Publié le 2025-10-07 08:34:00. Alors que le Japon commence à envisager un soutien individualisé pour les élèves à haut potentiel, la définition même du terme « doué » reste floue, oscillant entre une vision médiatique de « l’enfant prodige » et une réalité éducative plus nuancée.
- La compréhension du « haut potentiel » au Japon est loin d’être uniforme.
- Les directives gouvernementales de septembre 2025 ouvrent la voie à un soutien individualisé pour ces élèves.
- Des concepts comme les « doublés exceptionnels » (doués avec des troubles du développement) nécessitent une attention particulière.
Le débat sur l’éducation des enfants « doués » prend de l’ampleur au Japon, bien que la compréhension de ce concept soulève encore de nombreuses questions. Un récent document du Conseil central pour l’éducation, publié le 5 septembre 2025, a notamment intégré le soutien individuel aux enfants et étudiants présentant des « talents exceptionnels ». Pour éclaircir cette notion, nous avons interrogé Yoshiyo Ishida, professeur à la Faculté de l’éducation de l’Université de Chiba.
« Si l’on traduit le terme ‘doué’ tel qu’il est aujourd’hui présenté dans les médias et par le ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, il désigne un ‘étudiant talentueux qui excelle dans des domaines spécifiques’ », explique le professeur Ishida. Cependant, il souligne la divergence entre cette définition grand public et la perception des spécialistes.
« Les enfants doués, tels qu’attendus par les éducateurs spécialisés dans l’éducation des besoins spéciaux, sont ceux qui sont capables d’étudier mais qui éprouvent des difficultés à s’adapter à la vie scolaire. À l’inverse, lorsque les médias ou les entreprises œuvrant dans le domaine de l’éducation des surdoués utilisent le terme ‘doué’, il est généralement employé dans le contexte de ‘l’enfant prodige’. »
Yoshiyo Ishida, professeur, Faculté de l’éducation, Université de Chiba
Afin de distinguer cette image traditionnelle de l’enfant génie, les chercheurs et certains éducateurs utilisent désormais, à titre provisoire, l’expression « doué intellectuel ».
Qu’entend-on par « doué intellectuel » ? Selon le professeur Ishida, il s’agit d’enfants présentant des aptitudes remarquables nécessitant un accompagnement scolaire adapté. Cela inclut les enfants dits « doublés exceptionnels » (ou « twice-exceptional » en anglais), qui combinent des troubles du développement avec des talents rares, par exemple en mathématiques ou en programmation.
Il est crucial de noter que le terme « doué » ne constitue pas un diagnostic médical officiel, à l’instar de l’autisme, selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Au Japon, les médecins, les éducateurs et les chercheurs ne posent pas de diagnostic formel de « doué ». Par conséquent, la notion de « tendance douée » s’applique aux « enfants aux talents remarquables dans des domaines spécifiques » sans qu’il existe de critère clair.
En général, au Japon, l’appellation « doué » sous-entend un quotient intellectuel (QI) supérieur ou égal à 120 ou 130. Toutefois, si ce QI élevé est associé à des troubles du développement, le nombre d’enfants concernés pourrait être plus restreint. L’identification d’une « tendance douée » repose donc sur une écoute attentive des situations vécues à la maison et à l’école.