Un sonnet de Percy Bysshe Shelley, publié en 1816, révèle une profonde déception envers William Wordsworth, qu’il accuse d’avoir renoncé à ses idéaux politiques et créatifs. L’œuvre, intitulée « À Wordsworth », est analysée comme une critique acerbe déguisée en hommage.
Le poème, inclus dans le recueil Alastor; ou, l’Esprit de la Solitude, explore les thèmes de la désillusion politique et de la perte de l’idéalisme chez les jeunes romantiques. Shelley y exprime un sentiment de deuil face à ce qu’il perçoit comme un abandon des convictions par Wordsworth.
L’analyse du sonnet révèle une structure subtile. Shelley commence par un ton de lamentation partagée, évoquant les « peines communes » de la vie et les pertes inévitables. Cependant, cette affirmation de solidarité sert de prélude à une critique plus sévère. Un tournant se marque après la phrase « Ces peines communes, je les ressens », où Shelley souligne une perte qu’il ressent seul : l’abandon des idéaux partagés.
Shelley déplore l’abandon de l’engagement politique par Wordsworth, le considérant comme une trahison. Il décrit Wordsworth comme une « étoile solitaire » qui guidait une « frêle embarcation » en pleine tempête, ou encore comme un « refuge bâti sur le roc » pour ceux qui luttent. Ces métaphores, bien que conventionnelles, soulignent l’importance que Shelley accordait au rôle de Wordsworth en tant que guide moral et intellectuel.
Le poète plus jeune se souvient avec nostalgie des « chants consacrés à la vérité et à la liberté » que Wordsworth composait autrefois, évoquant notamment des œuvres comme « À Toussaint Louverture » et « Le monde est trop plein pour nous ». Il déplore que Wordsworth ait renoncé à cette voie, le laissant seul à porter les idéaux qu’ils partageaient autrefois.
Shelley va jusqu’à décréter une « mort imaginative et morale » de Wordsworth, une condamnation sévère dont la véracité reste débattue. Il est important de noter que Wordsworth n’avait pas encore atteint l’apogée de sa carrière et n’avait pas encore été nommé poète lauréat au moment de la publication du sonnet.
« Abandonnant » ses propres chants, comme un chef abandonnant ses troupes, Wordsworth a laissé Shelley dans le deuil, selon les vers conclusifs du poème. Shelley semble donc considérer Wordsworth comme déjà décédé, non pas physiquement, mais sur le « champ de bataille des idées ».
L’impact du sonnet réside dans sa sincérité et son regret, ainsi que dans la force émotionnelle de la déception exprimée. « À Wordsworth » demeure une œuvre puissante, témoignant d’une rupture idéologique et d’une profonde désillusion.