L’opinion publique européenne sur l’immigration est bien plus complexe que le simple clivage « pour » ou « contre », alors que les partis anti-immigration gagnent du terrain dans plusieurs pays. Une nouvelle étude révèle que les Européens souhaitent un meilleur contrôle des flux migratoires, mais ne rejettent pas catégoriquement l’immigration, tout en étant souvent victimes d’idées reçues sur le nombre de migrants illégaux.
Selon les données d’Eurostat, 44,7 millions de personnes vivant dans l’Union européenne étaient de nationalité étrangère en 2024. En 2022, l’Europe a accueilli 5,1 millions de migrants non européens, un chiffre plus du double des 2,4 million enregistrés l’année précédente. Cette augmentation alimente le débat politique, où l’immigration est souvent pointée du doigt comme source de problèmes économiques et sociaux.
Une étude récente menée par YouGov dans six pays européens – Allemagne, Espagne, France, Italie, Danemark et Pologne – met en lumière des perceptions souvent erronées. Les sondés ont tendance à surestimer le nombre de migrants en situation irrégulière dans leur pays. « Nos données indiquent que les Européens ne rejettent pas catégoriquement l’immigration, mais leurs opinions sur le sujet sont façonnées par le fait qu’ils ont tendance à croire qu’il y a plus de migrants illégaux que légaux dans leur pays, ce qui alimente le sentiment que le système est abusé », explique Matt Smith, responsable du journalisme de données chez YouGov.
En France, 41 % des personnes interrogées estiment qu’il y a « beaucoup plus » de migrants illégaux que légaux, un chiffre qui atteint 34 % en Italie et 26 % en Allemagne. Or, en Espagne, par exemple, les migrants sans papiers représentent environ 800 000 personnes sur un total de près de 9 millions d’étrangers.
Malgré ces idées fausses, une part importante de la population européenne soutient des mesures restrictives. L’étude YouGov révèle qu’entre 45 et 53 % des personnes interrogées dans chaque pays se prononcent en faveur d’un scénario impliquant non seulement l’arrêt de l’arrivée de nouveaux migrants, mais également le départ d’un grand nombre de ceux qui sont arrivés récemment, voire des expulsions massives. Plus de la moitié des Allemands (53 %), des Français et des Italiens (51 %) et des Danois (50 %) soutiennent cette idée.
Cependant, les Européens reconnaissent également les bénéfices de l’immigration légale. Ils privilégient la préservation des services publics et l’attraction de talents qualifiés plutôt que la simple réduction des flux migratoires. « Même ceux qui préconisent des expulsions à grande échelle pensent généralement que ce sont ceux qui enfreignent les règles qui devraient être expulsés, et non les immigrants légaux », précise Matt Smith.
L’étude de YouGov souligne également un phénomène intéressant : même les migrants eux-mêmes peuvent adopter des positions plus restrictives en matière d’immigration avec le temps. La recherche de l’IUE a montré que les attitudes des immigrants évoluent vers des opinions plus proches de celles des non-migrants, et que cette tendance est plus marquée chez les descendants de migrants. « Il est parfois déconcertant de constater que des migrants peuvent soutenir des contrôles sur l’immigration », note l’étude.
À l’échelle européenne, plusieurs pays sont confrontés à des défis similaires. La Commission européenne pourrait autoriser les professionnels non européens à séjourner plus longtemps que les 90 jours autorisés par la règle actuelle. L’Espagne a annoncé la régularisation de plus de 500 000 migrants sans papiers, tandis que la Norvège a présenté une refonte de sa politique d’intégration. L’Allemagne a suspendu les cours d’intégration pour les nouveaux arrivants, et l’Italie a promis qu’elle ne ferait pas appel à l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) américain pour ses Jeux olympiques d’hiver.