Un nouveau tarif douanier de 15 % sur toutes les importations vers les États-Unis, entré en vigueur le 24 février 2026, modifie en profondeur le paysage commercial international et offre des perspectives contrastées à la Thaïlande. Cette mesure, prise par l’ancien président Donald Trump en réponse à une décision de la Cour suprême invalidant des tarifs plus élevés, pourrait stimuler les exportations thaïlandaises à court terme, mais soulève des incertitudes quant à l’avenir.
La Thaïlande pourrait bénéficier d’un allègement tarifaire significatif. Auparavant, le pays était confronté à des droits moyens d’environ 19 % sur de nombreux produits, tandis que des concurrents comme Singapour et le Royaume-Uni bénéficiaient de taux de 10 %. L’uniformisation à 15 % pourrait ainsi réduire les coûts pour certains produits thaïlandais, voire les rendre plus compétitifs. Le ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, a salué cette situation comme une « égalisation des règles du jeu » qui renforcerait l’attrait de la Thaïlande en tant que centre de production et d’investissement.
Les exportateurs thaïlandais devraient profiter de cette conjoncture en accélérant leurs expéditions vers les États-Unis au cours des prochains mois, avant l’expiration potentielle de cette mesure dans 150 jours. Ce regain d’activité pourrait stimuler les exportations, notamment dans les secteurs de l’électronique, des appareils électriques, des produits alimentaires (poulet, fruits de mer, fruits en conserve) et de l’automobile, contribuant ainsi à la croissance du PIB thaïlandais. La Thaïlande affiche déjà un excédent commercial avec les États-Unis.
Par ailleurs, cette réinitialisation des tarifs pourrait renforcer la confiance des investisseurs et encourager la délocalisation d’investissements directs étrangers (IDE) et de production en Thaïlande, s’appuyant sur une augmentation de 68 % des demandes d’incitations à l’investissement l’année dernière.
Cependant, des incertitudes planent sur l’avenir. Le tarif de 15 % expirera en juillet 2026, à moins qu’il ne soit prolongé par le Congrès américain. Les États-Unis pourraient négocier des accords bilatéraux, étendre la mesure actuelle ou imposer de nouvelles restrictions commerciales liées au déficit commercial avec la Thaïlande. Les négociations pour un accord commercial plus large entre les deux pays ont été retardées par des considérations politiques internes, et la formation d’un nouveau gouvernement thaïlandais pourrait ne pas intervenir avant la mi-2026.
D’autres défis pourraient également se présenter. Un renforcement du baht thaïlandais, consécutif à une éventuelle faiblesse du dollar américain, pourrait nuire à la compétitivité des exportations thaïlandaises. De plus, l’uniformisation des tarifs à 15 % pour tous les pays pourrait réduire l’avantage concurrentiel de la Thaïlande dans le cadre de la stratégie Chine+1.
Malgré ces risques, des opportunités existent. Si la Thaïlande parvient à mettre en œuvre ses réformes en matière d’investissement et à mener à bien ses négociations commerciales, elle pourrait attirer davantage de produits manufacturiers et d’IDE, réduisant ainsi sa dépendance excessive au marché américain. Des responsables comme Ekniti Nitithanprapas se montrent optimistes quant à la possibilité de porter la croissance du PIB à 3 % en 2026 grâce aux investissements publics et privés, même si des vents contraires externes rendent un objectif de 2 % plus réaliste.
L’annonce de ce tarif global de 15 % par Donald Trump marque un tournant dans la politique commerciale internationale, signalant une orientation vers des mesures plus protectionnistes. Cette augmentation pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et inciter les entreprises à revoir leurs stratégies d’approvisionnement et leurs sites de production. Les partenaires commerciaux pourraient réagir en imposant leurs propres droits de douane, ce qui pourrait entraîner une escalade des tensions commerciales et une volatilité accrue des marchés financiers.