Publié le 2024-01-15 10:00:00. Face à un climat économique incertain, une nouvelle tendance comportementale émerge : l’«épargne de vengeance». Plutôt que de céder à des achats impulsifs post-restrictions, certains consommateurs choisissent de compenser leurs mauvaises habitudes financières par une frugalité accrue.
- L’«épargne de vengeance» consiste à devenir excessivement économe pour rattraper des dépenses passées jugées excessives.
- Cette tendance peut être motivée par la peur de l’avenir économique, l’insécurité de l’emploi ou le désir de reprendre le contrôle de ses finances personnelles.
- Des experts soulignent que les émotions jouent un rôle clé dans ces comportements financiers, oscillant entre anxiété et besoin de sécurité.
Alors que le monde tente de se remettre des répercussions de la pandémie, l’«épargne de vengeance» se profile comme la dernière tendance comportementale. Elle se distingue des «dépenses de vengeance» – ces achats d’impulsion visant à compenser une période de privation. Ici, il s’agit de rééquilibrer ses comptes en faisant preuve d’une extrême parcimonie, que ce soit par des défis ponctuels de «zéro dépense» ou par une réduction drastique et durable des achats.
Liz Koh, fondatrice d’Enrich Retirement, explique que ce phénomène est une manifestation de la manière dont les émotions, notamment la peur et l’incertitude face à l’avenir, peuvent dicter les décisions financières. «C’est un instinct naturel de thésauriser lorsqu’on anticipe un avenir incertain», précise-t-elle.
« C’est un instinct naturel de thésauriser lorsqu’on anticipe un avenir incertain. »
Liz Koh, fondatrice d’Enrich Retirement
Cependant, Liz Koh nuance ce comportement, soulignant que tout le monde n’est pas en mesure de mettre de côté des fonds. «Beaucoup ont perdu leur emploi ou leur entreprise et luttent pour survivre, encore moins pour épargner.» Pour d’autres, cette «épargne de vengeance» sera une phase transitoire. «Il y a une limite à la durée de cette épargne de vengeance, car on ne peut pas indéfiniment reporter des dépenses essentielles à moins qu’elles ne concernent des postes très discrétionnaires. Je dirais que cela restera une phase temporaire qui prendra fin lorsque les inquiétudes s’atténueront.»
Bodo Lang, expert en marketing à l’Université Massey, voit dans cette tendance une réaction logique aux périodes d’incertitude. «Lorsque tout va bien et que les consommateurs sont optimistes, ils ont tendance à dépenser. En revanche, en période d’incertitude et de pessimisme, ils se préparent aux difficultés potentielles.» Il ajoute que la capacité à épargner est intrinsèquement liée aux revenus disponibles des ménages. «Ceux qui disposent de revenus plus élevés pourront épargner davantage, tandis que ceux aux revenus plus modestes seront moins enclins à le faire, les rendant ainsi plus vulnérables en cas de crise.»
« Ceux qui disposent de revenus plus élevés pourront épargner davantage, tandis que ceux aux revenus plus modestes seront moins enclins à le faire, les rendant ainsi plus vulnérables en cas de crise. »
Bodo Lang, expert en marketing à l’Université Massey
Chris Wilkinson, porte-parole de First Retail Group, constate déjà l’impact de ce changement sur le secteur de la distribution. De nombreux consommateurs maintiennent les habitudes acquises durant les périodes de ralentissement, en remboursant plus rapidement leurs dettes et en limitant leurs dépenses. «Le comportement des consommateurs s’est ancré dans une logique de taux d’intérêt plus élevés… au lieu de revenir à un mode de consommation plus actif. Il faudra du temps pour que cela évolue.»
Si l’«épargne de vengeance» semble être une tendance mondiale, son ampleur en Nouvelle-Zélande fait débat. Les dépôts des ménages dans les banques s’élevaient à 264,5 milliards de dollars en août, un chiffre en légère baisse par rapport à juillet, mais nettement supérieur aux 249,2 milliards de dollars enregistrés en août de l’année précédente et aux 235,8 milliards de dollars l’année d’avant.
Jarrod Kerr, économiste en chef chez Kiwibank, observe également un remboursement accéléré des dettes. Il note que de nombreux ménages maintiennent des échéances de remboursement élevées, même après une baisse des taux hypothécaires. Paradoxalement, Kelly Eckhold, économiste en chef chez Westpac, suggère que la consommation pourrait se maintenir, notamment pour les biens durables, sans pour autant se refléter dans les données du PIB. Miles Workman, économiste principal chez ANZ, partage cet avis, soulignant que le taux d’épargne reste négatif, ce qui est typique de la Nouvelle-Zélande. Il évoque également une augmentation des remboursements hypothécaires, qui pourrait indiquer que certains ménages liquident d’autres actifs pour réduire leur endettement.
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