Publié le 18 février 2024 14h06:00. La Cour suprême irlandaise a tranché en faveur du propriétaire du bâtiment dans un litige portant sur la propriété des six vitraux emblématiques de Harry Clarke, réalisés pour le célèbre café Bewley’s à Dublin, dont la valeur est estimée à 1 million d’euros.
- La Cour suprême a confirmé la décision de la Cour d’appel, rejetant l’appel de Bewley’s Café.
- Le litige portait sur la question de savoir si les vitraux étaient des éléments structurels du bâtiment ou des œuvres d’art amovibles.
- Le groupe Ronan, propriétaire du bâtiment, se réjouit de cette décision, tandis que Bewley’s exprime sa déception.
Après des années de bataille juridique, la Cour suprême irlandaise a statué que les six vitraux de Harry Clarke, ornements du café Bewley’s sur Grafton Street à Dublin, appartiennent au propriétaire du bâtiment, la société RGRE Grafton Limited, dirigée par le promoteur Johnny Ronan. Ce jugement met fin à un différend complexe concernant la nature de ces œuvres d’art exceptionnelles.
Le cœur du litige résidait dans la qualification des vitraux : s’agissait-il de simples fenêtres, faisant partie intégrante de la structure du bâtiment, ou d’œuvres d’art distinctes, susceptibles d’être retirées par le locataire, Bewley’s Café ? Le groupe Ronan soutenait que les vitraux étaient indissociables des locaux, tandis que Bewley’s affirmait qu’il s’agissait d’éléments décoratifs mobiles. Les panneaux en question sont les quatre compositions intitulées « Les Quatre Ordres » et les deux panneaux distincts connus sous le nom de « Swan Yard ».
La Cour d’appel avait déjà tranché en 2024 en faveur du propriétaire, considérant les vitraux comme des « fenêtres au sens juridique ». Bewley’s avait fait appel de cette décision, mais la Cour suprême l’a aujourd’hui rejetée, confirmant ainsi la position de la Cour d’appel.
Dans un communiqué, Bewley’s Café a exprimé sa déception face à ce jugement. L’entreprise regrettait notamment que son projet de donation des œuvres de Harry Clarke à une institution publique ne puisse plus être réalisé.
« Nous sommes déçus par cette décision. Notre souhait de transférer ces œuvres d’art à la propriété publique, par le biais d’un don à une institution appropriée, ne pourra malheureusement plus être mis en œuvre. »
Bewley’s Café
Le groupe Ronan, de son côté, s’est félicité de la décision de justice. Il a souligné que le tribunal avait validé sa conviction de longue date selon laquelle les vitraux emblématiques faisaient partie intégrante de la structure du bâtiment et ne constituaient pas un élément que le locataire pouvait retirer à sa guise.
« Le tribunal a souscrit à notre conviction de longue date selon laquelle ces fenêtres emblématiques font partie intégrante de la structure du bâtiment et ne sont pas un élément arbitraire qu’un locataire peut retirer à son gré. »
Groupe Ronan
Rory Williams, directeur général du groupe Ronan, a qualifié cette affaire de « série d’efforts juridiques longs et parfois ridicules » visant à établir que les vitraux existaient en tant qu’entités distinctes du bâtiment pour lequel ils avaient été commandés. Il a également estimé qu’il n’aurait jamais dû être nécessaire de saisir la Cour suprême pour récupérer ce qu’il considérait comme « de toute évidence » sa propriété.
Harry Clarke (1889-1931) est largement reconnu comme le plus grand artiste verrier d’Irlande. Ses œuvres ornent de nombreuses églises à travers le pays et au-delà, mais ce sont les vitraux du café Bewley’s qui sont les plus fréquemment admirés. Commandés par Ernest Bewley en 1927 pour son nouveau « Café oriental », ils ont été installés l’année suivante pour un coût de 460 £ (valeur d’époque). La question centrale du litige était donc de déterminer si ces vitraux étaient des éléments structurels ou des ornements.
L’avocat du groupe Ronan, Bernard Dunleavy, avait illustré la complexité de la question lors d’une audience devant la Haute Cour en 2022 en évoquant une plaisanterie : « Quand une fenêtre n’est-elle pas une fenêtre ? Quand elle est entrouverte. » Il avait ensuite ajouté : « Dans ce cas, il s’agit de quand une fenêtre n’est pas une fenêtre : quand c’est un objet d’art. »
La Cour suprême a également examiné la question de savoir si Bewley’s Café avait effectivement payé les vitraux à l’époque. Elle a conclu qu’il n’existait pas suffisamment de preuves pour démontrer que le locataire, Bewley’s Oriental Café, avait réglé la facture, contrairement à Ernest Bewley en personne.
Le juge Maurice Collins, en rendant la décision de la Cour suprême, a souligné que les œuvres de Harry Clarke étaient capables de remplir toutes les fonctions d’une fenêtre, notamment l’éclairage et la ventilation, un aspect important à la fin des années 1920 en raison du chauffage au feu ouvert, du tabagisme autorisé et de la présence d’une chaudière dans le café. Il a également insisté sur le fait que la conception des vitraux s’inscrivait dans la vision d’Ernest Bewley d’un « café oriental », mais que leur fonction n’était pas uniquement décorative.
Le groupe Ronan espère désormais poursuivre sa relation avec Bewley’s Café, en veillant à ce que les visiteurs continuent à admirer ces « magnifiques œuvres d’art » dans leur cadre d’origine pour les générations futures.