Publié le 2025-10-04 11:01:00. Le monde du sport observe une stagnation troublante de ses records, particulièrement dans des disciplines comme le saut en longueur. Cette tendance soulève la question de savoir si certaines performances ont atteint un plateau, où l’amélioration dépend désormais de facteurs aléatoires.
- Le record du monde masculin du saut en longueur n’a été battu qu’une seule fois depuis 1968.
- Mike Powell a établi le record actuel de 8,95 m (29 pieds 4 pouces) lors des Championnats du monde de 1991 à Tokyo.
- Ce phénomène de records stagnants s’apparente à des « systèmes stationnaires » où la tendance globale est immuable.
En ce qui concerne le saut en longueur, le record masculin, fixé à 8,95 mètres par Mike Powell en 1991 lors des Mondiaux de Tokyo, n’a connu qu’une seule amélioration depuis 1968. Cette observation amène à s’interroger sur la possibilité d’avoir atteint un plafond de performance. Dans ce cas, les variations entre les exploits des athlètes seraient davantage attribuables à des éléments imprévisibles tels que les conditions météorologiques, la forme physique du moment ou la qualité du sommeil, plutôt qu’à des avancées techniques ou physiologiques significatives.
Les scientifiques désignent ces situations par le terme de « systèmes stationnaires ». Dans un tel système, la tendance générale du comportement moyen reste constante. L’analyse de ces systèmes permet de spéculer sur la fréquence à laquelle on peut s’attendre à voir des records battus, non pas en raison d’une amélioration continue, mais plutôt sous l’effet de fluctuations aléatoires. Les données climatiques préindustrielles, par exemple, constituent un cas d’étude de longue date pour les systèmes stationnaires.
Les records tombent comme la pluie
Pour illustrer ce concept, considérons un scénario hypothétique portant sur les précipitations annuelles dans différentes villes du monde. Si les totaux de chaque ville sont indépendants les uns des autres et qu’il n’y a pas de tendance climatique globale, alors les précipitations de la première année dans chaque localité représentent, par définition, un record. Si les précipitations de la deuxième année sont indépendantes de la première, en moyenne, la moitié des villes dépasseront leur précédent total, tandis que l’autre moitié ne le fera pas. Ainsi, après deux ans, le nombre moyen de records par ville serait de 1,5.
Au cours de la troisième année, un nouveau record ne sera établi que si le total annuel dépasse celui des deux années précédentes. En moyenne, ce cas de figure ne se présente que dans un tiers des villes. Par conséquent, à la fin de la troisième année, le nombre attendu de records par ville s’élève à 1,5 plus un tiers. Ce schéma se poursuit : après 100 ans, le nombre attendu de records par ville serait la somme de 1/2 + 1/3 + 1/4 + … + 1/100.
Cette série de fractions consécutives additionnées est connue en mathématiques sous le nom de série harmonique. Son nom découle de ses liens avec les harmonies musicales. Elle apparaît dans divers domaines, allant des tests de résistance dans l’industrie de la construction à la logistique en temps de guerre, en passant par la fiabilité des mélanges dans les jeux de cartes ou le nombre d’autocollants nécessaires pour compléter un album.