Publié le 24 février 2026 à 05:47:00. Le réseau bancaire argentin se rétrécit : plus de 500 agences ont fermé leurs portes au cours des cinq dernières années, une tendance accentuée par la numérisation des services financiers et la concurrence des fintech.
Le paysage bancaire argentin est en pleine mutation. Selon les dernières données de la Banque centrale de la République argentine (BCRA) datant d’octobre dernier, on comptait 4 088 succursales bancaires sur l’ensemble du territoire. Un chiffre en baisse significative par rapport aux 4 598 agences recensées cinq ans auparavant. Cela représente une diminution de 510 établissements, soit une perte de 11 % du réseau en seulement cinq ans.
Cette réduction du nombre d’agences physiques pourrait s’accélérer encore, estiment les experts. L’essor des services bancaires virtuels et des nouveaux modes de paiement numériques incite de nombreuses institutions financières à revoir leur modèle économique et à réduire leurs coûts en diminuant leur présence physique. Plusieurs banques envisagent ainsi des fermetures de succursales et un élargissement de leur offre en ligne, motivés par des considérations d’efficacité, l’évolution des préférences des clients ou encore des opérations de fusion-acquisition qui entraînent des doublons.
Historiquement, l’ouverture de nouvelles agences était perçue comme un signe de croissance et de développement pour une banque, lui permettant de s’implanter dans de nouveaux quartiers ou villes et de concurrencer ses rivaux. Aujourd’hui, la question est de savoir si cette stratégie reste pertinente, alors que la concurrence s’intensifie dans le domaine des technologies financières (fintech) et que les clients privilégient les solutions innovantes en matière d’applications et de services bancaires en ligne.
Les données de la BCRA concernent les agences bancaires traditionnelles. Cependant, les banques ont également développé d’autres formats, tels que les « mini-banques » intégrées à des entreprises ou les agences mobiles déployées dans les zones touristiques pendant la saison estivale. Il est donc clair que le service en personne n’a plus la même importance qu’auparavant.
La popularité croissante des portefeuilles virtuels a contraint les banques à développer leurs propres solutions et à se positionner sur ce marché en pleine expansion. Cette concurrence s’est notamment manifestée lors des débats sur la réforme du travail, où les banques ont cherché à empêcher les sociétés fintech de créditer les salaires et de gérer des « comptes salaires ». Pour l’instant, les banques ont remporté cette bataille, mais cela n’empêche pas des millions d’Argentins de percevoir leur salaire sur un compte bancaire traditionnel avant de le transférer vers un portefeuille virtuel pour leurs dépenses quotidiennes.

La fermeture des agences a également des conséquences sur l’emploi, car on observe une tendance à la diminution du nombre de postes bancaires traditionnels, tandis que les entreprises fintech recrutent de plus en plus. Cette transformation du secteur entraîne une réduction des effectifs derrière les guichets et une augmentation du nombre de spécialistes du développement de services en ligne.
Les distributeurs automatiques de billets ont également perdu de leur attrait, car l’utilisation des moyens de paiement virtuels (virements, QR codes, cartes bancaires) se généralise et que l’argent liquide est moins utilisé. De plus, de nombreux supermarchés, stations-service, pharmacies et autres commerces proposent désormais le service de paiement des factures directement en caisse.

Malgré ces tendances, les agences bancaires conservent une certaine pertinence. Selon une étude de D’Alessio IROL, 63 % des personnes interrogées se sont rendues dans une agence bancaire au cours des trois derniers mois, ce qui témoigne d’un besoin persistant de contact humain, notamment pour les opérations complexes ou en cas de problème. 25 % des personnes interrogées n’ont effectué aucune opération en agence au cours des six derniers mois, et seulement 1 % gère l’ensemble de ses opérations bancaires exclusivement en ligne.
Les raisons de se rendre en agence sont en train d’évoluer. Selon l’étude, « l’agence n’est plus le point de départ de la relation avec la banque, mais un lieu où celle-ci est maintenue lorsque des difficultés surviennent ». 35 % des clients se rendent en agence pour obtenir des informations, 33 % pour résoudre des problèmes liés à leurs cartes bancaires, 14 % pour effectuer des paiements et 12 % pour déposer des réclamations. Seuls 2 % se rendent en agence pour ouvrir un compte et 4 % pour demander un prêt.
Dans un système de plus en plus numérisé, l’agence « a cessé d’être un canal transactionnel massif pour devenir un point d’appui essentiel, avec un impact direct sur l’expérience client, la confiance et la pérennité de la relation avec la banque », conclut D’Alessio IROL.