Le secteur du sport, particulièrement compétitif et émotionnellement chargé, est confronté à un défi de taille : fidéliser son public tout en répondant à une demande d’informations toujours plus forte. Un nouveau modèle, basé sur l’analyse des besoins des utilisateurs, pourrait bien être la clé pour relever ce défi.
L’idée, développée par Smartocto à partir de l’étude de plus de 35 000 articles sportifs, repose sur une approche simple : comprendre ce que les fans recherchent réellement. Dmitri Chichkine, conseiller éditorial stratégique, souligne que ce n’est pas une révolution, mais plutôt une formalisation de pratiques déjà existantes.
« Les rédacteurs ont toujours su que certaines histoires informent, d’autres expliquent, divertissent ou suscitent des émotions », explique-t-il. « Les besoins des utilisateurs ne sont que des angles de narration. Le problème réside dans la capacité à appliquer cette intuition à grande échelle. »
L’expérience menée il y a une dizaine d’années au BBC World Service a confirmé cette observation. Le simple bon sens, sans cadre de référence clair et mesurable, a tendance à s’effondrer sous la pression des délais et du volume de travail. Les équipes se recentrent alors sur le plus simple : relater les faits bruts.
Ce modèle, qui a depuis été adopté par de nombreuses rédactions à travers le monde, permet de transformer l’instinct en une discipline opérationnelle. Il offre aux équipes la possibilité de planifier, de mesurer et d’ajuster leur stratégie en fonction des besoins réels du public.
Une question revient souvent : les fans ne veulent-ils pas avant tout connaître les scores ? Bien sûr, les résultats et les mises à jour en direct restent essentiels. Cependant, l’analyse des 35 000 articles sportifs montre que l’engagement et la fidélisation sont bien plus fortement liés au contenu explicatif, aux reportages en coulisses, aux récits émotionnels et aux formats interactifs.
Plus de 70 % de la production actuelle est consacrée aux faits, alors que c’est le contenu qui répond aux besoins de « Comprendre », de « Ressentir » et de « Faire » qui génère le plus d’engagement.
Le modèle repose sur quatre intentions principales : Connaître, Comprendre, Ressentir et Faire. Ces intentions se déclinent en 11 besoins spécifiques des utilisateurs, tels que « Mettez-moi à jour » (scores, résultats) ou « Expliquez-moi » (analyse tactique, règles du jeu). Cette structure permet une planification stratégique de haut niveau, tout en offrant une mesure précise de l’impact de chaque type de contenu.
« Cela ne risque-t-il pas de transformer le journalisme en une formule rigide ? », s’interrogent certains. Chichkine répond que c’est l’inverse qui se produit souvent : une intention claire stimule la créativité et encourage les journalistes à expérimenter dans un cadre défini.
Une autre objection concerne le manque de ressources. Le modèle ne vise pas à produire davantage de contenu, mais à optimiser le mélange existant. Un événement sportif majeur peut ainsi générer une couverture diversifiée, répondant à différents besoins des utilisateurs, sans multiplier les efforts.
Enfin, certains craignent que le modèle ne soit pas universel. Chichkine insiste sur le fait qu’il s’adapte aux spécificités de chaque marché, de chaque sport et de chaque public. Il fonctionne en se concentrant sur les moments et les comportements, plutôt que sur les données démographiques.
« Le véritable changement est organisationnel », conclut-il. « Il se manifeste par des réunions de planification plus ciblées, des analyses plus pertinentes et un suivi plus intelligent. Le modèle cesse d’être une simple présentation et devient une véritable infrastructure. »