eau potable des pesticides.
  • Réformer les subventions agricoles pour favoriser l’agroécologie.
  • Investir dans la recherche de techniques agronomiques et de variétés résistantes aux maladies.

Il est temps de faire passer la santé publique avant les intérêts économiques de l’industrie chimique et des grandes coopératives agricoles. Ce changement doit se produire maintenant, et non dans un avenir hypothétique.

[1] Angelica Bianco, Pauline Nibert, Yi Wu, Jean-Luc Baray, Marcello Brigante, Gilles Mailhot, Laurent Deguillaume, Davide Vione, Damien JE Cabanes, Marie Méjean et Pascale Besse-Hoggan, Sciences et technologies de l’environnement 2025 59 (40), 21579-21588 ; DOI : 10.1021/acs.est.5c03787.

[2] ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

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