Home International Quand Israël a attaqué le Qatar, il a ouvert la voie au cessez-le-feu -NRK Urix -actualités et documentaires étrangers

Quand Israël a attaqué le Qatar, il a ouvert la voie au cessez-le-feu -NRK Urix -actualités et documentaires étrangers

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Publié le 13 octobre 2025, 16h06. Mis à jour le 13 octobre 2025, 16h41. Une rencontre secrète à Miami, visant à établir un cessez-le-feu à Gaza, a été brutalement interrompue par une frappe israélienne au Qatar, suscitant la fureur des États-Unis et un revirement diplomatique inattendu.

Tout a commencé la veille. Le 8 septembre, Steve Witkoff, envoyé spécial du président Donald Trump pour le Moyen-Orient, recevait chez lui à Miami Jared Kushner, gendre de l’ancien président, et Ron Dermer, conseiller de Benjamin Netanyahu. L’objectif de cette réunion, qui dura trois heures, était de finaliser un plan destiné à aboutir à un cessez-le-feu à Gaza. La proposition devait ensuite être transmise aux autorités qataries, censées la relayer auprès des dirigeants du Hamas à Doha.

Cependant, Ron Dermer n’a pas informé ses interlocuteurs américains qu’une opération militaire israélienne était imminente. Le 9 septembre, des avions de combat israéliens ont visé une zone civile dans la capitale qatarie, tuant six membres du Hamas, dont Khalil al-Hayya, fils du dirigeant du mouvement et négociateur.

Ron Dermer, conseiller de Benjamin Netanyahu, n’a pas alerté les émissaires de Donald Trump de l’attaque prévue contre le Qatar. Photo : AFP

Colère à Washington et Doha

Cette frappe a provoqué une vive réaction de la part de Steve Witkoff et Jared Kushner, qui se sont sentis trahis par leurs alliés israéliens. Malgré le soutien constant des États-Unis à Israël, tant sur le plan militaire que diplomatique, cette action non concertée a été très mal perçue à la Maison Blanche. Selon le Wall Street Journal, Steve Witkoff aurait déclaré à Ron Dermer : « Ce n’est pas ainsi qu’un ami se comporte. »

Pour Donald Trump, le Qatar est un allié stratégique, abritant des bases militaires américaines et ayant récemment fait un don de 400 millions de dollars sous forme d’un avion de luxe. L’ancien président a d’ailleurs exprimé son indignation sur le réseau Truth Social, déclarant : « Je me sens très mal pour la mode suite à cette attaque. »

Steve Witkoff a immédiatement contacté le Premier ministre qatari pour clarifier que les États-Unis n’étaient pas impliqués dans l’attaque, transmettant le même message aux autres dirigeants arabes. Le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre, qui a rencontré Witkoff à New York, a confié à NRK : « Witkoff était tellement furieux de ce qui s’était passé. Le fait qu’ils aient bombardé le courtier Qatar a été la goutte d’eau qui a poussé les États-Unis à mettre toute la pression sur Benjamin Netanyahu. »

Les autorités qataries, qui œuvraient depuis deux ans comme médiateurs entre Israël et le Hamas, se sont senties trahies. Lors d’une conférence de presse à Doha, le Premier ministre Cheikh Mohammed Bin Aburahman Al-Thani a qualifié l’attaque de « terrorisme d’État » visant à saboter les efforts de paix.

Le Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed bin Aburahman al-Thani, a obtenu une garantie américaine contre de futures attaques israéliennes. Photo : AFP

Un contexte d’intérêts croisés

D’autres pays de la région ont manifesté leur inquiétude, craignant de devenir à leur tour la cible d’attaques israéliennes. Des dirigeants comme le président turc Erdogan, qui accueille des membres du Hamas, ont vu dans cet incident une escalade préoccupante.

Cet événement a paradoxalement créé une nouvelle opportunité diplomatique. Alors que Trump et ses envoyés étaient exaspérés par la gestion de la crise par Benjamin Netanyahu, ils ont perçu une chance d’exploiter la situation pour faire avancer le dossier. Le gouvernement israélien semblait avoir franchi une ligne rouge, ouvrant la voie à une pression accrue sur le Premier ministre israélien.

Jared Kushner et Steve Witkoff, ici de profil, ont été consternés par l’attaque israélienne au Qatar. Photo : AP

L’attaque contre le Qatar, loin d’affaiblir les ennemis d’Israël comme Netanyahu l’espérait, a eu l’effet inverse en heurtant directement des partenaires commerciaux de Witkoff.

Des liens économiques et politiques

Pour Steve Witkoff, l’engagement au Moyen-Orient dépasse la simple médiation politique. Des liens économiques profonds le lient au Qatar, remontant à l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en 2016. Le Qatar, cherchant à s’attacher les bonnes grâces de l’administration, a approché des hommes d’affaires juifs influents, dont Witkoff en 2017. À l’époque, l’investisseur était lourdement endetté sur un projet immobilier à Brooklyn. Le Qatar a comblé ce manque de financement, selon le New York Times.

Lorsque son père a pris ses fonctions d’envoyé, son fils Alex a repris la direction du groupe familial Witkoff Group. Tandis que Steve Witkoff œuvrait à un cessez-le-feu, son fils a attiré des milliards de dollars d’investissements qataris. Les liens étaient si étroits que le Premier ministre qatari a été invité aux fastueux mariages d’Alex Witkoff à Palm Beach.

Ces liens politiques et économiques, tant pour Witkoff que pour Jared Kushner, principal partenaire financier de l’Arabie saoudite, illustrent la complexité des relations au Moyen-Orient. Selon Debra Kamin, journaliste au New York Times, « Il n’est pas nécessairement négatif que la politique et les intérêts économiques privés soient mélangés. […] Peut-être que Witkoff en fait un envoyé idéal pour le Moyen-Orient, mais le public doit être informé de ces liens », a-t-elle déclaré à Democracy Now.

Excuses et concessions

La situation a atteint son paroxysme lors d’une visite de Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche fin septembre. Face à un Donald Trump déterminé, le Premier ministre israélien a été contraint de présenter ses excuses au Premier ministre qatari, lisant un texte préparé.

Le Qatar a obtenu des garanties des États-Unis : Israël s’est engagé à ne plus viser des objectifs dans l’émirat.

Une conversation tendue dans le bureau ovale : Benjamin Netanyahu s’excuse auprès du Premier ministre qatari sous le regard de Donald Trump. Photo : Maison Blanche

Netanyahu a également été convoqué à des réunions avec Steve Witkoff et Jared Kushner, qui l’ont poussé à accepter le plan en 20 points de Trump avec peu de modifications. Initialement réticent à inclure des références à la formation d’un État palestinien, Netanyahu a dû accepter une formulation évoquant « une voie crédible vers l’autodétermination palestinienne et la formation d’un État ».

Après deux années de guerre particulièrement brutale, où le gouvernement israélien semblait bénéficier d’une liberté d’action quasi totale de la part de la Maison Blanche, Benjamin Netanyahu a été contraint de faire des concessions significatives. Cette nouvelle donne pourrait ouvrir la voie à des développements inattendus et débloquer une situation restée dans l’impasse pendant trop longtemps, pour le soulagement de millions de Palestiniens et d’Israéliens.

La première phase de l’accord porté par Donald Trump semble désormais mise en œuvre. Les jours à venir détermineront la solidité de ce plan.

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