Alors que les fonds indiciels cotés (ETF) et les fonds communs de placement passifs sont souvent privilégiés pour l’investissement en actions, les fonds gérés activement pourraient bien offrir des avantages substiels pour l’investissement obligataire. Contrairement aux marchés boursiers, plus efficaces et où la sélection d’actions est relativement simple, les marchés obligataires présentent une complexité et une taille qui créent des opportunités uniques pour les gestionnaires actifs.
Sur les marchés boursiers, la liquidité et l’accès à l’information facilitent la tâche des gestionnaires, même expérimentés, qui peinent souvent à battre les indices de référence. Il en va autrement sur le marché obligataire, nettement plus vaste, complexe et moins efficient. Ces caractéristiques historiques ont permis aux gestionnaires actifs compétents de surpasser leurs indices de référence. Il est d’ailleurs essentiel de comprendre l’ampleur de cet univers. L’indice Bloomberg US Aggregate Bond (AGG), par exemple, ne représente qu’une fraction, moins de la moitié, du marché obligataire global. Investir dans un fonds indiciel qui ne suit que l’AGG, c’est donc passer à côté de nombreuses opportunités.
Comparativement aux actions, les titres à revenu fixe se distinguent par une moindre disponibilité d’informations, une liquidité plus faible, une découverte des prix moins aisée, une taille de marché considérablement plus importante (55 billions de dollars contre 44 billions pour les actions) et une diversité accrue de titres, notamment en considérant différentes maturités et notations de crédit. Tous ces facteurs augmentent le potentiel pour les gestionnaires actifs avisés de générer de l’alpha, c’est-à-dire un rendement supérieur à celui de l’indice de référence.
La sélection de chaque titre dans un portefeuille obligataire géré activement repose sur le potentiel d’opportunités. La flexibilité offerte aux gestionnaires actifs leur permet d’ajuster le portefeuille en fonction des dynamiques de marché, contribuant ainsi à atténuer les risques et à améliorer les rendements. Une stratégie obligataire passive, axée sur le suivi d’un indice, inclut cependant des pans du marché qui ne correspondent pas toujours aux préférences des investisseurs.
À la différence d’un indice boursier qui réplique un panier d’entreprises spécifiques, la composition d’un indice obligataire comme l’AGG – couvrant un éventail plus large d’actifs – peut varier significativement au fil du temps. Ces changements peuvent avoir un impact considérable sur les performances et les caractéristiques de l’indice. À titre d’exemple, les obligations du Trésor américain représentaient 35 % de l’AGG en 2014, une part qui a grimpé à 44 % en 2024. Cette évolution n’est pas le fruit d’une décision stratégique d’un gestionnaire privilégiant les Treasurys, mais découle de l’augmentation des émissions gouvernementales pour financer des déficits budgétaires croissants. Ainsi, au cours de cette décennie, un fonds passif aurait été contraint d’accroître ses positions en bons du Trésor pour suivre l’évolution de la composition de l’AGG, ce qui aurait pu impacter négativement les rendements et le profil de risque du portefeuille.
L’immensité, les subtilités et les inefficiences du marché obligataire conduisent souvent à des divergences d’opinions quant à l’évaluation des titres. Les gestionnaires actifs peuvent créer de la valeur en identifiant les obligations mal évaluées, en achetant celles qui sont sous-évaluées et en vendant celles qui sont surévaluées. Ils analysent divers facteurs pour choisir les obligations à acheter ou vendre dans le but de surpasser l’indice. Ils peuvent également ajuster les niveaux de risque de crédit et de taux d’intérêt en réponse aux évolutions des conditions du marché, leur permettant ainsi de déceler des opportunités d’investissement lucratives que les stratégies passives pourraient négliger. À l’inverse, les fonds passifs se contentent de reproduire la structure de leur indice, sans considération pour les évaluations ou les aspects fondamentaux.
En plus de pouvoir rechercher et négocier un éventail plus large d’obligations qu’une stratégie passive, les gestionnaires de fonds obligataires actifs disposent de la flexibilité nécessaire pour ajuster les attributs clés du portefeuille, dans le but d’améliorer le rendement total (la combinaison des revenus d’intérêts et de l’appréciation du capital due à la hausse des prix des obligations).
Par exemple, les fluctuations des prix des obligations induites par les variations des taux d’intérêt peuvent avoir un impact significatif sur le rendement total d’un fonds. Alors qu’un fonds passif doit impérativement adhérer à la composition de son indice de référence, indépendamment des mouvements de taux, un gestionnaire actif peut modifier stratégiquement son portefeuille pour tirer parti de ces mouvements et gérer la volatilité qui en résulte. Si, par exemple, une hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale venait à déprimer les prix des obligations – et par conséquent les rendements –, un fonds passif suivrait l’indice à la baisse, affectant négativement la valeur du portefeuille d’un investisseur. En revanche, un gestionnaire actif pourrait atténuer les effets d’une hausse des taux en acquérant des obligations à plus courte échéance, moins sensibles aux variations de taux, tout en évitant celles qui risquent de perdre de la valeur à mesure que les taux augmentent.