Presque trente ans après sa sortie, Metal Gear Solid, un titre fondateur du jeu vidéo d’infiltration, continue-t-il de captiver ? Un joueur s’est replongé dans ce classique de la PlayStation et partage son expérience.
L’introduction est saisissante : un sous-marin fend les profondeurs troubles de la mer de Béring, accompagné d’une musique qui évoque les films d’action hollywoodiens. Pourtant, il ne s’agit pas d’un film, mais du prologue de Metal Gear Solid, un jeu que j’ai adoré il y a de nombreuses années. Ayant encore ma copie originale en deux disques, j’ai décidé de le refaire intégralement sur une PlayStation 2.
L’objectif est simple : incarner Solid Snake, infiltrer un bastion terroriste, libérer des otages et enquêter sur une menace nucléaire potentielle. Pour ce faire, le joueur ne dispose initialement que de quelques éléments essentiels : un émetteur-récepteur CODEC, une lunette de visée et un paquet de cigarettes. L’acquisition d’armes et d’équipement se fait sur place (OSP – on-site procurement). Si cette dotation initiale peut sembler dérisoire, elle transforme le jeu en une véritable chasse au trésor, où le butin prend la forme d’équipements militaires de pointe : lunettes thermiques, grenades brouilleuses, explosifs C4, missiles Stinger…
Rejouer à Metal Gear Solid a nécessité un certain temps d’adaptation à la vue de dessus, qui paraît aujourd’hui rudimentaire comparée aux jeux modernes à gros budget. Cependant, en utilisant le radar situé dans le coin supérieur droit de l’écran, le gameplay reste parfaitement fonctionnel. Presque trois décennies après sa sortie, l’île de Shadow Moses demeure un univers de jeu immersif et fascinant. À quoi bon s’attarder sur des graphismes pixélisés quand l’image interactive qu’ils créent est si atmosphérique et nuancée ?
Pendant que le joueur se faufile dans la base militaire envahie, les ennemis patrouillent, s’étirent, s’endorment et suivent les traces de pas laissées par Snake dans la neige. La chaleur de leur souffle se manifeste sous forme de buée. Provoquer la suspicion d’une garde fait apparaître un point d’interrogation au-dessus de sa tête, tandis qu’un point d’exclamation indique une alerte maximale. Lors de cette partie, j’ai surpris des souris dans une bouche d’aération. De petites exclamations sont apparues au-dessus de leurs têtes lorsqu’elles m’ont aperçu, avant de s’enfuir précipitamment. La moitié du plaisir de Metal Gear Solid, et de la série en général, réside dans la découverte de ces détails insolites et innovants.
J’ai rencontré des difficultés à vaincre certains boss, probablement en raison d’un manque de pratique. Néanmoins, les membres excentriques de Foxhound sont si atypiques et divertissants que même lorsqu’ils vous éliminent, il est difficile de leur en vouloir. Le jeu ne serait pas le même sans leur présence. L’introduction de Cyborg Ninja, par exemple, est particulièrement marquante. En marchant dans un couloir jonché de cadavres ensanglantés, on a l’impression d’être tombé par erreur dans un jeu d’horreur.
Cet épisode met en évidence un trait caractéristique de la série Metal Gear, pour le meilleur et pour le pire : une incohérence tonale. Les cris mélodramatiques qui retentissent sur l’écran de Game Over – « SNAAAAKE ! » – sont-ils censés être drôles ? Ils m’ont fait rire à chaque fois. À l’inverse, certains personnages tombent amoureux en l’espace d’une heure, sans s’être jamais rencontrés, comme Otacon et Sniper Wolf. Cette romance unilatérale est si artificielle, et pourtant le jeu tente de nous émouvoir lorsque l’un d’eux meurt.
Snake lui-même apparaît comme un personnage honnête et modeste, ce qui facilite l’identification au héros. Cependant, l’expert en question juge bon de faire remarquer à Meryl qu’elle a de belles formes. Avec des phrases de drague pareilles, Snake, comment une femme pourrait-elle résister ?
Comme prévu, après une absence de plusieurs années, j’ai eu du mal à vaincre Metal Rex, le boss final. Ce combat se déroule en deux phases, et une cinématique est diffusée entre les deux. Si vous perdez, vous êtes contraint de la regarder encore et encore, ce qui ressemble à une punition sadique.
Après avoir terminé Metal Gear Solid, j’ai eu envie de recommencer une partie. C’est, à mon avis, la preuve de sa qualité. Les aspects positifs du premier opus de Solid Snake l’emportent largement sur les défauts, même si ces derniers sont parfois flagrants. Cependant, même après les avoir redécouverts, je suis capable de tolérer les irritations de Metal Gear Solid, car elles sont compensées par des moments de génie. La fréquence CODEC de Meryl, le ciblage en vue subjective avec un missile télécommandé Nikita, Psycho Mantis brisant le quatrième mur et interagissant avec la console de jeu, le refroidissement et le chauffage de la carte PAL… Quel autre jeu permet de se faufiler et de voyager rapidement à l’intérieur d’un carton ?
Tout cet or vidéoludique vaut bien de devoir lire des lignes et des lignes d’explications CODEC. Et même si elle est charmante, Mei Ling gagnerait à être plus concise dans ses échanges verbaux pendant une mission. Oui, Mei Ling, je veux sauvegarder. C’est pour cela que je vous ai appelée. Non, je vous prie de ne pas me raconter un autre proverbe chinois, à moins qu’il ne porte sur les avantages du silence radio.