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Pourquoi certains jeunes Américains sans diplôme ne cherchent pas de travail

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Publié le 2025-10-09. Un nombre croissant de jeunes Américains, en particulier ceux sans diplôme universitaire, ne participent plus au marché du travail, un phénomène économique et social qui déconcerte les experts. Une analyse récente met en lumière des raisons multiples, allant du désenchantement face aux emplois disponibles à des facteurs psychologiques et culturels.

  • Près de 5 % des jeunes adultes sans diplôme universitaire se déclarent « incapables de travailler », un chiffre qui a doublé en 30 ans.
  • Un pourcentage croissant de jeunes de 18 à 24 ans sont qualifiés de « déconnectés » : ni scolarisés, ni employés, ni en recherche d’emploi.
  • Les experts évoquent un ensemble complexe de facteurs économiques, culturels et psychologiques expliquant ce désengagement du marché du travail.

Une analyse des données gouvernementales américaines, relayée par Goldman Sachs, révèle une tendance préoccupante : la part des jeunes adultes âgés de 22 à 27 ans, dépourvus de diplôme universitaire, qui sont inactifs ou recherchent un emploi, a chuté de manière significative au cours des dernières décennies. Cette baisse est plus prononcée que celle observée chez leurs homologues diplômés. Si une partie de cette diminution s’explique par la poursuite d’études, d’autres raisons, plus inquiétantes, émergent.

Parmi elles, le taux de jeunes se déclarant « incapables de travailler » pour des motifs autres que la formation, la garde d’enfants, un handicap, une maladie ou la retraite a atteint près de 5 %. C’est le double du chiffre d’il y a 30 ans et cinq fois supérieur à celui des diplômés universitaires. Ce phénomène contribue à l’augmentation du nombre de jeunes « déconnectés », une catégorie qui, selon la Réserve fédérale de Dallas, touche environ 12 % des 18-24 ans, un niveau supérieur à toute année entre 1989 et 2009.

Le refus des emplois proposés

Plusieurs experts s’accordent à dire que le problème ne réside pas toujours dans l’impossibilité de trouver un emploi, mais plutôt dans le refus des opportunités disponibles. Zachary Mabel, directeur de recherche au Centre pour l’éducation et la main-d’œuvre de l’Université de Georgetown, observe que la proportion de jeunes non diplômés déclarant être inactifs car incapables de trouver du travail est restée relativement stable, hormis lors des crises économiques majeures. Cela suggère que ces jeunes pourraient trouver un emploi, mais choisissent de ne pas saisir les opportunités qui s’offrent à eux.

« Ils ne sont donc pas inemployables, mais plutôt qu’ils choisissent de ne pas occuper les emplois pour lesquels ils sont qualifiés », explique Zachary Mabel. Cette situation renvoie à une « boîte noire » de raisons non explicitées, qui dépassent les motifs traditionnels d’inactivité.

Santé mentale et dévalorisation de certains métiers

Carol Graham, chercheuse principale à la Brookings Institution, avance que certains jeunes sans diplôme préfèrent ne pas accepter les postes disponibles car ils estiment que la rémunération ne compense pas les efforts.

« Ils pensent : mes amis qui travaillent sont malheureux, ils n’ont pas d’avantages sociaux, ils ne pourront de toute façon pas payer grand-chose, alors pourquoi s’embêter ? »

Carol Graham, Brookings Institution

Zachary Mabel souligne que les emplois offrant un « revenu permettant de subvenir aux besoins de la famille » se concentrent de plus en plus parmi les diplômés, décourageant ainsi certains jeunes. Il évoque également un « biais culturel » croissant à l’encontre des métiers ne nécessitant pas de diplôme, tels que les professions manuelles, qui pourtant peuvent offrir une sécurité financière. « Nous avons créé une sorte de stigmatisation à l’égard de ces professions », constate-t-il, ce qui contribue aux « pénuries dans les métiers spécialisés », même lorsque ces postes sont bien rémunérés.

Au-delà des perceptions du marché du travail, l’aggravation des problèmes de santé mentale ces dernières décennies freine également l’engagement professionnel de certains jeunes. Carol Graham note une vulnérabilité particulière chez les jeunes hommes, souvent confrontés à l’isolement, au manque de sens et, dans certains cas, à des addictions.

« Ils deviennent en quelque sorte des ‘non-personnes’. Ils ne cherchent pas de travail, ils ne font partie de rien, ils ont perdu le récit de leur vie. »

Carol Graham, Brookings Institution

Soutien familial et travail indépendant

Pour certains jeunes en difficulté, le soutien familial constitue un filet de sécurité. Le chemin vers l’autonomie financière s’est allongé, poussant un nombre croissant de jeunes à vivre chez leurs parents et à dépendre de l’aide de leurs proches. Si les jeunes peuvent compter sur ce soutien et n’identifient pas d’options d’emploi leur permettant de gagner leur vie de manière indépendante, nombreux sont ceux qui peuvent opter pour le non-travail.

L’essor de l’économie des « petits boulots » (gig economy) pourrait également fausser les statistiques. Les travailleurs indépendants pour des plateformes comme Uber ou DoorDash pourraient ne pas se déclarer formellement employés lors des enquêtes. En répondant négativement à la question de savoir s’ils travaillent ou cherchent du travail, ils n’apparaîtraient pas dans les chiffres officiels. Ce phénomène, bien que difficile à quantifier, pourrait contribuer à la baisse des taux de participation au marché du travail.

Pistes de solutions

Carol Graham suggère de repenser les modèles éducatifs en intégrant davantage d’expériences professionnelles pratiques, comme des stages ou des apprentissages dès le lycée ou le collège, afin d’offrir aux étudiants des perspectives d’emploi plus claires.

Zachary Mabel préconise de réduire la stigmatisation entourant les professions ne nécessitant pas de diplôme universitaire, notamment par des campagnes d’information et une éducation précoce. L’objectif est de faire évoluer les mentalités pour que les jeunes générations envisagent une plus large palette de parcours professionnels attractifs.

Les deux experts partagent un sentiment d’espoir pour les futures générations, mais reconnaissent que l’aide aux jeunes aujourd’hui confrontés à ces difficultés s’annonce comme un défi de taille.

« Ce n’est pas une cause perdue. Mais c’est en quelque sorte une cause perdue pour les plus âgés qui ont déjà 25 ou 30 ans. »

Carol Graham, Brookings Institution

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