En Inde, une nouvelle législation restrictive, connue sous le nom de projet de loi sur la liberté de religion, vient d’être amendée dans l’État de l’Uttarakhand. Cette modification vise spécifiquement les moyens numériques, rendant le partage de foi considérablement plus ardu pour les minorités religieuses, notamment les chrétiens. Les autorités affirment que cette loi vise à préserver l’harmonie sociale et les droits religieux, mais ses détracteurs y voient une atteinte à la liberté d’expression.
Initialement conçue pour interdire les conversions forcées, la loi révisée dans l’Uttarakhand étend désormais ses restrictions aux communications en ligne et par téléphone. Le partage de sa foi, même par le biais de témoignages personnels, de versets bibliques ou de discussions privées, pourrait désormais être interprété comme une incitation à changer de religion. Brian Orme, PDG de Christian Aid, qualifie cette évolution d’« alarmante », la décrivant comme l’une des lois les plus restrictives jamais observées, ciblant quiconque s’exprime publiquement pour partager sa foi ou encourager des conversions.
Face à ces nouvelles dispositions, de nombreux pasteurs et évangélistes indiens réagissent en retirant leur contenu des plateformes numériques. Des chaînes YouTube sont purgées, des réseaux sociaux désactivés, et certains envisagent même de quitter l’État pour échapper aux potentielles poursuites. Les sanctions prévues sont lourdes : amendes pouvant atteindre 12 000 dollars (environ 11 000 euros) et peines de prison allant jusqu’à trois ans, voire la perpétuité. De plus, la loi instaure une présomption de culpabilité, inversant la charge de la preuve : les personnes arrêtées sont considérées comme coupables jusqu’à preuve du contraire, ce qui rend la défense plus complexe.
La loi interroge également sur la définition de la « propagande ». Le simple fait de partager sa foi, ou de vanter les mérites d’une religion par rapport à une autre, pourrait être interprété comme tel. Brian Orme souligne l’ambiguïté de ces termes : « C’est là tout le problème. La propagande pourrait être définie, encore une fois, comme le simple partage de votre foi. Et elle dit vraiment explicitement de vanter une foi au-dessus de l’autre. Et donc, qui peut dire qui est le juge de ce à quoi cela ressemble ? ».
Bien que la loi ne vise pas explicitement les chrétiens, ils sont de fait la principale cible de ces mesures, dans un contexte de répression visant à freiner la croissance du christianisme en Inde. « Ce type de règles est destiné à écraser ces mouvements et à permettre aux chrétiens de les forcer à nouveau à se cacher, à ne pas être dans l’espace public et à avoir une voix », explique Orme.
Actuellement, douze États indiens ont déjà des lois anti-conversion strictes. L’amendement de l’Uttarakhand, en étendant ces restrictions aux médias numériques, pourrait bien créer un précédent pour d’autres régions. Brian Orme craint une « nouvelle étape de persécution » à travers le pays.
Malgré ces défis, Brian Orme reste confiant quant à la capacité des croyants à continuer de partager leur foi. Il souligne la nécessité d’une plus grande prudence et conscience pour l’Église, tout en affirmant : « Il y a toujours un fil conducteur audacieux qui avance pour dire que ces lois ne nous empêcheront pas d’adorer et d’exprimer librement notre foi. »