Home Économie Pourriez-vous être licencié de votre travail pour avoir exigé 8 heures de sommeil ?

Pourriez-vous être licencié de votre travail pour avoir exigé 8 heures de sommeil ?

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Publié le 25 février 2026 à 10h38. Une affaire judiciaire aux États-Unis met en lumière les pressions liées à la culture du présentéisme et soulève des questions sur les limites entre vie professionnelle et vie personnelle, notamment dans le secteur de la finance.

Un procès récemment réglé à l’amiable a révélé les tensions croissantes entre les exigences professionnelles et le bien-être des employés. Une jeune analyste financière travaillant chez Centerview Partners, une société d’investissement, s’est vue contester les conditions imposées après avoir informé son employeur d’un trouble du sommeil nécessitant huit heures de repos quotidien selon un horaire régulier.

Les lois américaines sur le handicap imposent aux entreprises de fournir des aménagements raisonnables aux employés concernés. Dans un premier temps, l’entreprise avait garanti à la jeune femme une période de 9 heures à minuit durant laquelle elle ne serait pas sollicitée. Cependant, trois semaines plus tard, elle a été licenciée, l’entreprise arguant qu’elle ne pouvait remplir les fonctions essentielles de son poste si elle n’était pas disponible entre minuit et 9 heures du matin.

L’employée a alors déposé une plainte pour discrimination fondée sur son handicap. Pour gagner le procès, l’entreprise aurait dû prouver devant un jury que la disponibilité permanente était une condition essentielle du poste. Elle a finalement opté pour un règlement amiable.

Le secteur de la banque d’investissement est réputé pour ses horaires exigeants, pouvant atteindre 60 à 120 heures par semaine. Cette culture du travail acharné n’est pas limitée à ce secteur. Elon Musk, par exemple, attend de ses employés qu’ils travaillent entre 80 et 100 heures par semaine et a récemment déclaré la guerre au week-end et à la semaine de travail de 40 heures.

La question centrale soulevée par cette affaire est de savoir s’il est raisonnable pour un employeur d’exiger un tel engagement. Les longues heures de travail peuvent avoir des effets néfastes sur la santé physique et mentale des salariés et contribuer de manière significative aux conflits entre vie professionnelle et vie familiale, avec des conséquences à long terme sur les relations et l’éducation des enfants.

Pourquoi, alors, tant de personnes aspirent-elles à travailler dans des entreprises réputées pour leur exigence ? Les récompenses financières peuvent être considérables : le salaire moyen d’un jeune banquier d’investissement aux États-Unis s’élève à environ 250 000 $ (212 500 €). Il existe également un facteur de prestige : ces emplois à haute intensité sont souvent proposés par des entreprises de premier plan, et les longues heures de travail sont parfois perçues, à tort, comme un signe de dévouement et de compétence.

Il est toutefois important de noter que la productivité ne croît pas indéfiniment avec le nombre d’heures travaillées. Des études suggèrent qu’il existe une relation en forme de U entre les heures de travail et la productivité : trop peu d’heures entraînent une baisse de l’efficacité, mais au-delà de 50 heures par semaine, la productivité tend également à diminuer. Le niveau optimal se situerait probablement autour de 50 heures hebdomadaires.

Si des horaires exceptionnels peuvent être justifiés dans certains cas, notamment pour des projets internationaux nécessitant une coordination avec des fuseaux horaires différents, l’affaire Centerview soulève la question de savoir si ces exigences sont réellement essentielles à l’accomplissement du travail. L’entreprise a d’ailleurs prudemment choisi de régler le litige plutôt que de risquer de devoir justifier de telles exigences devant un tribunal.

Modifier les normes en matière d’heures de travail peut s’avérer difficile, comme le montre l’exemple des résidents en médecine, qui sont souvent contraints de travailler de longues heures, parfois jusqu’à 80 ou 100 heures par semaine. Ces horaires excessifs sont connus pour augmenter les risques pour la sécurité des patients, mais le processus de réforme a été lent et progressif. Ces longues heures sont parfois considérées comme un rite de passage et peuvent être difficiles à remettre en question.

Il est généralement admis que les longues heures de travail sont néfastes pour les employés, et probablement aussi pour les employeurs, car la qualité du travail peut diminuer au-delà d’un certain seuil. Pourquoi, alors, les employeurs continuent-ils de pousser leurs employés à travailler de manière excessive ? Il existe deux facteurs principaux : une tendance à assimiler effort et performance, et une attente de dévouement total de la part des employés.

En fin de compte, il est important de se demander si les longues heures de travail sont réellement indispensables. Votre employeur peut préférer que vous travailliez plus, mais il ne peut généralement pas vous obliger à travailler des heures excessives. Si un employeur s’attend à ce que vous travailliez 80 à 100 heures par semaine, il est peut-être temps de remettre en question les pratiques de management plutôt que de chercher à vous adapter.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de RTÉ.


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