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Que se passe-t-il dans notre industrie

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Publié le 11 février 2026 à 09h54. L’industrie manufacturière suisse est confrontée à une crise prolongée, marquée par des suppressions d’emplois et des délocalisations. Cette situation, qui dure depuis quatre ans, soulève des questions sur l’avenir du secteur et sa capacité à se redresser.

  • Près de 15 000 emplois à temps plein ont déjà disparu dans l’industrie manufacturière suisse ces dernières années.
  • La création de valeur dans le secteur industriel est en baisse depuis près de quatre ans, avec une perte de plus de 10 % de la valeur ajoutée réelle totale.
  • Plusieurs facteurs, dont les chocs économiques successifs et la politique monétaire, sont pointés du doigt comme causes de cette crise.

La situation est alarmante. Depuis l’automne 2023, les annonces de suppressions d’emplois se multiplient. La Fédération syndicale suisse (SGB) constate une augmentation significative des licenciements massifs. Récemment, Vetropack a fermé une usine dans le canton de Vaud, entraînant la perte de 180 postes, tandis que DGS a délocalisé une usine en République tchèque. Thyssenkrupp Presta, un équipementier automobile, a également annoncé la suppression d’environ 570 emplois dans la Suisse orientale.

Cette tendance à la baisse de l’emploi s’observe dans tous les secteurs de l’industrie manufacturière, à l’exception notable de l’industrie pharmaceutique, qui bénéficie d’un cadre réglementaire spécifique. L’Office fédéral de la statistique révèle que le déclin a commencé à s’accentuer à partir de l’été 2023 et s’est poursuivi jusqu’au troisième trimestre 2025. La transformation des métaux est le secteur le plus touché, avec environ 3 600 emplois perdus, suivi par la construction mécanique (2 600 emplois) et la fabrication de montres et d’équipements informatiques (2 200 emplois).

Si chaque suppression d’emploi représente un drame personnel, il est légitime de s’interroger sur la nature de cette crise. S’agit-il d’une simple fluctuation cyclique, inhérente à l’industrie, ou d’une désindustrialisation plus profonde ? Certains experts estiment que les emplois perdus pourraient revenir dans deux ans, mais d’autres craignent que la Suisse ne perde définitivement ces milliers de postes.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Depuis 2019, l’Europe a été confrontée à une succession de crises : le choc de la pandémie de coronavirus, un bref boom économique alimenté par les aides gouvernementales, puis une crise énergétique, une concurrence accrue de la Chine et, plus récemment, les politiques douanières imprévisibles de l’ancien président américain Donald Trump. Selon Alexander Koch, économiste à la Banque Raiffeisen, cette conjoncture européenne défavorable a maintenu les commandes et le taux d’utilisation des entreprises industrielles à un niveau bas, rendant inévitables les réductions d’effectifs.

L’industrie chimique a été particulièrement affectée, perdant 20 % de ses emplois, soit 6 000 postes. L’imprimerie compte 4 600 emplois de moins, la transformation des métaux environ 3 800 et l’industrie électrique, plus petite, environ 4 400. Seuls les fabricants de montres et d’appareils informatiques ont réussi à créer des emplois, avec un solde positif de 3 500 postes. Au total, depuis le début de la pandémie, 12 000 emplois à temps plein ont été supprimés dans le secteur manufacturier.

Les conditions préalables à une récession industrielle sont remplies

Selon Michael Siegenthaler, expert à l’Institut KOF de l’ETH Zurich, la tendance négative de la création de valeur est particulièrement préoccupante. Ce chiffre est en baisse depuis près de quatre ans, presque à chaque trimestre, avec une perte totale de plus de 10 % de la valeur ajoutée réelle.

« En raison du déclin de la création de valeur, mais aussi de l’emploi, les conditions sont réunies pour parler d’une récession industrielle. »

Michael Siegenthaler, expert à l’Institut KOF de l’ETH Zurich

Il s’agit d’une récession industrielle, distincte d’une récession économique générale. Bien que l’économie suisse dans son ensemble ait continué de croître et de créer environ 50 000 nouveaux emplois depuis la pandémie, l’industrie manufacturière est en déclin, réduisant sa part dans l’économie globale. Cette tendance est en réalité observée depuis des décennies.

L’association Swissmem, qui représente l’industrie technologique, reste prudemment optimiste. Jean-Philippe Kohl, responsable de la politique économique, souligne que le nombre d’emplois a toujours eu tendance à se redresser après les crises.

« Cependant, ce n’est pas un succès garanti. Cela demande toujours beaucoup aux entreprises pour retrouver leur compétitivité. »

Jean-Philippe Kohl, responsable de la politique économique chez Swissmem

Il appelle les pouvoirs publics à créer un environnement favorable aux entreprises, notamment en concluant de nouveaux accords de libre-échange.

Critique de la Banque nationale suisse

L’association Swissmechanic insiste également sur la nécessité d’un soutien politique. Son président, Nicola Tettamanti, met en garde contre un changement structurel en cours.

« Nous ne vivons pas des fluctuations ordinaires, mais plutôt un changement structurel. »

Nicola Tettamanti, président de Swissmechanic

Il souligne que d’autres pays interviennent directement pour influencer les décisions d’investissement des entreprises, tandis que la Suisse subit une perte progressive de substance industrielle dans certaines régions et secteurs, notamment dans la Suisse orientale, le Tessin et le Jura.

Les syndicats critiquent la politique de la Banque nationale suisse. Selon Daniel Lampart, économiste en chef de la SGB, les secteurs industriels clés sont en déclin depuis près de 20 ans, depuis la crise financière mondiale de 2008 et la forte appréciation du franc suisse.

« Cette surévaluation continue à ce jour et constitue notre plus grand désavantage auto-infligé. »

Daniel Lampart, économiste en chef de la SGB

L’Institut KOF ne prévoit pas de reprise majeure à court terme. Selon ses prévisions, l’industrie ne parviendra pas à rattraper la valeur ajoutée perdue depuis 2022 au cours des 2,5 prochaines années. Michael Siegenthaler craint que l’industrie suisse ne subisse des dommages permanents.

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