Home Accueil quand leur maison est squattée, les propriétaires trop souvent démunis

quand leur maison est squattée, les propriétaires trop souvent démunis

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Une affaire de squat à Andernos-les-Bains, en Gironde, a ravivé le débat houleux entre le droit de propriété et le mal-logement. La garde à vue de la propriétaire, jugée disproportionnée par beaucoup, met en lumière le désarroi de ceux qui, face à des occupants souvent en situation de précarité, se sentent abandonnés par une législation jugée lacunaire.

Le 30 septembre dernier, Karine Lellouche, habitante d’Arcachon, voit sa routine matinale interrompue par l’arrivée des gendarmes. En pleine vaisselle, elle est placée en garde à vue pour « association de malfaiteurs ». Le motif ? Une accusation portée par l’individu squattant sa maison à Andernos-les-Bains, lui reprochant une tentative d’expulsion violente. Des accusations que la propriétaire réfute fermement. Finalement relâchée en début d’après-midi, cette énième péripétie dans un long bras de fer administratif et judiciaire, débuté en mars 2025 suite à l’occupation illégale de son bien, laisse une marque indélébile.

Devant cette situation intenable, Karine Lellouche se résigne début octobre à accepter une baisse de 80 000 euros sur le prix de vente de sa maison. Une concession consentie au promoteur acquéreur, qui justifie cette renégociation par la nécessité de gérer lui-même l’expulsion. L’affaire, largement couverte par les médias locaux, a suscité une vague de solidarité en ligne. Karine Lellouche a lancé une pétition, déjà forte de plus de 57 000 signatures, pour alerter sur les difficultés rencontrées par les propriétaires pour récupérer leurs biens occupés illégalement. Épuisée, elle confie ne pas espérer retrouver les fonds perdus, mais souhaite avant tout voir émerger des solutions concrètes pour les personnes confrontées à des drames similaires.

Thomas Martinetti, un autre propriétaire, témoigne d’une expérience tout aussi éprouvante. Son appartement, mis en location via une agence immobilière après un départ pour raisons personnelles, a été squatté pendant deux ans, d’avril 2023 à avril 2025. « Un grand sentiment d’impuissance », décrit-il. Si la locataire initiale avait quitté les lieux, son ex-compagne et leur fils y sont restés. Thomas Martinetti se retrouve alors face à un dilemme moral.

« Je ne voulais pas être inhumain. Je ne voulais pas mettre cette personne à la rue. Mais cet appartement me mettait dans une situation financière intenable », confie le quadragénaire. Expliquant avoir appris que la locataire subissait des violences conjugales et que son conjoint, son ancien locataire, avait interdiction de l’approcher, Thomas Martinetti hésite longuement avant de lancer une procédure. Il propose d’aider la femme à trouver une nouvelle solution de logement, mais les démarches s’éternisent. La situation dégénère lorsque les serrures sont changées. L’intervention d’un avocat s’avère alors nécessaire.

« Mais entre le délai de jugement, les appels de l’occupante et les trêves hivernales, cela a duré deux ans. J’en suis ressorti ruiné », déplore Thomas Martinetti. Les frais d’avocat s’élèvent à près de 10 000 euros, auxquels s’ajoutent 3 000 euros pour la réfection de l’appartement, sans compter la perte de deux ans et demi de loyers alors que son crédit bancaire est toujours en cours.

Aujourd’hui, Thomas Martinetti dénonce « l’incohérence de la gestion de l’État comme celle du législateur ». Une incompréhension partagée par Karine Lellouche. Malgré la promulgation en 2023 de la loi anti-squat, censée protéger les petits propriétaires, sa démarche d’évacuation, initiée en juillet 2025 auprès du Préfet de Gironde et conforme à la loi, est jugée irrecevable en août. La préfecture invoque l’absence d’effraction, l’occupant ayant déclaré la maison ouverte à son entrée. « Je me suis sentie abandonnée », exprime la quinquagénaire, sans amertume mais avec une profonde lassitude.

Via sa pétition, Karine Lellouche lance un appel aux « autorités compétentes », notamment aux fournisseurs d’eau et d’électricité. Son objectif : exiger qu’un titre de propriété ou un bail soit désormais requis pour toute ouverture de contrat d’énergie. « Une telle obligation permettrait d’éviter beaucoup de squats, car ceux qui occupent illégalement un logement peuvent obtenir l’eau et l’électricité très facilement », argumente-t-elle. Thomas Martinetti soutient cette proposition : « Il est important de pouvoir protéger les propriétaires, car nous sommes nombreux à ne pas avoir forcément beaucoup d’argent. Moi, je me suis retrouvé à payer un crédit pour un appartement occupé par une personne en difficulté. Mais on ne peut pas faire le boulot de l’État ».

De son côté, Denis Laulan, secrétaire général de Gironde du Secours populaire, rappelle que le mal-logement ne relève pas de la responsabilité des propriétaires privés. « Le problème du mal-logement, il est à l’échelle de notre République », affirme-t-il, plaidant pour des politiques publiques et des décisions étatiques fortes, notamment la création de logements d’urgence et de logements sociaux de qualité.

En 2024, un rapport de la Fondation pour le Logement faisait état de 330 000 personnes sans domicile fixe en France, contre 133 000 à la fin des années 2000 selon l’INSEE. En 2019, les tribunaux civils français avaient rendu près de 1 130 décisions dans le cadre de demandes d’expulsion.

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