Publié le 25 octobre 2025. Les récentes décisions américaines, notamment les sanctions contre des compagnies pétrolières russes, pourraient avoir des répercussions imprévues, tant sur la scène géopolitique que sur la stabilité financière mondiale, soulevant des inquiétudes quant à une potentielle bulle spéculative.
- Les sanctions américaines contre Rosneft et Loukoïl ont été saluées par l’Europe, espérant ainsi assécher les financements de guerre de la Russie.
- Cette initiative américaine coïncide avec des inquiétudes croissantes concernant une possible correction boursière majeure aux États-Unis, avec des conséquences mondiales potentiellement désastreuses.
- L’instabilité économique et politique actuelle, combinée à des niveaux d’endettement élevés, réduit la marge de manœuvre pour amortir un éventuel choc financier.
L’économie, par nature, est un jeu d’équilibres complexes où chaque action entraîne des conséquences multiples. Une inflation galopante peut bien éroder le pouvoir d’achat des ménages, mais elle peut simultanément réduire le poids de la dette pour les États. De même, une devise forte avantage les importateurs en diminuant leurs coûts, tout en pénalisant les exportateurs et leur compétitivité.
Dans ce contexte, Donald Trump, souvent perçu comme un élément perturbateur, pourrait paradoxalement, et à la surprise générale, manifester un jugement financier judicieux. Si ses attaques répétées contre le système commercial international, la Réserve fédérale ou encore l’État de droit ont d’abord semé le doute, les événements récents suggèrent que même les politiques les plus agressives peuvent receler des bénéfices inattendus. Comme le faisait remarquer un humoriste, même une lame à un seul tranchant est, en un sens, à double tranchant, car sa netteté dépend de la présence d’un côté « non coupant ».
Mercredi dernier, la décision de l’administration Trump d’imposer des sanctions à deux géants pétroliers russes, Rosneft et Loukoïl, marque une première depuis son retour à la Maison Blanche en janvier. Cette mesure a provoqué une flambée des prix du baril de Brent, atteignant un sommet sur deux jours jamais vu depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Les dirigeants européens, qui œuvraient activement pour dissuader le président américain de toute proximité avec Moscou, ont accueilli cette nouvelle avec soulagement.
L’objectif est clair : priver le Kremlin de ressources financières. Dès le lendemain, des entreprises majeures en Chine et en Inde, qui avaient considérablement accru leurs importations d’énergie russe, auraient commencé à revoir leur exposition financière à Moscou. Ce changement d’attitude, s’il se confirme, pourrait porter un coup significatif au trésor de guerre russe.
Au-delà de cette victoire diplomatique et économique, certains analystes avancent que l’instabilité générale générée par l’administration américaine pourrait paradoxalement lever un obstacle majeur à l’utilisation des centaines de milliards d’actifs russes gelés dans l’Union européenne pour soutenir l’effort de guerre ukrainien. Le principal argument avancé par la Belgique, qui détient une part substantielle de ces fonds, était la crainte d’une fuite des capitaux étrangers hors de la zone euro, menaçant ainsi sa stabilité financière.
Si cet argument a été repris par la Banque Centrale Européenne, il ne convainc pas tous les experts. Alexander Kolyandr, chercheur au Centre d’analyse de la politique européenne, estime que l’instabilité américaine dissuaderait probablement les investisseurs de retirer leurs fonds d’Europe, même en cas de confiscation unilatérale des actifs. Il souligne le manque d’alternatives viables pour placer de tels capitaux en dehors de l’Europe et de l’Amérique.
Une bulle prête à éclater ?
Cependant, tous les analystes ne partagent pas cette vision optimiste. Nicolas Véron, chercheur à Bruegel et au Peterson Institute for International Economics, partisan du projet de prêt ukrainien, met en garde contre les conséquences potentiellement « sans précédent et d’une portée profonde et durable sur l’ordre monétaire mondial » d’une saisie unilatérale des actifs.
Quelles que soient les implications directes de la volatilité américaine sur ce dossier, les experts s’accordent largement sur les risques accrus que les récents développements aux États-Unis font peser sur le système financier mondial. Dans une tribune récente publiée dans The Economist, Gita Gopinath, professeur à Harvard et ancienne économiste en chef du FMI, avertit que le marché boursier américain, actuellement à des niveaux records, pourrait être confronté à une correction « douloureuse », potentiellement « bien plus grave et d’une portée mondiale » que l’éclatement de la bulle Internet en 2000.
Selon ses calculs, un krach similaire à celui de la bulle Internet – alimenté par l’euphorie des investisseurs face aux promesses du web, tout comme l’engouement actuel pour l’intelligence artificielle – pourrait effacer 20 000 milliards de dollars de richesse américaine, soit 70 % du PIB des États-Unis et 15 000 milliards de dollars pour le reste du monde. Le krach de 2000 n’avait quant à lui entraîné « que » 4 000 milliards de dollars de pertes en monnaie actuelle.
Cette amplification du risque s’explique, selon elle, par le fait que depuis plus d’une décennie, Américains et Européens ont massivement investi dans la hausse des actions américaines, garantissant ainsi qu’une correction soudaine du marché « se répercutera dans le monde entier ».
La dette mondiale et les déficits élevés, la faiblesse du dollar, ainsi que l’incertitude économique et politique générale, « laissent beaucoup moins de marge de manœuvre politique pour atténuer le choc d’une correction », ajoute Gita Gopinath.
Ces craintes d’un krach boursier sont largement partagées, y compris par certains acteurs majeurs du secteur technologique tels que Sam Altman d’OpenAI ou Jeff Bezos d’Amazon, bien que ce dernier ait curieusement qualifié la bulle actuelle de « bonne ».
Les lames de la peur
Plus inquiétant encore, cette frénésie financière d’origine américaine ne se limite pas aux marchés actions. Des responsables de haut rang, y compris Michael Barr, gouverneur de la Réserve fédérale, ont explicitement établi des parallèles avec des crises financières passées, telles que le krach de 1929 et la Grande Récession de 2007-2009.
La tendance de Washington à réduire les fonds propres des banques, à assouplir les exigences en matière de tests de résistance et à relâcher la surveillance sur des marchés très volatils comme celui des cryptomonnaies, ne sont que quelques exemples des dangers potentiels, selon les analystes et les responsables.
« Les indices d’un risque systémique, non seulement sur le marché boursier, mais aussi dans d’autres parties du système, s’accumulent aux États-Unis », constate Nicolas Véron. « Il y a de bonnes raisons de ne pas prédire une correction du marché à une date précise, car c’est une tâche insensée, mais de se préparer à la possibilité d’une instabilité financière venant des États-Unis à un moment donné dans le futur. »
Les responsables européens devraient en prendre note. Il serait peut-être temps d’affûter leurs propres lames politiques, au moins d’un côté.
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