Publié le 2025-11-01 13:15:00. Guila Clara Kessous, artiste de l’UNESCO pour la paix, plaide pour une présence accrue des femmes dans les négociations de paix, soulignant l’impact positif de leur participation sur la durabilité des accords et l’importance d’une diplomatie axée sur la valeur de la vie.
- L’artiste et entrepreneur social Guila Clara Kessous a proposé aux Nations Unies la mise en place de quotas pour garantir la participation des femmes aux processus de paix.
- Elle a reçu le « Prix de la femme de la décennie » du Women Economic Forum (WEF) pour son engagement en faveur de la diplomatie féminine.
- Kessous affirme que les femmes, premières victimes des conflits, apportent une perspective axée sur la valeur de la vie, essentielle pour des accords de paix durables.
Dans une interview accordée à Vatican News, Guila Clara Kessous, reconnue comme Artiste de l’UNESCO pour la paix, entrepreneur social et coach exécutif, a détaillé sa récente proposition adressée aux Nations Unies. L’initiative vise à instaurer des quotas afin d’assurer une représentation féminine significative dans les pourparlers de paix. Cette démarche s’appuie sur des études démontrant que les accords de paix intégrant une participation féminine active sont davantage susceptibles de perdurer et d’être efficaces.
Le travail de Kessous en faveur de la promotion des femmes dans la diplomatie et les processus de paix lui a valu le prestigieux « Prix de la femme de la décennie » décerné par le Women Economic Forum (WEF) le jeudi 30 octobre. La cérémonie de remise des prix s’est tenue à Palerme, en Italie, en présence d’invités d’honneur tels que Ouided Bouchamaoui, prix Nobel de la paix tunisien en 2015, et Hindi Kabawat, ministre syrien des Affaires sociales et du Travail.
L’impératif de la voix féminine dans les décisions de paix
Guila Clara Kessous a souligné l’ampleur de la sous-représentation féminine dans les processus de paix, indiquant que depuis 1992, seulement 6 % des signataires d’accords de paix étaient des femmes. Elle dénonce cette exclusion alors même que les femmes sont les premières affectées par les conflits. Sa proposition de résolution, présentée le 10 septembre lors des pourparlers de paix à Genève, préconise que 30 % des délégations de négociation soient composées de femmes.
« Les femmes sont écartées de tout type de décision en matière de rétablissement de la paix, alors qu’elles sont les premières victimes des conflits. »
Guila Clara Kessous, Artiste de l’UNESCO pour la paix
Elle avance que la participation des femmes aux processus de paix augmente de 35 % la probabilité de durabilité des accords. Kessous argumente qu’étant donné que les femmes constituent la moitié de la population mondiale, leur présence à la table des négociations est une question de justice et de légitimité pour décider de la « santé mondiale ». Les retours reçus à Genève pour sa résolution ont été positifs, et elle espère sa présentation officielle lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme, prévue entre février et avril 2026.
La résolution ne se limite pas à la mise en place de quotas. Elle propose également des mesures concrètes pour faciliter l’engagement des femmes dans la consolidation de la paix, incluant des mécanismes de suivi de l’impact de leur participation et des programmes de formation à la négociation. Kessous critique la situation actuelle où de nombreuses femmes en poste au sein d’instances gouvernementales agissent comme de « plantes vertes », présentes mais sans réelle influence sur les décisions, se contentant de relayer des lois élaborées sans elles.
Une diplomatie ancrée dans la valeur de la vie
L’expérience de Guila Clara Kessous révèle que les femmes abordent la valeur de la vie et des relations différemment des hommes, apportant ainsi une perspective nouvelle aux négociations. Elle explique que face à la perspective d’un conflit, une femme est plus consciente des pertes humaines potentielles, touchant sa famille et ses proches.
« Ce que nous constatons aujourd’hui dans les conflits, c’est que c’est toujours une question d’ego, de ‘je dois prouver que j’ai raison' », de « victoire sur un autre pays » ou de forcer les autres à adopter un autre point de vue, » a-t-elle précisé.
« La valeur de la vie est bien plus puissante que l’ego ou la victoire. »
Guila Clara Kessous, Artiste de l’UNESCO pour la paix
« En fin de compte, nous sommes tous interdépendants dans ce monde global. S’il n’y a pas de respect pour ‘l’autre’, il y aura un sentiment de méfiance. Il y aura un sentiment d’humiliation, un besoin de vengeance, » a-t-elle poursuivi, insistant sur le fait que la construction de la paix est un processus actif. Elle plaide pour une solidarité et une interdépendance accrues, espérant que la voix féminine apportera une réelle différence dans les négociations.
Vers un « entrepreneuriat diplomatique »
Très touchée par la reconnaissance du WEF, Guila Clara Kessous voit dans ce prix une occasion de promouvoir l’idée que la diplomatie ne se limite pas aux sphères politiques élitistes. Elle prône un « entrepreneuriat diplomatique » englobant diverses formes d’action, telles que la diplomatie sportive, artistique, culturelle, féministe ou commerciale.
« Je viens du monde civil et j’ai ma parole en faveur de la paix, » a-t-elle affirmé, ajoutant que « nous sommes tous responsables de chaque enfant qui meurt à cause d’un conflit ».
« Nous sommes tous responsables de chaque enfant qui meurt à cause d’un conflit »
Guila Clara Kessous, Artiste de l’UNESCO pour la paix
En tant qu’Artiste de l’UNESCO pour la paix, Kessous utilise activement l’art comme vecteur de paix. Lors de la cérémonie à Palerme, elle portait d’ailleurs « La Robe de la Paix », une création de Valentino datant de 1991, conçue comme un symbole universel de paix durant la guerre du Golfe.
Elle souligne le rôle de la mode dans la transmission des idéaux pacifistes aux jeunes générations et la capacité de la diplomatie artistique à créer des liens entre individus de nations différentes, parfois considérées comme adversaires, grâce au langage universel de l’art. « C’est un langage universel qui transcende la simple idée de ‘Je te déteste’, mais qui dit plutôt ‘Je peux être en contact avec toi et nous pouvons créer quelque chose ensemble’. »