Publié le 2025-10-08 17:37:00. Le dollar américain voit son rôle de valeur refuge remis en question, ouvrant la voie à une dynamique favorable pour les devises latino-américaines, selon une analyse de BBVA. Ce changement intervient dans un contexte d’intérêt croissant pour la région, portée par des fondamentaux économiques porteurs et une volatilité contenue.
- Le « sourire du dollar », symbole de sa force en période de crise ou de boom économique américain, semble s’estomper.
- Les monnaies d’Amérique latine, soutenues par le commerce et une absence de chocs majeurs, ont atteint des sommets sur plusieurs mois.
- Le Mexique et le Brésil affichent des performances notables, tandis que les pays andins montrent une résilience face aux incertitudes.
La tendance historique du dollar américain, surnommée le « sourire du dollar », qui voyait la devise s’apprécier tant en période de crise que de forte croissance aux États-Unis, semble s’essouffler en 2025. Selon une analyse de BBVA, le statut de valeur refuge du billet vert est remis en cause, se traduisant par une « grimace » plutôt qu’un sourire sur les marchés des changes.
Cette évolution coïncide avec un regain d’attrait pour l’Amérique latine. Les devises de la région ont bénéficié d’un contexte commercial porteur et d’une absence de chocs immédiats, permettant à plusieurs d’entre elles d’atteindre des niveaux records ces derniers mois. Après avoir effacé les pertes liées aux crises tarifaires, certaines ont même dépassé leurs précédents sommets. La faiblesse du dollar et un environnement de volatilité maîtrisée font ainsi de l’Amérique latine une destination privilégiée pour la diversification des portefeuilles d’investissement d’ici la fin de l’année.
BBVA prévient que le « sourire du dollar » a été brisé et que son rôle de refuge mondial s’affaiblit, ouvrant ainsi un espace aux monnaies latino-américaines.
(Bloomberg/Al Drago)
Focus sur le Mexique et le Brésil
Le peso mexicain (MXN) s’est distingué comme l’une des devises les plus performantes de l’année. BBVA met en avant son leadership durant les neuf premiers mois, attribué à un « port » élevé (rendement attractif), une faible volatilité et des risques tarifaires limités.
La banque anticipe un taux de change aux alentours de 19,10 MXN pour un dollar d’ici fin 2025, avec des fluctuations prévues entre 19,56 et 19,77 MXN en 2026. Cependant, elle met en garde contre les potentiels impacts négatifs de la renégociation de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) et d’une baisse des envois de fonds.
Le real brésilien (BRL) bénéficie quant à lui de taux d’intérêt historiquement élevés. Le Brésil maintient ses taux directeurs à des niveaux inédits depuis des décennies, une stratégie visant à freiner la croissance pour maîtriser l’inflation. Cette politique a soutenu l’attractivité du « port », mais des risques subsistent, liés aux comptes budgétaires et au cycle électoral de 2026.
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BBVA projette un réal qui pourrait clôturer l’année à 5,48 BRL$ et évoluer entre 5,40 et 5,66 BRL$ en 2026, avec une légère dépréciation attendue à mesure que le contexte budgétaire prendra de l’importance. Pour ces deux économies, le paradoxe est clair : leurs monnaies sont soutenues par des facteurs financiers, mais leur pérennité dépendra de variables politiques et commerciales.
Le réal brésilien est soutenu par des taux d’intérêt historiquement élevés, mais BBVA met en garde contre les risques liés au débat budgétaire.
(Bloomberg Creative/Bloomberg Creative Photos)
Résilience des pays andins
Au Pérou, le sol (PEN) s’affirme comme un exemple de résilience. Malgré un rendement (port) inférieur, il est soutenu par une faible volatilité et des fondamentaux économiques solides. La stratégie budgétaire prudente et le faible endettement public renforcent sa stabilité.
BBVA prévoit que le sol clôturera l’année 2025 à 3,52 S/ pour un dollar et se maintiendra entre 3,50 et 3,60 S/ tout au long de 2026.
En Colombie, le peso (COP) a été renforcé par une combinaison de taux réels élevés et de primes de risque réduites. BBVA souligne que la prime de risque s’est estompée pour le COP, avec le rendement comme principal soutien.
La banque estime que le taux de change USDCOP se situera autour de 4 030 COP$ fin 2025, avant d’évoluer vers 4 170 COP$ au premier trimestre 2026. L’attractivité du peso colombien est liée à la politique monétaire, mais aussi à l’évolution des prix du pétrole et à la dynamique de l’agenda budgétaire.
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Le Chili évolue dans un contexte marqué par la proximité des élections de 2025. BBVA met en garde : « Les particularités continueront d’avoir de l’importance pour le prochain cycle électoral, l’accent étant immédiatement mis sur le Chili. »
Le peso chilien (CLP) bénéficie néanmoins d’un environnement de taux réels élevés et d’un rebond des prix du cuivre. BBVA s’attend à ce que le CLP s’établisse autour de 951 CLP$ pour un dollar fin 2025, et évolue entre 930 et 937 CLP$ l’année suivante.
Le peso chilien profite du rebond du cuivre et des taux réels élevés, mais le cycle électoral retient l’attention des marchés.
(Shutterstock/Shutterstock)
L’Argentine sous tension
Le peso argentin (ARS) demeure un point de crispation sur le marché des changes régional. BBVA constate que le régime de flottement géré, qui avait entraîné une dépréciation progressive de l’ARS au troisième trimestre 2025, a été mis sous pression suite à la défaite politique du gouvernement dans la province de Buenos Aires.
L’administration a été contrainte de renforcer les contrôles de change et de rechercher des financements extérieurs pour maintenir la parité. L’aide de Washington s’est avérée cruciale, avec l’annonce par le Trésor américain d’un possible échange de devises de 20 milliards de dollars pour soutenir l’Argentine. Ce soutien a permis une reprise, certes fragile, du peso.
BBVA prévient que les pressions sur le peso devraient perdurer, le scrutin électoral étant au centre des préoccupations, avec des attentes d’ajustements. L’extrémité supérieure de la fourchette de taux de change continuera de s’apprécier d’ici fin 2025 et durant l’année 2026. Les risques d’affaiblissement de l’ARS persistent tant que l’accumulation des réserves reste limitée et que la crédibilité du régime de gestion est remise en question.
Les élections de mi-mandat du 26 octobre sont considérées comme le principal catalyseur, susceptibles de déterminer si le marché privilégiera un ajustement progressif ou une correction plus marquée.