Publié le 2025-10-30 08:18:00. Une nouvelle vague d’incivilités gagne les transports en commun : des passagers diffusent de la musique, des vidéos ou des appels à plein volume, ignorant les règles tacites de coexistence. Face à cette recrudescence, plusieurs organismes appellent à une prise de conscience et introduisent des mesures pour endiguer ce phénomène.
- Le phénomène, surnommé « bare beating » ou « sodcasting », pousse les autorités à agir.
- L’Irlande a introduit des amendes, tandis que le Royaume-Uni envisage une législation similaire.
- Les experts pointent du doigt un possible affaiblissement des normes sociales, accentué par certains usages post-pandémie.
Le bruit omniprésent dans les transports publics, autrefois limité aux mélodies s’échappant d’écouteurs défectueux, prend aujourd’hui d’autres formes. La diffusion de contenus sonores sans égard pour les voisins, qu’il s’agisse de musique, de vidéos sur des téléphones ou de conversations téléphoniques bruyantes, suscite une exaspération croissante. Cette attitude, qui semble défier les règles élémentaires de politesse en public, pousse désormais plusieurs pays à réagir.
En Irlande, les transports publics ont pris des mesures concrètes. Irish Rail a ainsi mis en place, plus tôt cette année, de nouvelles directives d’étiquette incluant une amende de 100 € pour toute diffusion de musique ou de vidéos à voix haute dans les trains. Barry Kenny, directeur des communications d’Irish Rail, a confirmé à *La Revue* que les inspecteurs n’hésitaient pas à appliquer cette sanction. Parallèlement, la Dublin Bus, l’Autorité Nationale des Transports et Transport for Ireland ont intensifié une campagne de sensibilisation à l’étiquette, encourageant les usagers à faire preuve d’une « petite conscience de soi », notamment en utilisant des écouteurs.
Au Royaume-Uni, l’indignation monte également. Les Libéraux-Démocrates ont proposé une législation qui transformerait la diffusion de contenu sonore à voix haute en infraction, passible d’une amende pouvant atteindre 1 000 £. Un sondage réalisé pour le parti a révélé que 54 % des Britanniques ne se sentiraient pas à l’aise de demander à quelqu’un de baisser le volume dans les transports. À Londres, le maire Sadiq Khan a lui aussi lancé une campagne pour inciter les usagers à privilégier les écouteurs.
Ce phénomène, qualifié d' »enfer ambiant » par Hannah Ewens dans *The Guardian*, interroge sur l’évolution des normes sociales. Dr Aisling O’Donnell, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Limerick, décrypte cette tendance. Selon elle, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce comportement. D’une part, l’absence d’écouteurs livrés systématiquement avec les smartphones pourrait créer une nouvelle attente, déresponsabilisant l’utilisateur. D’autre part, le possible « effondrement des attentes quant à ce que signifie être en public » depuis la pandémie de Covid-19 est une piste sérieuse. La chercheuse pointe également la difficulté de la confrontation : rares sont ceux qui osent rappeler à l’ordre un contrevenant par peur de la réaction.
La psychologue suggère que ceux qui diffusent du contenu sonore à voix haute pourraient avoir l’impression de faire partie d’un groupe où ce comportement est normalisé, notamment chez les jeunes. Si ce type de diffusion devient fréquent dans leur entourage, la norme initiale de discrétion pourrait s’éroder. « Ce qui rendait normal de se taire et de mettre ses écouteurs, c’était le fait que tout le monde le faisait », explique Dr O’Donnell. La visibilité accrue de comportements perçus comme incivils pourrait ainsi transformer progressivement les attentes collectives.
Pour approfondir le sujet de l’étiquette dans les transports publics en Irlande, vous pouvez écouter le reportage de Brian O’Connell dans l’émission *Today* de RTÉ Radio avec Claire Byrne.