Publié le 24 octobre 2025. Donald Trump s’apprête à participer au sommet de l’ASEAN à Kuala Lumpur, une démarche inédite depuis 2017, motivée par une potentielle signature d’accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande. Cette initiative, s’inscrivant dans sa quête de reconnaissance en tant que « président de la paix », soulève cependant des interrogations quant à sa pérennité.
- Donald Trump participera au sommet de l’ASEAN à Kuala Lumpur pour la première fois depuis 2017.
- L’événement pourrait culminer avec la signature d’un accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande, fruit d’une médiation américaine.
- Des experts doutent de la viabilité à long terme de cet accord et de l’engagement de l’administration Trump au-delà de la cérémonie.
Donald Trump, qui a toujours manifesté un intérêt limité pour l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), change de stratégie. Malgré une désaffection historique pour le multilatéralisme, des sources de son administration indiquent que le président américain cherche à contrer l’influence croissante de la Chine dans la région. Sa présence au sommet annuel de l’ASEAN à Kuala Lumpur, prévue ce dimanche, marque ainsi un retour sur la scène de cette organisation régionale, le menant à participer à l’événement pour la première fois depuis 2017.
L’objectif principal de ce déplacement semble être moins la diplomatie multilatérale, un exercice auquel le président américain montre peu d’enthousiasme, que l’obtention d’un succès diplomatique dont il pourrait s’attribuer le mérite. Cet « accord de Kuala Lumpur », comme il est surnommé, pourrait constituer la principale raison de sa venue. L’ancien président américain a déjà mis à son actif la résolution de plusieurs conflits, présentant ces succès, réels ou embellis, comme autant de preuves de son statut de « président de la paix ». Parmi ces médiations figurent des accords entre Israël et le Hamas, Israël et l’Iran, le Pakistan et l’Inde, le Rwanda et la République démocratique du Congo, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi que des différends plus anciens impliquant l’Égypte et l’Éthiopie, ou encore la Serbie et le Kosovo. Ces interventions lui ont valu des nominations pour le prix Nobel de la paix, décerné cette année à María Corina Machado, chef de l’opposition vénézuélienne, et ont incité certains dirigeants mondiaux, y compris cambodgiens, à le nominer pour l’édition de l’année prochaine, dans une stratégie qualifiée de « diplomatie de la flatterie ».
Cependant, le véritable succès de l’accord entre le Cambodge et la Thaïlande reste incertain, selon les experts. La question demeure de savoir si cet accord se concrétisera ou ne sera qu’une nouvelle illustration des exagérations présidentielles. De plus, l’engagement de Donald Trump au-delà de la simple « séance photo » est remis en question. Mark S. Cogan, professeur agrégé d’études sur la paix et les conflits à l’Université Kansai Gaidai, souligne l’importance d’une « pression politique soutenue ». Il s’interroge sur la volonté des États-Unis de maintenir leur intérêt pour la situation en Thaïlande et au Cambodge une fois l’accord signé, ou s’ils seront rapidement distraits par d’autres enjeux. « Pensez-vous que les États-Unis se soucient profondément d’un différend non résolu, relativement mineur », précise Cogan, « entre la Thaïlande et le Cambodge ? Est-il à l’échelle d’autres conflits ? Non, bien sûr que non. Est-il profond et brûlant ? Oui, bien sûr. Mais dans quelle mesure cela a-t-il réellement un impact sur les États-Unis ? Pas beaucoup. Qu’est-ce que Trump en retire ? »
Pour Cogan, le respect de l’accord dépendra de la supervision par des « tiers » et de leur capacité à garantir que les deux parties honoreront leurs engagements. Des « tests de résistance » sont à prévoir, avec des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu. Bien que Washington dispose théoriquement de la capacité et de la crédibilité nécessaires pour assurer ce suivi, le scepticisme est palpable. Pavin Chachavalpongpun, professeur à l’Université de Kyoto, considère l’implication de Trump comme transactionnelle : « La pression extérieure soutenue nécessaire à l’application disparaîtra probablement une fois la cérémonie de signature terminée. »
Tang Chhin Sothy—AFP/Getty Images
Les détails de l’accord sont encore en cours de finalisation, comme l’a précisé le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, président en exercice de l’ASEAN. Si le Cambodge, par la voix du porte-parole du parti au pouvoir, a manifesté son enthousiasme à l’idée d’offrir une victoire diplomatique à Trump, le gouvernement thaïlandais, récemment installé et confronté à la gestion de ce conflit, se montre plus prudent. Il craint d’être lésé et redoute que Trump ne favorise la partie cambodgienne. Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a déclaré dimanche que son gouvernement « ne permettra pas que notre pays soit exploité par les pays voisins ou toute autre nation. Nous avons le devoir de protéger l’intérêt national au mieux de nos capacités ».
Selon Pavin Chachavalpongpun, Trump pourrait fournir le « levier nécessaire pour faire avancer l’accord jusqu’au bout ». Toutefois, il anticipe que cet accord ne sera qu’une « mesure de stabilisation à court et moyen terme », intrinsèquement fragile en tant que source de paix durable. Le Premier ministre cambodgien Hun Manet a précisé, le 19 octobre, que l’accord visait à « fixer des conditions et des codes de conduite pour créer un environnement favorable à la résolution du conflit et au rétablissement des relations ». Cependant, il a souligné que ni le cessez-le-feu initial ni l’accord à venir ne signifiaient « que l’une ou l’autre des parties accepte de renoncer à son droit légal de contrôler un territoire sous sa souveraineté ».
« La longévité de l’accord est douteuse », conclut Pavin, « car il ne parvient pas à résoudre le conflit frontalier sous-jacent sur le territoire et les cartes historiques ; il ne fait que reporter ce conflit. »