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Planifier pour la nature ? La réforme de la protection de l’environnement et de l’aménagement du territoire sous le feu des projecteurs

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Publié le 29 octobre 2025. La récente table ronde organisée à l’UCL Bartlett School of Planning a mis en lumière les enjeux cruciaux de la réforme de l’urbanisme et de la protection de l’environnement au Royaume-Uni, dans un contexte de débats houleux sur l’équilibre entre développement et préservation de la nature.

  • La controverse porte sur le passage d’une approche d’atténuation site par site à un fonds commun pour compenser les impacts environnementaux des projets de développement.
  • Des critiques gouvernementales envers les réglementations environnementales, accusées de freiner la construction de logements et d’infrastructures, suscitent l’inquiétude.
  • Le Royaume-Uni, déjà l’un des pays les plus pauvres en nature au monde, risque d’aggraver la crise de la biodiversité avec des réformes potentiellement mal conçues.

Alors que l’année universitaire débutait, la UCL Bartlett School of Planning a consacré l’une de ses tables rondes à la place de la nature dans le système de planification. Ce sujet s’est avéré particulièrement prégnant, marqué par une polémique grandissante autour du projet de loi sur la planification et les infrastructures. Ce texte pourrait modifier la donne en remplaçant l’obligation d’atténuer les impacts sur les habitats protégés directement sur site, par la possibilité pour les promoteurs de contribuer à un fonds commun. Ces fonds seraient ensuite alloués à des priorités définies par Natural England, dans le cadre de nouveaux « Plans de Réalisation Environnementale ».

En parallèle, le dernier exercice législatif a été jalonné par un discours de plus en plus critique à l’égard des mesures de protection de l’environnement, émanant de hautes personnalités gouvernementales. Le Premier ministre lui-même a semblé pointer du doigt des espèces comme les chauves-souris ou les tritons, les accusant de freiner la livraison de logements et d’infrastructures. La Chancelière de l’Échiquier aurait, quant à elle, expliqué à des chefs d’entreprise comment elle intervenait pour permettre la poursuite de projets immobiliers, même lorsqu’ils menacent des espèces protégées, comme un gastéropode rare. Cette rhétorique intervient alors que le Royaume-Uni figure parmi les nations les plus démunies en matière de biodiversité à l’échelle mondiale, une crise aux implications potentiellement graves pour notre bien-être futur.

Lors des discussions, il a été souligné un manque de vision et de compréhension commune sur les objectifs du système de planification et sur ce que représente concrètement le « bien » dans ce domaine. Si certains reconnaissent que l’approche actuelle ne fonctionne pas parfaitement, la crainte est que la suppression des protections environnementales existantes n’aggrave encore la situation. Le dispositif actuel peine à gérer les impacts indirects et cumulatifs, tels que la pollution de l’air et de l’eau ou la fragmentation des habitats, se concentrant principalement sur la protection des sites les plus importants contre l’expropriation. La revue Lawton de 2010, qui plaidait pour la création d’espaces pour la nature, avait déjà insisté sur la nécessité d’une stratégie à l’échelle du paysage, et non uniquement sur la protection de sites isolés. Cette approche pourrait certes freiner la perte de biodiversité, mais sans nécessairement favoriser un réel rétablissement de la nature.

D’autres amendements ont été apportés par le gouvernement au projet de loi sur la planification et les infrastructures, mais les inquiétudes concernant les réformes proposées persistent. Une préoccupation majeure concerne l’application de l’évaluation de la viabilité aux contributions destinées à la restauration de la nature, ce qui pourrait en pratique réduire ces montants. S’ajoutent des interrogations sur la disponibilité de ressources suffisantes, y compris d’expertise écologique, pour mettre en œuvre le nouveau système. Par ailleurs, les termes de l’accord commercial avec l’Union européenne interdisent au Royaume-Uni de bénéficier de protections environnementales moins strictes que celles de l’UE, suscitant des inquiétudes quant à la conformité de ces réformes. L’ambassadeur de l’UE au Royaume-Uni a d’ailleurs alerté sur le risque que le nouveau projet de loi ne compromette l’accord commercial.

Dans l’ensemble, un manque de confiance mutuelle semble prédominer, les consultations gouvernementales apparaissant de plus en plus instrumentalisées que véritablement productives. Un flux constant de changements politiques ou de rumeurs de réformes peut potentiellement saper les avancées antérieures qui demandent du temps pour porter leurs fruits, à l’image de l’incertitude entourant la politique monétaire. Le concept de « gain net de biodiversité » décourage apparemment les investisseurs désireux de s’engager dans le marché de la fourniture hors site. Pendant ce temps, des recherches antérieures pour Wild Justice ont révélé qu’environ 50 % des améliorations écologiques obtenues dans le cadre de permis de construire n’ont pas été concrètement mises en œuvre.

Il sera également instructif d’observer comment les « Stratégies Locales de Récupération de la Nature », telles que définies par le gouvernement, s’articuleront avec la nouvelle stratégie de planification spatiale et les « Plans de Croissance Locaux » en cours d’élaboration dans le cadre des nouveaux accords de décentralisation. Parallèlement, des interrogations se posent quant aux instances où seront débattues et consolidées les grandes questions liées à l’utilisation des terres. Le « Cadre d’Utilisation des Terres pour l’Angleterre » pourra-t-il jouer un rôle utile, ou sera-t-il considéré comme un projet du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA) au sein d’une structure gouvernementale encore trop cloisonnée ?

Le débat actuel sur la réforme de la planification apparaît remarquablement restreint, voire décourageant. Une rhétorique assez hostile est dirigée contre tout rôle positif de la planification, tandis qu’une conviction semble s’installer qu’il faut « construire, construire, construire » afin d’assurer la croissance économique tant désirée par la Chancelière. Or, il est urgent de réfléchir à l’usage des terres dans leur globalité, à la signification de la nature pour notre société, et au rôle qui en découle pour le système de planification dans la protection et l’amélioration de l’environnement. Il est impératif d’envisager des résultats qui permettent de répondre de manière significative aux crises sociétales et environnementales actuelles. La durée de l’actuelle hausse des adhésions au Parti Vert en Angleterre reste à déterminer, mais un débat intéressant mérite d’être mené sur la manière de concilier les préoccupations économiques, environnementales et sociales dans une véritable démarche gagnant-gagnant.

En 2021, la « Revue Dasgupta sur l’Économie de la Biodiversité », commandée par le gouvernement britannique, avait souligné notre tendance à négliger la nature comme un élément fondamental dans la compréhension de la croissance économique, et la nécessité de rapprocher économie et écologie en plaçant la biodiversité au cœur de nos préoccupations. Cette approche est intimement liée à la manière dont nous abordons la réforme de la planification. Si le fonctionnement actuel de notre système de planification présente indéniablement des lacunes, il existe également un risque d’aggravation de la situation par des réformes hâtives ou insuffisamment mises en œuvre. Celles-ci pourraient à la fois échouer à fournir les logements nécessaires et porter un préjudice supplémentaire à l’environnement, créant ainsi une situation perdant-perdant.

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