Publié le 2025-11-08 19:00:00. Une nouvelle pièce de théâtre explore la vie tumultueuse de J. Jones, bandit légendaire du nord du Pays de Galles surnommé le « Houdini Gallois », mais semble s’égarer dans la mise en scène de son mythe.
- La pièce tente de démêler le vrai du faux dans la vie d’un hors-la-loi charismatique, oscillant entre criminel commun et figure de rébellion.
- Malgré un potentiel dramatique, la pièce souffre d’une incertitude tonale et d’une caractérisation trop superficielle.
- Des éléments fantastiques et des sous-thèmes politiques sont introduits mais peinent à convaincre, diluant l’impact narratif.
La vie de J. Jones, une figure haut en couleur du début du XXe siècle au Pays de Galles, méritait sans doute une transposition scénique audacieuse. Connu sous divers pseudonymes tels que « Welsh Houdini », « Little Turpin » ou encore « Coch Bach y Bala » (la petite rousse de Bala), cet hors-la-loi avait acquis une renommée certaine pour son aptitude à échapper aux autorités, culminant lors de sa mort en 1913. Sa réputation sulfureuse et son talent pour l’auto-dramatisation en faisaient un personnage idéal pour le grand écran ou la scène.
Cependant, cette première œuvre de Chris Ashworth-Bennion, critique de théâtre devenu dramaturge, semble être une occasion manquée. La pièce s’ouvre sur Jones, échappé de prison, racontant ses exploits passés dans un pub. L’enjeu central est de savoir si ces récits relèvent de l’auto-glorification ou d’une vérité plus profonde, Jones étant présenté comme un criminel endurci ou une force de rébellion incendiaire. L’incertitude tonale, naviguant entre comédie burlesque et moments plus sombres, empêche le spectateur de s’investir pleinement dans ces questions.
Le personnage de Jones, bien que potentiellement aussi captivant que Rooster dans la pièce Jérusalem de Jez Butterworth, est ici dessiné de manière trop schématique. Il apparaît comme une figure d’espièglerie facétieuse, rappelant un Falstaff rustique, dont les motivations restent obscures. Sous la direction de Dan Jones, la comédie et les personnages manquent de subtilité. Reginald Jones-Bateman, l’antagoniste anglais hautain, et le policier qui le poursuit, dépeint avec une inefficacité comique qui rappelle les sitcoms des années 1970, peinent à susciter un réel intérêt.
Des acteurs de la pièce. De gauche à droite : Mia Khan, Theo Woolford et Simon Holland Roberts. Photographie : Kirsten McTernan
L’intrigue dérive vers des événements extraordinaires et peu crédibles. Le groupe de Reginald, armé, échoue à capturer Jones. Un policier est pris pour un blaireau et agressé, sans que l’on comprenne pourquoi il ne crie pas à l’aide. L’apparition d’un chaudron géant, censé avoir traversé les mers irlandaises, soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Ces éléments, censés brouiller les pistes entre réalité et mythe, semblent plutôt capillotractés et déroutants.
Les thèmes de romances inter-classes et illicites sont esquissés mais servent surtout de rouages à l’intrigue. Les révélations surviennent trop rapidement, étouffant toute tension dramatique potentielle. La pauvreté et la guerre sont mentionnées mais demeurent déconnectées du récit principal.
Le décor du pub, conçu par Mark Bailey, est évocateur de l’époque, avec son bois brut. Des allusions à la Première Guerre mondiale imminente et à des tensions locales plus immédiates sont présentes. Reginald évoque son passé en Inde sous le Raj, établissant des parallèles subtils avec la colonisation du Pays de Galles. Comme pour Rooster, Jones est ancré dans cette terre « occupée » par l’aristocratie anglaise. Cependant, ce thème politique est dilué par une intrigue surchargée et un humour mal dosé.
La tragédie et le dénouement, qui tendent vers le mythe – Jones est-il réel ou l’esprit d’un ancien prince gallois ? – manquent de l’impact escompté. La pièce recèle un potentiel pour explorer l’étranger, la rébellion et la nature subjective du récit, mais ces thèmes n’émergent que par éclairs.