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Petro le diplomate – Rébellion

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Publié le 9 février 2024 à 00:58:00. La rencontre entre le président colombien Gustavo Petro et son homologue américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 3 février, a révélé un alignement stratégique inattendu, loin des affrontements prévus par les partisans des deux camps. Cet accord tacite semble marquer un tournant dans la politique régionale, avec des implications profondes pour l’Amérique latine.

  • La réunion a permis à Petro d’éviter une confrontation directe avec les États-Unis, notamment en matière d’extradition de narcoterroristes.
  • Les attentes déçues des opposants à Petro, qui espéraient le voir arrêté, confirment un succès diplomatique pour le président colombien.
  • Cet alignement s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, marqué par des tensions croissantes et une redéfinition des alliances.

L’attente était grande. Certains partisans du président colombien Gustavo Petro voyaient dans cette rencontre un défi à l’influence américaine, une occasion pour le « César » nord-américain de dialoguer d’égal à égal avec un leader du Sud. Cette vision s’est avérée illusoire. La réalité, selon les analyses, est bien plus nuancée et révèle une stratégie de subordination convenue entre les deux pays.

Pour les partisans de Petro, cette rencontre était perçue comme un combat inégal, David contre Goliath. Ils espéraient que le président colombien remettrait aux autorités américaines une liste de noms de personnes à extrader, accusées de narcoterrorisme, sans remettre en question la souveraineté juridique colombienne. L’objectif principal, selon eux, était d’éviter une intervention militaire américaine et de préserver la stabilité du gouvernement Petro.

À l’opposé, l’aile droite colombienne la plus intransigeante anticipait une défaite humiliante pour Petro, imaginant son arrestation et son incarcération aux États-Unis, sur le modèle de ce qui se passe au Venezuela. Ils rêvaient d’un gouvernement colombien aligné sur les intérêts américains, sous la tutelle de la Maison Blanche.

Ces scénarios ne se sont pas matérialisés. La réunion s’est déroulée différemment des attentes, ce qui a contraint les opposants à reconnaître un certain succès pour Petro, d’autant plus qu’ils avaient, pendant quatre ans, exhorté le gouvernement américain à intervenir dans les affaires colombiennes.

Petro lui-même semble avoir été surpris par l’issue de la rencontre, conscient du risque d’un événement imprévisible. Il a d’ailleurs multiplié les gestes symboliques, rendant visite à sa famille comme un adieu potentiel, se couchant tôt et arrivant à l’heure au rendez-vous, un comportement inhabituel pour lui. Cette prudence témoigne de l’incertitude qui régnait avant la rencontre.

Le résultat obtenu par Petro a été, selon l’expression consacrée, « bon marché ». Il ne s’agit pas de chance, mais d’un alignement d’intérêts préalablement négocié, fruit d’une relation de confiance établie par le gouvernement colombien. Cet accord se traduit par une série de concessions : désengagement du Venezuela, ignorance de Cuba, réintégration au plan anti-insurrectionnel continental, relance de la politique antidrogue et apaisement des tensions avec l’Équateur, afin d’éviter tout conflit avec les alliés des États-Unis.

Alignement des intérêts

Qu’est-ce qui explique ce changement d’attitude des deux présidents ? Les décisions politiques ne se limitent pas aux personnalités et aux attitudes des dirigeants. Elles sont le résultat d’une structure de pouvoir plus large, l’establishment, qui opère de manière organique et soumet les acteurs à une logique de prise de décision. Petro et Trump, malgré leurs différences, sont soumis à cette logique conjoncturelle.

Cet alignement est motivé par les faiblesses internes de leurs gouvernements respectifs et par la nécessité de faire preuve de leadership face au vide mondial et régional sur les questions cruciales du moment. La Russie domine le conflit ukrainien, l’Europe se méfie de Trump et cherche un dialogue direct avec le Kremlin, le Groenland s’alarme de l’expansion américaine dans sa course aux ressources minérales, notamment aux terres rares, menaçant la stabilité européenne, et le Moyen-Orient s’embrase, avec un risque d’escalade en Iran. L’influence américaine est également en déclin.

Le Venezuela reste une épine dans le pied, Cuba est soutenu par la Chine et la Russie malgré le blocus américain, et Petro a été contraint de modérer son opposition après l’agression contre le Venezuela, craignant le même sort que Maduro et des poursuites aux États-Unis. Les instruments de coopération régionale, tels que la CELAC, ont été affaiblis par les positions ambiguës des gouvernements progressistes.

Le pétrole vénézuélien est tombé sous le contrôle américain, bloquant Cuba, affaiblissant les alliés progressistes mexicains et Petro, et rétablissant une nouvelle forme de dépendance à l’égard des États-Unis, sous la menace d’une intervention militaire. La « Amérique à nouveau grande » coïncide avec un agenda libéral régional, autoproclamé progressiste, qui considère le monde comme un équilibre de marchés capables de s’adapter aux crises, avec une politique néolibérale corporative et pragmatique.

La nouvelle diplomatie

Les événements du 3 janvier au Venezuela marquent le début d’une nouvelle ère diplomatique sur le continent, basée sur la dénonciation, la collaboration et la subordination aux intérêts américains. Les gouvernements progressistes cherchent à minimiser l’impact de l’agressivité américaine sur les questions commerciales et énergétiques, en réduisant l’aide économique et la coopération sociale. Trump a soumis les pays dépendants de ses ressources à une pression progressive pour qu’ils s’alignent sur son agenda.

Cette politique étrangère défensive, basée sur des concessions, a transformé les gouvernements progressistes en partenaires fonctionnels, capables de neutraliser leurs propres forces et alliances pour consolider les intérêts impérialistes. L’anti-impérialisme, tel que nous le connaissons, est en voie de disparition, étouffé par la soumission et la trahison d’une nouvelle génération de politiciens progressistes qui ont choisi de renoncer aux révolutions et de s’intégrer dans la nouvelle vague de changement.

Contre-insurrection continentale

Le projet d’apaiser et d’arrêter le processus révolutionnaire s’accompagne d’une articulation de la politique contre-insurrectionnelle, qui s’étend à l’ensemble du continent. Les Caraïbes sont encerclées par des forces militaires américaines, et la Colombie est revenue dans le giron américain, s’engageant à collaborer à la guerre contre le terrorisme lié à la drogue. Une guerre extraterritoriale semble se préparer, notamment pour résoudre la situation vénézuélienne.

Le gouvernement Petro a abandonné ses objectifs programmatiques pour se mettre au service de l’impérialisme. La solution politique négociée a été remplacée par une solution diplomatique subordonnée à la Maison Blanche. Suite aux résultats de la réunion Trump-Petro, il est possible que les décisions du Conseil national électoral (CNE) de refuser la participation à la consultation du Front pour la vie du 8 mars s’inscrivent dans le cadre des accords de transition convenus avec la Maison Blanche, afin de favoriser des forces politiques plus proches des intérêts américains.

Iván Cepeda n’est pas le candidat préféré de Petro, et Roy Barreras semble être la pièce maîtresse pour contester la refondation du progressisme. La Maison Blanche n’a pas d’options dans l’extrême droite colombienne, et une option centre n’est pas envisagée. Le capitalisme, qu’il soit vert ou non, ne remet pas en question les relations avec les États-Unis et les profits des « partenaires historiques » du pays. En Amérique latine, les États-Unis ont réussi à instiller la trahison dans le progressisme, comme le dit le proverbe : « Pensez mal et vous aurez raison ».

Rebelión a publié cet article avec la permission de l’auteur à travers une Creative Commons en respectant votre liberté de le publier dans d’autres sources.

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