Publié le 8 novembre 2025, 10:30:00. La Colombie accueille ce dimanche la IVe sommet entre la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) et l’Union européenne. Cette rencontre, orchestrée par Gustavo Petro, vise à renforcer les liens diplomatiques et à promouvoir une économie décarbonée, mais elle se tient dans un contexte régional tendu par les opérations militaires américaines en mer.
- La Colombie met en avant le sommet CELAC-UE comme une plateforme pour un nouvel ordre mondial axé sur la transition écologique et la coopération.
- Des tensions subsistent en raison des récentes opérations militaires américaines dans les Caraïbes et le Pacifique, qui ont causé des pertes civiles et impliquent potentiellement des ressortissants colombiens.
- Malgré des absences notables, plusieurs dirigeants européens et latino-américains sont attendus à Santa Marta pour discuter de sujets variés tels que l’énergie, le climat et la migration.
Gustavo Petro déploie une intense activité diplomatique pour ce IVe sommet CELAC-UE qui se tient ce dimanche. Son gouvernement a préparé cet événement, qualifié par le président colombien de « cœur du monde », dans le port de Santa Marta, lieu symbolique pour le peuple indigène Kogi. « Nous nous retrouverons pour nous serrer la main entre civilisations dans une union qui nous amènera à devenir le phare démocratique qui guide le monde vers une économie décarbonée qui protège notre avenir commun », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux, dans un ultime appel à la mobilisation.
Malgré l’enthousiasme présidentiel, le nombre de chefs d’État présents reste incertain en cette période de turbulences internationales. La réunion réunira les 27 pays de l’Union européenne et les 33 d’Amérique latine et des Caraïbes. Environ une douzaine de dirigeants sur les soixante que comptent les deux blocs sont attendus. Si Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, sera absente, le président du Conseil européen, Charles Michel, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, le Premier ministre du Portugal, Luis Montenegro, et le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, ont confirmé leur présence. La participation de l’Uruguayen Yamandú Orsi a été confirmée à la dernière minute.
L’ordre du jour de la rencontre abordera des thématiques aussi diverses que la transition énergétique et numérique, le changement climatique, la sécurité et la migration. Le journal *El Tiempo* a souligné l’importance de saisir cette opportunité pour avancer sur des points d’union et de bénéfice mutuel, plutôt que d’exacerber les divergences. Il suggère que la Colombie devrait profiter de ce cadre pour modérer son discours et renforcer ses liens avec un continent qui aspire, dans le nouvel ordre mondial, à se rapprocher de l’Amérique latine.
Le sommet se déroule sur fond de tensions régionales accrues par les bombardements ordonnés par l’administration de Donald Trump contre des présumés trafiquants de drogue en mer des Caraïbes et dans le Pacifique. La veille de la rencontre, trois personnes ont perdu la vie lors d’une opération américaine contre un bateau dans les eaux caribéennes. Ce n’est que la dernière d’une série d’attaques extrajudiciaires, qui ont entraîné le naufrage de 18 embarcations en deux mois et fait au moins 69 victimes civiles.
Initialement ciblées contre les cartels vénézuéliens dans le but de faire pression sur le régime de Nicolás Maduro, ces opérations ont eu des répercussions directes sur la Colombie dans au moins quatre cas. Ces incidents viennent assombrir l’atmosphère autour du sommet. Le président Petro, l’un des critiques les plus fermes de ces actions, suspecte la présence de plusieurs Colombiens parmi les victimes. Il a également dénoncé qu’un des bombardements dans les Caraïbes s’est déroulé « vraisemblablement » dans les eaux colombiennes, ciblant un « humble pêcheur » originaire de Santa Marta. Les autorités américaines ont admis qu’une autre attaque, la première dans le Pacifique, a eu lieu « au large des côtes colombiennes ». De plus, l’un des rares survivants est Colombien, et une autre attaque visait un navire lié par Washington à la guérilla de l’ELN, qui a nié tout lien.
Le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a d’ailleurs souligné l’importance de discuter de la présence de navires de guerre américains dans les eaux latino-américaines, affirmant que le sommet n’aura de sens que si cette question est abordée. Les dirigeants européens, en revanche, semblent moins enclins à s’engager sur ce sujet sensible, qui semble éloigné des enjeux commerciaux et de coopération entre les deux blocs.
D’autres facteurs ont également éclipsé la réunion, tels que la guerre en Ukraine, les différends commerciaux, la présence croissante de la Chine dans la région, ainsi que les récentes sanctions du Trésor américain contre Petro, que la Maison Blanche associe au trafic de drogue sans fournir de preuves tangibles.
Malgré ce contexte, les attentes restent élevées en Colombie. Mauricio Jaramillo Jassir, vice-ministre des Affaires multilatérales colombien, souligne l’importance inédite de réunir deux continents, indépendamment du niveau des participants. Il met en avant la compatibilité des intérêts et des valeurs entre ces deux régions, particulièrement à un moment où le multilatéralisme est remis en cause. Ce sommet est considéré comme le deuxième événement le plus important accueilli par la Colombie, comparable à la Conférence des pays non alignés de 1995 à Carthagène.
La Conférence des pays non alignés, précurseure de l’actuel « Sud global », s’est tenue sous la présidence d’Ernesto Samper, un autre dirigeant colombien en désaccord avec la Maison Blanche. Durant son mandat, Bogotá avait subi pour la première fois la décertification dans la lutte contre les stupéfiants, une sanction qui se répète aujourd’hui avec Petro. Les deux présidents ont vu leur visa retiré. Néanmoins, Samper s’est ensuite activement engagé pour l’intégration latino-américaine au sein d’organisations comme l’Unasur ou le Groupe de Puebla.
Ernesto Samper voit dans cette période une opportunité : « Ce moment est opportun car l’Europe et l’Amérique latine traversent la même crise, celle du désordre et de la désorientation », déclare-t-il. « Pour l’Amérique latine, le rôle que l’Europe peut jouer est très important. Nous devons repenser l’agenda avec les États-Unis, qui est trop hégémonique pour nos besoins d’intégration », analyse-t-il. Selon lui, « lorsque cet ouragan sera passé, nous aurons la possibilité de trouver de nouveaux schémas mondiaux de coexistence, de reconnaître qu’il existe d’autres pôles qui peuvent servir d’équilibre. Nous avons besoin que le monde change, mais qu’il change dans le bon sens et non dans le mauvais. »