Publié le 23 février 2026 à 18h43. Les agriculteurs irlandais, soutenus par leur gouvernement, affichent une influence croissante sur les décisions agricoles européennes, notamment en matière de commerce et de normes environnementales, tout en défendant leurs intérêts face aux enjeux économiques et aux conflits d’intérêts.
Ces dernières semaines ont été marquées par une série de succès pour les agriculteurs irlandais. En décembre dernier, l’Irlande a obtenu le renouvellement d’une dérogation cruciale concernant les nitrates auprès de l’Union européenne, permettant à environ 7 000 exploitations de maintenir un niveau d’élevage plus élevé par hectare que ce qui est autorisé par la directive européenne. Cette victoire est le fruit d’un lobbying intense mené par les politiciens et les organisations agricoles.
Le mois dernier, le gouvernement irlandais a également pris position contre l’accord commercial UE-Mercosur lors d’un vote européen, rejoignant ainsi la France, la Hongrie, la Pologne et l’Autriche dans leur opposition. Bien que l’adoption de cet accord par les 27 États membres reste possible, cette opposition pourrait entraîner des retards et l’ajout de conditions supplémentaires pour protéger les intérêts des agriculteurs.
Parallèlement, une controverse a éclaté concernant Larry Murrin, le président de Bord Bia, l’agence semi-publique chargée de la promotion des produits alimentaires irlandais. Des organisations agricoles ont réclamé sa démission après avoir révélé que sa société, Dawn Farms, importait du bœuf brésilien, ce qui, selon elles, crée un conflit d’intérêts. Depuis le 26 janvier, des membres de l’Association des agriculteurs irlandais (IFA) manifestent devant les bureaux de Bord Bia à Dublin pour dénoncer cette situation.
L’IFA, avec ses 72 000 membres, est de loin l’organisation agricole la plus importante et la plus influente d’Irlande. En 2025, elle a enregistré un revenu de 17,6 millions d’euros, dont 7,7 millions provenant des cotisations de ses membres. Ses dépenses se sont élevées à 16,8 millions d’euros, dont 6,2 millions consacrés aux salaires. Le président de l’IFA, Francie Gorman, perçoit un salaire annuel de 140 000 euros, tandis que le directeur général, Damian McDonald, a touché plus de 260 000 euros (dont 34 000 euros de cotisations de retraite).
L’IFA dispose également d’un bureau à Bruxelles, qui représente un investissement de 680 000 euros en 2025 (100 000 euros de plus qu’en 2024), et est dirigé par Liam McHale, directeur des affaires européennes. L’organisation possède un fonds de réserve spécial de plus de 14 millions d’euros, créé en 1985 pour faire face à des circonstances exceptionnelles.
L’Association irlandaise des fournisseurs de lait de crémerie (ICMSA), qui représente environ 18 000 producteurs laitiers, exerce également une influence significative, notamment dans les régions productrices de lait du sud de l’Irlande. L’ICMSA compte 15 employés et son président, Denis Drennan, perçoit un salaire annuel d’environ 50 000 euros.
L’Association irlandaise des éleveurs de bovins et de moutons (ICSA), avec 10 000 membres, a également un rôle à jouer, notamment pour obtenir des paiements et des subventions spécifiques pour les éleveurs de bovins et de moutons. Son président est Sean McNamara.
Macra, la voix des jeunes agriculteurs, compte environ 15 000 membres et reçoit un financement de diverses sources, notamment gouvernementales et privées. Sa présidente, Josephine O’Neill, s’efforce de défendre les intérêts de la prochaine génération d’agriculteurs.
Au niveau européen, l’IFA travaille en étroite collaboration avec COPA-COGECA, qui représente plus de 22 millions d’agriculteurs à travers l’Europe. Cette collaboration est essentielle pour faire entendre la voix des agriculteurs irlandais au sein des institutions européennes. L’Irlande, bien que ne représentant qu’1 % de la population de l’UE, dispose de 14 députés sur 720, soulignant l’importance d’une présence à Bruxelles pour défendre les intérêts agricoles irlandais.