Publié le 16 février 2024 08:30:00. Le Vatican s’aventure sur les marchés financiers avec le lancement de deux nouveaux indices boursiers, conçus selon des principes catholiques, en partenariat avec la société d’analyse financière Morningstar. Cette incursion surprend, mais s’inscrit dans une logique de diversification et d’investissement responsable.
- Le Vatican lance deux indices boursiers, un pour les États-Unis et un pour la zone euro, basés sur des critères éthiques catholiques.
- Ces indices, testés sur la dernière décennie, affichent des rendements annualisés attractifs de 18 % aux États-Unis et de 10 % en Europe.
- La composition de ces indices révèle un compromis entre convictions religieuses et performance financière, avec une forte présence d’entreprises technologiques majeures.
Le Vatican a annoncé le lancement de deux nouveaux indices boursiers, développés en collaboration avec Morningstar, une société spécialisée dans l’analyse financière. Ces indices, calibrés sur des principes éthiques inspirés de l’enseignement catholique, visent à offrir aux investisseurs des options d’investissement alignées sur leurs valeurs religieuses. L’un de ces indices se concentre sur le marché américain, tandis que l’autre couvre la zone euro.
L’initiative n’est pas sans précédent. Des fonds négociés en bourse (ETF) respectant déjà des critères religieux existent, notamment aux États-Unis. Eric Balchunas, analyste chez Bloomberg ETF, souligne que ces fonds ont démontré une certaine résilience, l’ETF Global X S&P 500 Catholic Values détenant actuellement plus d’un milliard de dollars (840 millions d’euros) d’actifs. Selon lui, une offre soutenue par le Vatican pourrait séduire un public plus large, en particulier en Europe et en Amérique latine.
Les résultats des tests rétrospectifs, portant sur les dix dernières années, sont encourageants. Les indices catholiques américains et européens ont généré des rendements annualisés de 18 % et 10 % respectivement. Cependant, une analyse plus approfondie de la composition de l’indice américain révèle un profil d’investissement plutôt classique, axé sur les valeurs de croissance à forte capitalisation. Plus de 20 % de l’indice est concentré sur quatre entreprises seulement – Meta, Amazon, Nvidia et Tesla – et près de la moitié sur les dix premières, qui incluent également Apple, JPMorgan, Broadcom, Visa, Micron et Alphabet.
Cette forte concentration dans le secteur technologique soulève des questions. La domination de ces entreprises est souvent associée à des controverses liées à la désinformation, à la santé mentale, aux pratiques antisyndicales, aux conditions de travail difficiles, à la protection de la vie privée et à l’optimisation fiscale. L’inclusion de sociétés comme Visa et JPMorgan, par ailleurs, interroge sur l’évolution des débats historiques concernant l’usure et les taux d’intérêt.
Ces choix, bien que potentiellement déroutants pour certains investisseurs religieux, ne sont pas spécifiques à cet indice. Ils sont également observés dans les fonds d’investissement socialement responsables (ISR), ou ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Une fois les secteurs du tabac, des jeux de hasard et des armes controversées exclus, les portefeuilles se retrouvent souvent dominés par les mêmes géants américains de la technologie.
D’un point de vue commercial, cette approche est pragmatique. Exclure un trop grand nombre d’entreprises risquerait de compromettre la performance des indices, ce qui pourrait décourager les investisseurs. Comme le souligne l’observation, la sous-performance est un facteur de risque bien plus important pour les ETF que les préoccupations éthiques.
En fin de compte, l’Église catholique, tout en conservant ses enseignements moraux, semble adopter une approche d’investissement similaire à celle des autres acteurs du marché financier.