Home Accueil Plus de 130 morts : comment un raid brésilien contre une favela de Rio a-t-il pu devenir si meurtrier ? | Actualités sur les droits civiques

Plus de 130 morts : comment un raid brésilien contre une favela de Rio a-t-il pu devenir si meurtrier ? | Actualités sur les droits civiques

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Une opération policière d’envergure dans les quartiers populaires de Rio de Janeiro a tourné au drame, entraînant la mort de 132 personnes selon les défenseurs des droits humains. Ce bilan fait de cette intervention la plus meurtrière de l’histoire du Brésil, déclenchant une vague de manifestations et de critiques virulentes à l’encontre des autorités.

Initialement, les autorités avaient annoncé un bilan bien inférieur à la moitié de ce chiffre, suscitant la suspicion de la population locale. Face à l’ampleur du carnage, des manifestations ont éclaté, réclamant des comptes au gouverneur de Rio. Le terme de « massacre » est désormais sur toutes les lèvres.

Un raid planifié et ses conséquences dévastatrices

L’opération, menée par la police d’État, était apparemment planifiée depuis des mois. L’objectif : tendre une embuscade à des membres présumés du Comando Vermelho, l’un des plus anciens et puissants gangs de drogue du pays, dans une zone boisée. Cet assaut, qui a mobilisé 2 500 policiers et soldats, a semé le chaos dans les complexes de Penha et Alemao, deux quartiers défavorisés du nord de Rio.

Le Comando Vermelho, né dans les prisons de Rio dans les années 1970, a étendu son emprise sur de vastes territoires au Brésil, se livrant au trafic de drogue, d’armes et au racket. Sa riposte durant l’opération a conduit à des scènes de violence extrême.

Au lendemain du raid, des centaines d’habitants des favelas se sont rassemblés devant le siège du gouvernement de l’État, scandant des slogans hostiles et dénonçant la violence policière. Des familles ont même déposé des corps dans la rue, accentuant la pression sur les autorités.

Des chiffres qui divisent et un président choqué

Le gouverneur de l’État de Rio, Claudio Castro, un allié de l’ancien président Jair Bolsonaro, a qualifié l’opération de « succès » et de « journée historique dans la lutte contre la criminalité », affirmant un bilan officiel de 58 morts, dont quatre policiers. Cependant, le bureau du défenseur public, qui vient en aide aux plus démunis, avance le chiffre de 132 victimes. Des armes et plus d’une tonne de drogue auraient été saisies.

Le président Luiz Inacio Lula da Silva s’est déclaré « étonné » et « horrifié » par le nombre de morts, déplorant que le gouvernement fédéral n’ait pas été informé ni consulté. Le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes a demandé des explications au gouverneur Castro et aux chefs de la police, convoquant une audience dans les prochains jours.

Un historique de violence et des critiques internationales

Les descentes de police meurtrières dans les favelas brésiliennes ne sont malheureusement pas une nouveauté. Cependant, les opérations ayant causé plus de 20 décès sont exceptionnelles, et Rio de Janeiro concentre une grande partie de ces drames. Les raids de 2021 à Jacarezinho (29 morts) et celui de 2022 dans le complexe d’Alemao (19 morts) rappellent la violence récurrente de ces interventions.

La brutalité de cette dernière opération a suscité l’indignation des organisations humanitaires. Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, a appelé le Brésil à « briser ce cycle d’extrême brutalité » et à veiller à la conformité des opérations avec les normes internationales.

Cesar Munoz, de Human Rights Watch au Brésil, a qualifié ces décès de « tragédie » et dénoncé « l’échec de la politique de Rio de Janeiro », soulignant que ces opérations sanglantes ne garantissent pas une sécurité accrue mais engendrent au contraire davantage d’insécurité.

Sur les réseaux sociaux, des voix s’élèvent pour dénoncer la politique sécuritaire du gouverneur Castro. Une pancarte à son effigie, le qualifiant d’« assassin et terroriste », a été vue recouvrant des corps lors d’une manifestation.

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