Home Économie Pression sur les hôpitaux: deux fois plus de patients hospitalisés après avoir été reconnus non criminellement responsables

Pression sur les hôpitaux: deux fois plus de patients hospitalisés après avoir été reconnus non criminellement responsables

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Le nombre de personnes reconnues non criminellement responsables et hospitalisées au Québec a doublé en deux décennies, exerçant une pression croissante sur les établissements de santé mentale déjà débordés. Cette augmentation, exacerbée par la crise du logement et la consommation de drogues de synthèse, soulève des questions sur l’accès aux soins et la gestion de ces patients.

  • Le nombre de dossiers actifs à la Commission d’examen des troubles mentaux (CETM) a dépassé les 2 200, comparativement à environ 1 100 en 2002.
  • Près de 700 patients sont actuellement hospitalisés, alors que le Québec ne dispose officiellement que de 435 lits en psychiatrie légale.
  • L’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM) a doublé son nombre de lits en psychiatrie légale l’an dernier pour faire face à la demande.

La pression sur les hôpitaux québécois en matière de psychiatrie légale ne cesse de croître. La Commission d’examen des troubles mentaux (CETM) comptait plus de 2 200 dossiers actifs en 2026, un chiffre qui a plus que doublé depuis 2002, où l’on en recensait environ 1 100. Cette hausse est particulièrement marquée depuis quelques années, en lien avec la crise de l’itinérance et la prolifération de drogues de synthèse puissantes qui affectent la province.

Selon les données présentées lors de la Journée de la psychiatrie légale, près de 700 personnes sont actuellement hospitalisées en raison d’une reconnaissance de non-responsabilité criminelle, alors que le Québec ne dispose officiellement que de 435 lits dans les unités spécialisées. Cette situation contraint les établissements à s’adapter et à trouver des solutions pour accueillir ces patients, initialement accusés de divers crimes avant d’être orientés vers une institution de soins.

L’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM), anciennement l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, est l’un des établissements les plus touchés. L’hôpital a doublé son nombre de lits en psychiatrie légale l’an dernier, passant de 18 à 36, pour répondre à l’augmentation de la demande. Le Journal a eu un accès exclusif à cette unité spécialisée au sein du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

«On a ouvert une deuxième unité, qui a été remplie en claquant des doigts. Mais on sait qu’on ne suffit pas encore»,

Dre Stéphanie Borduas-Pagé, psychiatre légiste

«Avec l’augmentation des cas, des nouveaux verdicts et des détentions, on a une obligation légale de les prendre. Il faut trouver la place, même si on ne l’a pas», renchérit Jeanne-Marie Allard, criminologue et cheffe de service, en soulignant également les débordements observés en psychiatrie générale. Un reportage récent relate le parcours d’Yves Foucher, un homme ayant surmonté sa schizophrénie après un acte tragique.

L’IUSMM sert de soupape de sécurité pour les cas les plus graves provenant de l’Institut Pinel. Ici, ce sont plutôt des cas «à risques modérés» qui sont pris en charge, souvent des personnes itinérantes et toxicomanes impliquées dans des voies de fait, par exemple.

Le Québec se distingue par un nombre de verdicts de non-responsabilité criminelle plus élevé que les autres provinces canadiennes. On en compte deux fois plus qu’en Ontario, notamment. Les médecins expliquent cette situation par la difficulté de contraindre une personne à recevoir des soins contre son gré avant qu’un événement grave ne survienne. Au Québec, l’autorisation d’un juge est nécessaire pour traiter sans consentement une personne en crise.

Les intervenants appellent à des solutions alternatives. «Les patients sont doublement stigmatisés: par leur problème de santé mentale et par leur implication avec la justice», rappelle la Dre Borduas-Pagé.

La crise du logement et l’accessibilité aux drogues de synthèse aggravent la vulnérabilité des personnes concernées. «Il y a même des dealers qui viennent sur le terrain ici», lance la criminologue Anne-René Courtemanche.

La drogue peut rapidement exacerber les symptômes d’une maladie mentale et compliquer les traitements, conclut-elle.

Les lits en psychiatrie légale au Québec

  • Institut de psychiatrie légale Philippe-Pinel: 268 lits;
  • Hôpital et Centre d’hébergement en santé mentale de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec: 39 lits;
  • Institut universitaire en santé mentale Douglas: 24 lits;
  • Hôpital de Saint-Jérôme: 29 lits;
  • Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ): 39 lits;
  • Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM): 36 lits.

Source: Santé Québec

L’intelligence artificielle, un nouveau défi

Pour le psychiatre Alexandre Hudon, chercheur à l’IUSMM, l’intelligence artificielle représente un nouveau défi pour les professionnels de la santé mentale. Bien qu’il n’ait pas encore rencontré de patients en psychose causée par un robot conversationnel, il a constaté que certains patients refusaient un plan de traitement après avoir consulté ChatGPT, qui leur proposait des alternatives.

«Il faut qu’on se rappelle que c’est un outil qui a été conçu pour nous plaire, pour lequel on va rapidement, de façon un peu innée, attribuer des caractéristiques humaines»

Alexandre Hudon, psychiatre et chercheur en psychiatrie légale

Tout en reconnaissant le potentiel de l’IA, il plaide pour un encadrement plus strict.

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